L'héritage

Il y a bien longtemps, les seigneurs, dans leurs châteaux, avaient des meubles qui s'appelaient des crédences. Les menuiseries en étaient richement ciselées, avec des décors de portes de cathédrales creusées dans le bois, avec une infinie patience. Le mot crédence vient du mot latin credo, qui bien entendu veut dire croire. Mais il n’était pas tant question ici de religion (même si on espérait grâce au travail d’orfèvre accompli sur ce meuble, s’attirer la grâce de Dieu), que de survie. Car les héritages, à cette époque, se terminaient bien souvent à coups de poison. Le seigneur avait donc un goûteur, qui s’exposait à sa place (vous voyez combien Dieu pouvait avoir envie ensuite d’apporter sa grâce à celui qui n’avait pas le courage d’affronter les obstacles autrement qu’en mettant à sa place quelqu’un qui n’était pas en cause) et qui mettait là les plats que le seigneur pouvait ensuite manger sans trop de craintes. Cependant, il existait des poisons à retardement, et en dessous des portes du meuble, se trouvaient des tiroirs qui contenaient les antidotes. Les portes de la crédence avaient des serrures, mais pas les tiroirs, ce qui n’était pas très fiable, puisqu’un empoisonneur futé pouvait glisser du même coup des poisons dans les fioles contenant les antidotes.

Aujourd’hui, le monde n’est pas plus malin. Le poison est donné entre autres aux vaches, qui deviennent folles, et personne n’en a l’antidote, et tout le monde en est la victime potentielle. Mais le plus stupide dans cette fulgurante « avancée » du progrès que sont les aliments subliminaux pour bovins, poissons, poulets et consorts, c’est que personne ne touchera l’héritage !…

La splendide évolution du progrès…

Au Moyen-Âge, vous viviez en moyenne jusqu’à quarante ans.

Je ne dis pas que depuis le Moyen-Âge, vous n’avez pas réalisé d’avancées marquantes, ni que le Moyen-Âge est la panacée, ni qu’il faudrait être rétrograde et y revenir en tous points, mais il y avait certaines très bonnes choses que vous avez malencontreusement laissées se perdre.

Au Moyen-Âge, donc, lorsqu’on allait construire un château, on mettait les poutres dans l’eau pendant trente ans. L’eau arrivait au cœur du bois, pétrifiait la sève, et lorsque la poutre était séchée, elle était l’équivalent de votre béton, elle ne fléchissait pas sous le poids des plafonds.

Lorsqu’on faisait du vin, il fallait l’attendre trente ans pour qu’il soit prêt, vous buviez donc les vins de vos pères, et faisiez le vôtre pour vos enfants.

Vous prévoyiez alors pour la génération suivante.

Aujourd’hui, poussé par un marketing tout à fait borné au profit immédiat, vous avez le goût à la mode du « tout, tout de suite », qui vous laisse toujours aussi insatisfait car la dernière nouveauté court après la nouvelle dernière nouveauté, et vous n’avez de cesse de vous la procurer, pour de l’éphémère. Aujourd’hui, à cause de votre addiction à la consommation effrénée et le plus souvent inutile, qui vous a été inculquée de force comme une drogue, vous n’avez plus les moyens de satisfaire les distributeurs de produits utiles ou non. Qu’à cela ne tienne, vous pouvez emprunter sur votre maison, pour participer à cette stupide et macabre ronde sans laquelle vous ne seriez apparemment pas à la page, vous pouvez même, dans bien des lieux, emprunter sur le dos de vos enfants, qui finiront de payer pour vous.

Ainsi, vous hypothéquez vos enfants. Vous prévoyez, pour la génération suivante, la gêne ou la misère.

Ce n’est pas vous qui êtes les véritables coupables directs de ce vol, car c’est bien un vol, un vol sur la vie à venir. Et quand on sait que la réincarnation est un fait, c'est votre propre avenir que vous sacrifiez.

Je ne veux pas ici vous dire « C’est mal ce que vous faites ! » Je veux vous dire : vous pouvez réagir, penser à vos enfants, à vous-mêmes, à la simple logique, et sortir de la ronde. Pensez-y en vérité, rien ne vous en empêche. Ce n’est pas une chose qui vous en empêche ? Alors, c’est quelqu’un, des « quelqu’uns » inconnus qui ont pourtant pignon sur rue, à qui vous pouvez refuser de donner, dont vous pouvez ne pas remplir le compte en banque quand ce qu'il y a dedans est si important pour vos enfants. Apprenez-leur aussi cela, comprenez les pièges, étudiez-les, et dites-leur comment ne pas y tomber, ce sera là votre plus bel héritage.

Marie

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