Les gros titres et les petits

A la télévision, depuis quelques années, on a vu surgir, sous les reportages principaux de l’info, des titres concernant d’autres informations, sans rapport avec les images.

A quoi cela sert-il, puisque la télévision ne laisse rien au hasard, ne lance rien sans l’avoir testé, ni reçu l’approbation des annonceurs publicitaires, sans lesquels elle pense qu’elle ne pourrait pas exister ? Cela sert, mes amours, à remplir au plus possible le champ de vos pensées. On vous gave de sujets, d’idées, de concepts, d’événements, pour monopoliser toutes vos sources d’énergie de compréhension. Cela afin de vous empêcher de penser, de garder un sens critique, et pour vous arracher votre libre-arbitre, que vous laissez tomber en trouvant ça tout à fait normal. Cet afflux, c’est une forme d’hypnose par la surabondance, qui vise, dans un avenir immédiat, à vous faire réfléchir comme on veut que vous réfléchissiez. A choisir ce qu’on vous dit de choisir, en vous laissant croire que c’est vous qui le faites. A refuser ce qu’on exige que vous refusiez.

Oui, oui, ça marche ! A tel point que vous avez besoin que je vous le dise, pour commencer à vous en rendre compte.

Regardez autour de vous. Observez juste un petit peu mieux que d’habitude. Vous verrez, dans le cercle de ces ados qui sont ensemble mais qui pianotent tous sur leur téléphone, des gens qui deviennent de plus en plus des étrangers les uns aux autres. Imperceptiblement, grâce à des « trucs » magico-techniques, on les isole, chacun dans leur coin, pour mieux les diriger. Diviser pour mieux régner. On les isole, c’est le comble, en les inondant de moyens de communiquer, afin qu’ils se satisfassent de conversations virtuelles, bien moins difficiles à affronter que les vraies. On sait comme les ados sont à vif, et comme ils ont soif d’apprendre. Alors, on leur fait croire que s’abreuver de nouvelles, c’est apprendre. Tout en faisant le maximum pour qu’une nouvelle info fasse tomber l’avant-dernière dans les oubliettes, afin d’éduquer à la consommation effrénée du « je prends-je jette ». On peut leur faire prendre une fausse info pour une autre, aussi facilement qu’on claque des doigts. On les noie dans la communication, comme on vous noie dans un flot d’infos multiples. Avez-vous vu comme il est difficile à un ado de suivre une conversation réelle quand il en a une virtuelle ? Juste à côté de vous, il n’est plus là. Ça a commencé avec la télévision. Et vous avez été bien content de pouvoir vous servir de ça pour vous décharger de l’éducation de vos enfants. Ils sont un peu trop prenants ? Allez, la télé !

Maintenant, ils ont tous leur télé à eux, et ils sont de moins en moins là, ils ne croient que ce qu’on leur fait croire.

Le monde se fabrique sur cela… Ne vous reconnaissez-vous pas au moins un peu là-dedans, dans cette enfance que vous avez eue ? Pour leur donner une « belle » enfance, n’êtes-vous pas en train de faire tomber vos petits dans le piège sur lequel vous avez trébuché, et que vous laissez creuser chaque jour plus profondément, sans réagir ? Ce qui se construit là, c’est ce qui vous fait envie, pour vos enfants que vous aimez ?

Vous ne croyez pas que ces infos les unes sur les autres à la télévision soient un problème ? Bien, mais imaginez : vous parlez à un ami, vous lui donnez des nouvelles. Un type surgit devant vous et parle aussi fort que vous, de tout à fait autre chose. Vous ne pouvez pas faire autre chose que de repérer le gêneur. Mais à la télévision, ça ne gêne personne. Et même pas vous !

Comment ? Vous avez gardé votre sens critique, et votre libre-arbitre ? Ah bon, très bien, excusez-moi alors… Mais si vous savez penser tout seul, si vous êtes si libre, pourquoi personne (dont vous) ne proteste contre ce bourrage de crâne caractérisé?

D’autant plus qu’il vient en compléter d’autres, et que, plus tard, il y en aura de nouveaux, encore plus « invisibles », encore plus insupportables, encore plus efficaces…

Pourquoi faut-il que l’on vous réveille ?

Prouvez-vous à vous-même, pour commencer, que vous pouvez le faire sans intervention extérieure.

On met votre intelligence à l’agonie. On l’étrangle. Non, je ne dramatise pas. C’est même tout à fait la réalité.

Défendez-vous. Ce n’est pas si difficile.

Refusez ce qu’il faut refuser. Pensez ce qui vous chante, et pas seulement ce qui chante à la masse ou à ceux qui ont prise sur vous. Faites ce que vous êtes venus faire en naissant sur la terre, et non ce que les autres veulent vous voir faire. Soyez, vraiment, entièrement, l’être libre dont vous revendiquez le titre.

Et essayez, juste de temps en temps, d’éteindre la télé. Ensuite, voyez, en votre âme et conscience, et en toute connaissance de cause, ce qui vaut mieux pour vous.

Marie

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