Vos plus grandes certitudes sont vos plus grands doutes

Sauf quand elles sont acquises ou héritées, vos certitudes sont vos doutes. Et en mesurant la force de ces certitudes-là, vous pourrez mesurer vos doutes. Lorsque votre certitude vous vient de ce qui est enseigné par des institutions, ou une éducation, en un mot, lorsque cette certitude n'est pas arrivée grâce à votre expérience spirituelle personnelle, vous la défendez bec et ongles sans savoir vraiment pourquoi, peut-être parce que c'est un acquis de société, ou parce que tout le monde autour de vous pense d'une façon communément admise. Le mécanisme est simple à comprendre alors, vous vous défendez parce que vous avez peur de l'inconnu que serait d'envisager le contraire de cette pensée commune. Vous doutez donc de vous, au point que vous ne vous sentez pas capable d'affronter de nouvelles possibilités, de nouveaux angles de vue. Et vos doutes sont si profonds qu'ils mènent aux pires stupidités, voire aux pires exactions.

J'en veux pour preuve, par exemple, le fait qu'il n'y a pas si longtemps, la pensée commune croyait que la terre était plate. Et que tous ceux qui disaient le contraire étaient accusés d'hérésie, et finissaient parfois dans les tortures. J'en veux pour preuve le racisme. Prenez par exemple un jeune homme ou une jeune femme qui a baigné toute son enfance dans une famille tenant des propos racistes. Il n'aura pas été rare, dans cette enfance, d'entendre de leurs bouches ces jeunes dire leur haine parce qu'il faut la répéter pour appartenir au clan, mais sans comprendre, sans pouvoir étayer leur raisonnement. Si on peut appeler cela un raisonnement, car il n'y a pas là de raison, il n'y a que résonance.

Et cela, cette haine transmise en héritage, ne s'améliore pas avec l'âge. Quand on dit sa haine sans comprendre, on avoue implicitement son impuissance à affronter un problème, on n'oppose à cela qu'une amère lutte où l'on croit attendre le combat décisif pour faire jouer la loi du plus fort, mais si ce moment-là venait, mes amis, vous ne seriez pas à la hauteur de vos espérances. Tels ces vieux enfants, qui, au sortir de l'adolescence, continuent à dire des choses sans fondement et sans aucune analyse des événements. Combien de fois entendons-nous ceux-là répéter des paroles qu'ils ont entendu dire par des parents désabusés et pleins de haine : « Il faut bien qu'il y ait la guerre, sinon, il y aurait trop de monde sur la terre ! » Mais pensent-ils à ce qu'ils disent ? Ils ne font là, au mieux, qu'œuvre de perroquets.

Qu'on leur rétorque « Ah oui ? Eh bien, tu seras dans les premiers à partir » et ils ne savent que balbutier des protestations mêlées de surprise. Ils ne pensent même pas au non-sens qui réside dans cette proposition guerrière. En effet, avant la première guerre mondiale, vous étiez moins nombreux que maintenant. Ce qui veut dire que selon cette proposition, ayant dépassé la limite de population qui a « amené » la guerre de 14, vous devriez tous être morts aujourd'hui. Pourtant, vous devriez très bien arriver à vivre sur cette terre si vous ne laissiez pas quelques-uns se goinfrer des récoltes et des formidables réserves de la planète.

Vous avez peur, mes amours...

Mais de quoi avez-vous peur ? Quels sont vos doutes ? Vous doutez de vous, vous avez peur de vous, quand il s'agit du voisin, inconnu. Mais encore plus quand il s'agit de vous-même.

Quand vous êtes sûr que la France est un pays supérieur à l'Algérie, c'est parce que vous en doutez, au fond de vous. Et c'est pour cela que vous êtes allés là-bas faire la guerre, et que vous avez perdu.

Alors, l'Algérie est vraiment inférieure à la France, conclurez-vous, et Marie nous dit-elle qu'il n'aurait pas fallu en douter pour la vaincre ? Mais non, je dis que vous aviez une fausse certitude, que cette certitude ne vient pas de vous personnellement, et que vous ne pensez pas en liberté, malgré ce que vous croyez. Je dis que la simple vérité est que sur la terre les frontières sont artificielles, et que s'il n'y avait pas de frontière, il n'y aurait pas de raison d'avoir peur, donc d'affirmer que l'Algérie est un pays inférieur.

L'Algérie est moins riche, certes. Mais ce n'est pas la richesse matérielle qui fait un peuple, puis un monde au regard de Dieu, c'est le courage d'aimer malgré tout.

Marie

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