Souffreman, super zéro

La méchanceté, ce n’est pas juste faire mal. Parce que faire mal, ça vient de quelque chose, qui peut être enfoui dans le ventre de soi, c'est-à-dire dans ce qu’on transbahute avec soi, souvent même depuis plusieurs générations. Etre méchant, ce n’est pas seulement subir des pulsions mauvaises et les mettre en œuvre. Tout cela, ce n’est que conséquences. Etre méchant, c’est dans la source des ces conséquences que ça se trouve.

Etre méchant, c’est donc avoir des souffrances, oui. Mais c’est surtout ne pas chercher à s’en débarrasser, et les resservir à autrui. C’est-à-dire, conserver « précieusement » ses souffrances, pour les recracher comme un venin sur celui qui n’a pas encore en lui le poids de telles souffrances. Parce qu’alors, c’est les lui donner, et pouvoir se dire, « Tiens, je souffre, mais je ne suis plus le seul ! »

C’est cela être méchant. C’est agir mal quand on pourrait agir bien.

Celui qui ne se soigne pas alors qu’il est malade, et qu’il pourrait guérir, fait porter ensuite à ses proches le poids des difficultés qu’il engendre consécutivement à cet oubli de soi. Parce que quand on ne se soigne pas d’un mal important, alors qu’on le pourrait, le corps nous montre à quel point nous sommes dans l’erreur, en allant au bout de la démarche du mal, c'est-à-dire, en allant jusqu’à nous menacer de mourir de cette maladie. Et celui qui en souffre, c’est encore nous. Mais ce sont surtout les proches, qui subissent les effets de cette maladie. De la maladie de la méchanceté.

Celui qui est méchant, c’est celui qui vous tire vers la spirale du rien. Qui s’en rend à peu près compte, mais qui ne voit en premier que ce qui est fascinant, c’est-à-dire la descente aux enfers, et qui sait qu’il va ainsi monopoliser l’attention, comme un accident de la circulation attire tous les regards.

«Regardez-moi, je descends aux enfers, je le fais sans me plaindre, et même si j’appelle au secours, et même si on me tend la main, je ne remonterai pas ! Regardez comme je suis un héros. Je suis Souffreman!»

Souffreman, mes amours, c’est lui, le méchant. Ne vous y trompez pas. Et sachez le reconnaître en vous quand il essaie d’entrer. Car il essaie d’entrer, toujours, de toute façon ; un jour ou l’autre il sera là.

Et si vous le laissez faire, vous irez vers le rien, et vous entraînerez avec vous tous ceux que vous aimez.

Marie

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