Le syndrome du putois

La chienne d’une de mes amies sentait très mauvais. Qu’elle soit mouillée ou sèche. Quand on la lavait, en trois jours, elle avait repris cette forte odeur nauséabonde et anormale. Cette chienne n’était pas très bien encadrée, dans la famille qui en était propriétaire. Et elle était dans un univers assez chaotique, mon amie étant en cours de séparation. Il y avait souvent des disputes. Et la chienne refusait d’obéir quand on l’appelait, cela n’avait une chance de fonctionner que si on lui tendait un morceau de viande.

J’ai accueilli cette chienne chez mois plusieurs semaines, et j’ai pu me rendre compte, avec étonnement, qu’avec moi, elle a cessé de sentir mauvais. Et ce n’était pas mon nez qui s’était habitué, car à vrai dire, il m’était impossible de supporter cette odeur.

De fait, la maîtresse de l’animal a pu, en revenant quelques jours plus tard, constater le changement. De plus, la chienne venait à l’appel, sans appât.

J’ai demandé à Marie ce que la mauvaise odeur signifiait, si elle avait un sens.

Voici sa réponse :

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On pourrait appeler cela le syndrome du putois, ou du « pu toi ! » dans le sens de « plus toi ». C'est-à-dire que quand un putois libère le fluide qui sent très mauvais, il se défend, en même temps qu’il se met à l’écart. En faisant appel à une fonction bien plus aiguisée chez les animaux que chez les hommes : l’olfaction.

Quand un animal décide de sentir mauvais (enfin, ce n’est pas conscient, c’est son corps qui réagit aux ordres de son âme) c’est qu’il essaye de dire, d’une façon qu’il imagine très claire pour autrui : « Quelque chose ne va pas, attention danger ! », ou « Eloignez-vous de moi », ou « Laissez-moi tranquille ». Cela revient à essayer d’installer une barrière entre soi et ceux qui peuvent approcher.

Les êtres humains aussi délivrent des messages olfactifs, qui ont un sens. Vous avez entendu parler, et probablement ressenti les effets des hormones sur votre désir, par exemple. Mais comme les hommes n’ont pas gardé dans leur conscience toute l’acuité de ce sens olfactif, ils n’ont, le plus souvent, pas conscience de ces messages. Mais leur cerveau les décode, et cela a une influence très grande sur vos ressentis, même si vous ne savez pas d’où ils viennent. C’est ainsi, par exemple, que vous dites « Celui-là, je ne peux pas le piffer », en vous croyant très fort d’avoir une forte intuition, alors qu’en fait, c’est la personne en question qui, sans le savoir, a libéré un parfum qui dit, comme le chien, « Eloigne-toi de moi ».

Il arrive que lorsque l’âme veut exprimer quelque chose à toute force, cela finisse par se sentir, au nez. Par exemple, observez les gens qui boivent trop. Bien souvent, ils empestent, mais ce n’est pas tant une odeur d’alcool, ni de saleté, c’est une odeur très spéciale, qui dit autant « Au secours » que « Laissez-moi ».

Quelqu'un peut sentir mauvais, tout simplement, parce qu’il ne se lave pas. Mais là aussi, c’est le même message, même si celui qui ne se lave pas n’en a pas conscience. Le fait de ne pas se laver est seulement un amplificateur de parfum désagréable, pour que l’entourage fuie plus vite. Ou, plus subtilement, on libère ces mauvaises odeurs pour savoir si l’autre va rester malgré tout, manière de savoir si on est aimé ou non.

Là, c’est, « Je pue parce que je ne veux « pu toi ! » à moins que tu t’accroches ? »

Et puis, il y a celui qui vit seul, et qui vit dans sa puanteur. Pour se prouver qu’il ne s’aime pas. Et que donc, il mérite cet isolement, cette misère spirituelle qu’il s’impose pour se punir de n’être pas assez aimé, pas assez aimable.

Mais aussi, si l’âme laisse faire cela, ne serait-ce pas, aussi, un petit peu, pour que celui qui sent si mauvais s’en rende compte, et fasse quelque chose contre la barrière levée ainsi contre lui-même, et se mette à comprendre qu’en cherchant à sentir bon, on se fait un cadeau à soi, et on s’aime un peu. Et si on commence à avancer sur ce chemin-là, alors, le corps fait aussi ce qu’il peut pour ne plus sentir mauvais. Et il peut beaucoup !

Quand vous « puez des pieds » dans le couple, demandez-vous si c’est juste un problème d’hygiène, ou si, par hasard, ce ne serait pas pour dire à votre partenaire que quelque chose ne va pas. Vous serez surpris de voir, alors, vous verrez tout ce qui peut être amélioré, qui doit sentir bon dans votre esprit (il faut chasser les idées qui puent, et qui sont légions) puis dans votre corps. Puis dans votre couple. Puis dans votre famille. Puis dans votre village, votre pays, et enfin, sur la terre.

Marie

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