Les inconnus du métro-8 février 2010

A Paris, dans le métro, je voyageais, et ce que j’avais déjà pensé bien des fois est revenu, ressortant plus fort que d’habitude dans mon esprit.

Il y avait dans la rame deux jeunes femmes qui étaient sœurs, et qui discutaient et riaient.

Je voyais, assis en face de moi, deux hommes. Un Africain et un Magrébin.

En les regardant, il m’est apparu clairement que ces deux hommes, qui ne se regardaient pas, auraient eu mille choses à échanger, s’ils avaient eu l’idée de se parler. D’accepter de se voir mutuellement, tout simplement. J’ai eu la certitude qu’il y aurait eu entre eux la même complicité, les mêmes rires qu’entre les deux jeunes femmes. Et je me suis demandé pourquoi, alors que les gens se réunissent en masse dans les villes, ils sont de plus en plus étrangers les uns aux autres. La peur d’être jugés. L’ignorance qu’on a en soi un tel trésor d’amour à partager. Le fait de ne pas s’aimer assez pour le voir. Et un terrible gâchis au bout du compte, qui mène à la solitude, au désarroi, qui mène à croire que si on n’a pas assez d’échanges avec autrui, c’est qu’on ne le mérite pas. Et la boucle est bouclée. A cause de cela, on ne se parle pas. On ne prend pas, on ne donne pas. Et le cadeau de Dieu reste là, dans un sac de voyage, ou sous un siège, traînant dans la crasse du métro. Ignoré.

Tout le monde, dans les villes, sait cela, connaît ce silence. Cet oubli de l’autre qui aboutit à l’oubli de soi.

Mais moi, je ne vous oublie pas, et je vous en parle. Peut-être un jour finirez-vous par m’entendre, et de là, par vous entendre entre vous sans qu’il soit besoin pour moi d’arpenter le métro et internet.

Luc

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