Marie est « fan »-22 septembre 2008

Mes amours,

Le marketing pollue jusqu'à vos oreilles et votre cerveau, à tel point que les chanteurs les plus merveilleux n'ont pas ou plus voix au chapitre, le système de production imposant ses goûts (comme s'il n'en existait qu'un !) et jetant aux oubliettes les bijoux, les perles, les diamants artistiques, pour vous servir à la place des verroteries, que vous acceptez parce que ça brille.

A telle enseigne, mes chers tendres enfants, que lorsque sont sorties, longtemps après sa mort, les chansons inédites de Jacques Brel, ce cœur chantant, cette voix des merveilles, cette âme rare passant au travers du micro et des haut-parleurs, cela n'a pas fait plus de bruit qu'un pétard mouillé dans un terrier de lapin abandonné.

On ne peut pas dire que sur ce site, cela pourra faire un ramdam du tonnerre (elle a un petit rire) mais laissez-moi, pour une fois, « faire sa pub » à Jacques qui est tout près de moi. Avez-vous lu les livres de Maddly Bamy dans lesquels il se raconte comme je vous parle ? Superbes témoignages, en vérité, poignantes réflexions, lumières intenses, comme ses chansons, qui touchent tous ceux qui laissent la porte vraiment ouverte. Je dis bravo à Maddly pour son amour, son acuité, sa fidélité dans la transcription des paroles de Jacques, sa simplicité. C'est aussi cela, la foi. Entendre l'amour au-delà de la mort.

Jacques est vivant spirituellement, Maddly, ô combien, mais je n'ai pas besoin de te rassurer là-dessus.

Si j'écris aujourd'hui à propos de Jacques, c'est pour dire que je suis « fan ». Que je n'aime pas que ses mots d'amour ne passent que si rarement à la radio. Particulièrement, j'aime Avec élégance (un des titres de Brel édités il y a peu, note de Luc), parce qu'elle parle à plein cœur de compassion, le regard d'un ange vers vos souffrances, en les comprenant si bien, en les partageant, les vivant avec vous, les mettant sur la table en leur donnant des éclairages jolis, comme des fleurs sechées pour composer un bouquet de mots, dont les parfum imprègnent l'esprit pour monter jusqu'à l'âme, l'infuser, en vous donnant un espoir à la fin : car chacun sait que les fleurs séchées ne sont que les représentantes de fleurs vivantes, qui surgiront de terre au printemps avec des parfums tout neufs.

Voici les paroles de cette chanson :

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Se sentir quelque peu Romain

Mais au temps de la décadence

Gratter sa mémoire à deux mains

Ne plus parler qu'à son silence

Et

Ne plus vouloir se faire aimer

Pour cause de trop peu d'importance

Etre désespéré

Mais avec élégance

Sentir la pente plus glissante

Qu'au temps où le corps était mince

Lire dans les yeux des ravissantes

Que cinquante ans, c'est la province

Et

Brûler sa jeunesse mourante

Mais faire celui qui s'en dispense

Etre désespéré

Mais avec élégance

Sortir pour traverser des bars

Où l'on est chaque fois le plus vieux

Y éclabousser de pourboires

Quelques barmans silencieux

Et

Grignoter des banalités

Avec des vieilles en puissance

Être désespéré

Mais avec élégance

Savoir qu'on a toujours eu peur

Savoir son poids de lâcheté

Pouvoir se passer de bonheur

Savoir ne plus se pardonner

Et

N'avoir plus grand-chose à rêver

Mais écouter son cœur qui danse

Être désespéré

Mais avec espérance

C'est vrai, mes chères âmes, dès lors que vous êtes dans un corps, il semble qu'il faille ne plus croire en soi. « Ne plus vouloir se faire aimer pour cause de trop peu d'importance », n'est-ce pas là exactement ce que nous regrettons, et que nous vous disons si souvent sur ce site, savoir vous aimer, car vous le méritez, car vous êtes TOUS très importants ? Personne n'est à l'abri de notre amour, mais tout le monde s'abrite du sien propre. On préfère voir couler des larmes de douleur que de joie, on trouve cela plus fort. Lorsqu'on est dans un corps, on s'agenouille devant un acteur qui fait pleurer, mais on méprise ou ignore ceux qui font rire, tant que la mort ne leur a pas érigé un piédestal, comme pour Louis de Funès. Jacques ne faisait pas souvent rire dans ses chansons, mais il portait quelque chose d'infiniment précieux en lui lorsqu'il était parmi vous : la capacité à trouver au fond de lui ce qui était en vous, en commun, c'est à dire l'amour. Il n'est pas de personne qui ne puisse vibrer en l'écoutant, si elle ne fait pas que l'entendre en musique de fond, et si elle ouvre son cœur.

Caressez votre mémoire, au lieu de la gratter, ne dit-on pas « caresser un espoir » ? L'espoir s'appuie sur la mémoire, qui sait ce qui nous fait du bien, l'odeur d'une madeleine sortant du four lorsque vous étiez enfant, et si vous regardez vos souvenirs avec indulgence, avec espérance, vous regarderez le présent et le futur avec la même tendresse.

« Lire dans les yeux des ravissantes que 50 ans, c'est la province », oh, quelle jolie façon de vous montrer vos petits travers, votre façon de ne vous fier qu'aux apparences. Quelle délicatesse, quelle modernité dans ces mots-là, combien d'amour pour vous le dire sans crier, ne voyez-vous pas comme il vous connaît par cœur, cet homme-là ?

« Savoir qu'on a toujours eu peur, savoir son poids de lâcheté », voilà encore des mots que nous vous disons ici, je vous parlais du « je n'ai pas peur », pour que vous n'en ayez justement plus le poids, connaître ce qui vous fait peur, l'avouer, c'est pouvoir l'affronter, puisque c'est déjà le regarder en face. « Savoir ne plus se pardonner », c'est ne plus se regarder avec indulgence aveugle, mais avec acuité, en toute connaissance de ce qui est accompli, ne pas se juger non plus, voir comme telles les erreurs commises, pour ne plus les refaire, plus ne plus s'autoriser à les refaire, et c'est en cela qu'il est bon de ne pas se pardonner les erreurs qu'on pourrait faire quand on les connaît à l'avance. Ne plus être ignorant des maux que l'on cause et que l'on se cause, et manquer de bonheur, pouvoir s'en passer, pour comprendre qu'on peut le reconstruire.

« N'avoir plus grand-chose à rêver mais écouter son cœur qui danse », c'est faire fi de tout ce qui empêche l'amour de s'écouler, de rivièrer hors de vous et en vous, s'apercevoir que même si on ne croit plus en grand-chose, l'âme, elle, danse, quoi qu'il arrive, elle danse, car elle est part de Dieu, et vos rêves y puiseront à nouveau leur source si l'observez dans sa danse.

« Être désespéré mais avec espérance », c'est savoir que malgré tout ce qui dit « tout est noir », il y a au fond, à l'intérieur, même si vous croyez être devenu sourd et aveugle, une lumière qui chante et qui s'entend universellement.

Écoutez la musique des anges, car c'est la vôtre. Écoutez la voix de Jacques Brel, car c'est la vôtre.

Marie

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