Les grands criminels

Qu’est-ce qui fait que les grands criminels ne ressentent pas le mal qu’ils font, quand ils assassinent ? Quelle est cette folie qui fait qu’ils peuvent faire le mal sans sentiment ?

Ils ont des sentiments. Evidemment. Et le premier, c’est la peur. Ceux qui ont vécu dans leur enfance des événements qui les ont terrorisés, ne trouvent pas d’autre moyen de faire que de pulvériser ces peurs, pour avoir enfin l’impression de dominer les choses. Ils accomplissent l’impensable, parce qu’alors, ils agissent proportionnellement à l’horreur de leur peur. Et le fait de « réussir » cela les galvanise, parce qu’ils peuvent, même au milieu de la peine, de la douleur, exister en se disant et en disant à la face du monde (voir ces psychopathes qui ont besoin que leur crime ait un retentissement public) qu’ils ont eu un « courage » rare, ils ont commis un acte si rare et si grave qu’ils sont uniques en leur genre, et qu’ils existent par cet acte qu’ils qualifient de bravoure. Seule compte cette réussite-là, à leur yeux. Le reste, la souffrance d’autrui, ce n’est pas grave, celui a qui a tué se dit qu’il a bien souffert, lui, il est normal que les autres souffrent aussi, ils peuvent bien supporter même la mort. C’est une façon de les délivrer de la vie, d’ailleurs. C’est presque un bon acte, alors, d’avoir tué la victime, quand le tueur ne trouve pas en lui assez de volonté pour se tuer lui-même afin d’en finir avec le mal qui le ronge.

La peur inconsciente, et, finalement, principale, du grand criminel, réside dans le fait que son âme sait, et lui dit, que l’acte de tuer ou de faire un grand mal à autrui est gravissime. Qu’il faudra, ensuite, réparer, et que ce sera impossible parce que c’est irréversible. Qu’il faudra vouer plusieurs vies, ensuite, à tenter de le faire. C’est cette peur-là, la plus inconnue, la plus insidieuse, que le grand criminel met en morceaux lorsqu’il passe à l’acte. Il provoque son âme, il provoque sa part de Dieu. Et Dieu tout entier, lorsque tout le monde découvre son crime et en parle. Il a provoqué Dieu, et a le sentiment d’avoir gagné, d’avoir été le plus fort, là où personne ne l’attendait.

Alors qu’en vérité, il a été le plus faible, et que c’est la souffrance qui a gagné. Pour lui, pour sa victime, pour l’entourage de la victime, pour ceux qui sont informés de l’acte.

L’acte d’assassinat en masse, c'est-à-dire les guerres, ne viennent de rien d’autre que des peurs. Peur du Dieu qu’un autre peuple brandit comme étant le seul Dieu, mais il a un autre nom que celui que l’on connaît : « Et si c’était ce peuple, qui avait raison ? Si mon peuple à moi s’était bâti, pendant des siècles, des millénaires, sur une croyance sans objet ? Effrayant ! »

Oui, la peur d’avoir un jour, peut-être, à avouer que l’on s’est trompé, et que notre erreur a fatalement eu des conséquences néfastes, voir irréparables, est véritablement tétanisante. Regardez, entre vous, en vous, à plus petite échelle, comme il vous est difficile, quand on vous montre votre erreur, de dire que vous vous êtes trompé, alors que vous avez mal agi pendant des années, à cause de cette erreur.

D’autres peurs mènent à la guerre. La peur de manquer de ressources, d’espace. La peur d’être attaqué, la peur que l’autre trouve son pays meilleur que son pays à soi (les hymnes nationaux comme La Marseillaise en témoignent, qui poussent un peuple entier à chanter à tue-tête et sur un air anti-mélodieux au possible, sa glorieuse peur de l’envahisseur, contre lequel il faut d’ores et déjà se prémunir, parce qu’il va venir, « jusque dans nos bras, égorger nos filles et nos compagnes »).

Tout cela, tous ces maux viennent de peurs accumulées, et conjuguées avec la peur inconsciente de ce qui est le principal : le regard de votre propre part de Dieu sur ce que vous faites.

Ne vous laissez pas contaminer par les peurs des autres. Affrontez vos peurs intimes. Prenez doucement mais activement conscience de ce que votre âme nomme bien ou mal. Et vous n’aurez plus peur. Et vous existerez sans trembler et sans mal agir, et sans vous en vouloir ensuite.

Vous qui voulez tuer ou vous tuer, ne déposez pas vos souffrances dans une arme, que vous n’aurez même pas le « courage » de diriger contre vous, mais que vous pointerez sur ceux qui n’ont rien fait, parce que vous aussi, vous n’aviez rien fait, quand vous étiez enfant, et qu’on vous a fait souffrir. Déposez-la dans des mots, des échanges avec des personnes neutres, puis d’autres qui deviendront aimantes. Car Dieu est dans la parole, et la fin des peines est dans l’Amour de Dieu, donc, commence dans votre part de Lui.

Marie

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Marie ajoute :

Quand vous faites du mal à un ou des innocents, c’est parce que vous n’avez pas su rendre leur mal à ceux qui ont précédemment été coupables envers vous.

Il faut rendre son mal à celui dont vous êtes victime (d’ailleurs, s’il vous a fait du mal, et si vous étiez innocent, c’est justement parce que lui aussi, n’a pas su rejeter le mal qu’il a reçu).

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Comment rendre le mal à son auteur ?

(Note de Luc) Une jeune femme m’a donné l’occasion de le comprendre, il y a longtemps de cela. Elle me racontait que son père avait abusé d’elle lorsqu’elle était enfant, et que sa mère, qui le savait, n’avait rien fait pour l’en empêcher, ni pour réconforter sa fille, ne serait-ce qu’en lui en parlant. Je lui ai conseillé d’acheter un godemiché, de l’envoyer à son père, non par vengeance, non par haine, non par colère, mais pour rejeter ce qu’il lui avait mis de force sous les yeux quand elle ne pouvait pas refuser parce qu’elle était trop petite. Lui rendre cela, c’était lui redonner ce qui n’était pas à elle, et qui la hantait depuis. Pour qu’elle puisse enfin s’en libérer. Pour faire comprendre à ses deux parents l’incongruité et la déviation de leur conduite, elle a accompli à son tour un acte incongru et dévié : envoyer ce sexe en plastique à son père. Quand il l’a reçu, il a joué les indignés, et a feint de ne pas comprendre. Son épouse, elle, s’est insurgée contre cet envoi, demandant à sa fille ce qui lui avait passé par la tête, de faire une chose pareille. Ils se sont trouvés tous deux, par cet acte salvateur de la jeune femme, en face d’eux-mêmes, à découvert, comme devant un miroir non déformant. Et cela a réjouit leur fille, qui riait en me racontant sa joie de se sentir légère pour la première fois de sa vie, sur ce sujet, et avait compris qu’elle ne pouvait trouver meilleur moyen d’ouvrir les yeux à ceux qui avaient été coupables envers elle sans jamais le voir ni donc l’avouer. Elle avait réussi à se débarrasser définitivement de toute la part de douleur qui résidait dans ce souvenir. Elle pouvait enfin dire adieu à ce qu’on lui avait imposé, qui n’avait jamais été à elle, et qui n’aurait jamais dû lui être présenté de cette façon.

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Il faut rendre le mal à celui qui l’a donné. Parce que si vous ne le rendez pas, vous êtes en peine, et vous n’avez pas la force de donner de l’amour à ceux qui en méritent. Vous n’avez donc pas la force de faire ce que vous êtes venu faire sur la terre. Il faut rendre cela, et pour atteindre ce but, tous les moyens non violents sont bons. Surtout ceux qui, comme celui-là, peuvent parvenir à vous faire rire ou sourire, après coup, de la surprise et de l’émoi que vous créez, et savourer cette émergence tant attendue de la vérité, de la justice qui l’accompagne, et que vous avez rendue vous-même, en étant dans votre bon droit, et sans autre violence que de faire apparaître ce qui est comme cela est, pas autrement.

Evidemment, faire preuve de violence serait non seulement inutile mais, aussi, idiot. Parce que cela créerait une nouvelle souffrance, qui se répercuterait partout autour, et d’abord en vous. Vous aimez-vous lorsque vous êtes violent ?

Aimez-vous en découvrant que vous savez être juste, intelligemment.

Marie

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