Le pardon-5 mars 2004

Si vous avez du mal à pardonner vraiment quelqu’un qui vous a fait du mal, dites-vous ceci : un jour, que ce soit dans cette vie ou dans l’autre monde, celui qui se sera trompé en vous faisant du mal vous demandera pardon. Pardonnez-le par anticipation, vous n’aurez donc plus d’ennemi, et vous ne souffrirez plus.

Marie

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6 mars 2004

De la même façon, pour lorsque vous serez au ciel, préparez-vous à demander pardon à ceux que vous aurez offensé à tort durant votre vie, si ce n’est déjà fait. Car quand vous serez dans la grande vérité, vous saurez sans conteste à qui demander pardon, et ce ne sera pas forcément ceux à qui vous pensez actuellement.

Si une personne vous a fait du mal, la seule façon d’en guérir, c’est de la pardonner.

Marie

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Luc : Ce que j’en comprends : nos souffrances nous font oublier que nous pouvons nous en détourner. Si nous pouvions franchir le pas, nous aurions fait le plus difficile pour parvenir à pardonner, le plus gros serait fait, car ensuite, nous ne passerions pas notre temps à nous regarder nous-mêmes souffrir. La paix est le seul remède à ce genre de souffrance, et elle ne s’obtient que par le pardon.

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Lorsque vous êtes en face de quelqu’un qui a fait le mal, il est difficile de le pardonner. Pourtant, lorsque vous avez fait le mal, il vous est facile d’être convaincu que vous puissiez aisément être pardonné. Par amour de vous-même.

Marie

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Le pardon passe donc par l’amour-propre, lorsqu’il s’agit de soi, et doit passer par l’amour tout court, lorsqu’il s’agit des autres.

Luc

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Si vous ne voulez pas pardonner, ne vous attendez pas à être pardonné facilement par les autres.

Il faut pardonner pour être pardonné.

Marie

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Nous commettons tous des erreurs, et nous sommes donc les premiers à être indulgents envers nous-mêmes. S’il existait un juge suprême, nous attendrions qu’il nous pardonne ou nous trouve des circonstances atténuantes. Comment serions-nous plus pardonnable qu’un autre ? Se juger soi-même nous appartient, nous devons le faire avec autant d’objectivité que possible. Il ne nous appartient pas de juger les autres, car cela ne les toucherait pas et ne les élèverait pas.

Luc

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Pardonner un être qui vous fait souffrir, c’est ne plus en rêver la nuit, c’est prendre le chemin de ne plus y penser, c’est donc se libérer de son emprise et de son influence.

Il n’est rien qu'on ne puisse se pardonner à soi, si les remords sont sincères, si on cherche à réparer, et si l'on sait qu'on ne fera pas la même erreur dans l'avenir. Se pardonner ne veut pas forcément dire tout retrouver intact, car lorsqu'on détruit, on n'a pas toujours les matériaux pour reconstruire. Mais se sentir pardonné c'est déjà se sentir mieux, c'est savoir qu'on peut continuer le chemin en paix. Pardonnez donc aussi les autres pour créer une harmonie.

Quand une personne mal intentionnée vous fait souffrir, si vous avez du mal à la pardonner, dites-vous qu’elle sera un jour au paradis avec vous. Même si elle n’y restera pas forcément. N’oubliez pas que tout finira au ciel.

Marie

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10 avril 2004

Questions de F. sur le pardon

J'ai lu attentivement ce que dit Marie concernant le fait du faire du mal ainsi que le pardon. C'est clair et précis, mais j'aimerais approfondir ces deux aspects. Pardonner revient donc à ne plus nourrir de ressentiment envers la personne qui nous a fait du mal.

F

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Non, c’est une conséquence. Pardonner revient à effacer généreusement ce qui apparaît comme une dette de souffrance.

Marie

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D'après ce que j'ai compris il faut également se détacher de ce qui s'est passé. Mais comment faire pour « ouvrir la porte » à l'intérieur de nous-mêmes, encore une fois, pour cette personne ? Comment faire pour agir encore comme si rien ne s'était passé, adresser encore la parole à la personne qui nous a fait du mal quand on sent que nous n'arrivons plus à « ouvrir la porte », qu'autrement nous ferions preuve d'hypocrisie ? J'ai du mal à comprendre.

F

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Vous prenez les choses à l’envers. Vous parlez d’un sentiment de douleur insupportable, insurmontable, que vous auriez en voyant celui qui vous aurait fait du mal. Cela veut dire que vous n’auriez pas effacé la dette de souffrance, et que vous vous tournez vers cette personne avec le même bagage qu’avant. Effacer la dette, c’est l’effacer dans votre cœur et dans celui de l’autre, ce n’est pas être généreux seulement avec l’autre, c’est aussi l’être avec vous-même. Chronologiquement, il faut d’abord effacer la dette, et ensuite, dégagé du plus gros de la souffrance, laisser cette souffrance faner d’elle-même. Il ne faut pas ouvrir la porte tant que vous n’avez pas fait cela en vous. On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé, les choses se sont passées, mais il faut refuser d’en porter le poids, ce qui est d’autant plus facile si l’on n’est pas responsable de la souffrance. Il n’est pas nécessaire d’adresser la parole aux personnes qui vous ont fait du mal, il est nécessaire de ne plus avoir la haine ni la douleur en vous, et il faut d’abord attaquer ce problème-là avant d’envisager de nouvelles rencontres. Il faut se séparer de ceux qui vous font du mal, et c’est souvent là qu’il faut beaucoup de force et de courage, et en tous cas, il faut les éviter tant que vous n’avez pas effacé la dette, que celui qui vous a fait souffrir sache ou non que vous l’avez effacée. Vous l’avez dit, il ne faut surtout pas faire preuve d’hypocrisie.

Marie

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Toujours dans le même ordre d'idées, j'aimerais demander à Marie de me dire comment agir avec les gens qui vous « poignardent dans le dos », sans raison apparente, alors que vous leur avez toujours tendu la main. Vous savez que ces personnes sont en train de vous porter un tort considérable, qu'elles peuvent même vous mettre dans un pétrin impossible ; votre façon d'être vous interdit de vous venger, mais comment faire pour les neutraliser quand vous les côtoyez tous les jours ? C'est tout à fait vrai que l'enfer est sur terre, et certaines personnes sont réellement des diables. Comment ne pas être épouvanté quand vous faites face au mal dans son expression la plus virulente ? Bien sûr, on peut leur pardonner parce que c'est la seule façon valable d'agir, mais comment se protéger ?

F

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Il n’y a pas de personne assez haut placée, même dans le ciel, pour juger les gens. Lorsque quelqu’un fait du mal aux autres, il faut tendre la joue droite, et si, malgré cela, la personne persiste et persiste encore, alors, il faut penser à « œil pour œil ». Mais il ne faut pas commencer par œil pour œil.

Si vous vous interdisez de vous venger, dans le cas grave que vous décrivez, personne d’autre que vous ne vous l’interdit. J’ai parlé déjà de la deuxième guerre mondiale, et de la réaction que vous n’avez pas eue. Ce n’est pas parce qu’on pardonne qu’il ne faut pas avoir de réaction, qu’il ne faut pas empêcher le mal. Pardonner, c’est surtout, avant tout, pour vous éviter de souffrir vous-même, et pour, éventuellement, vous donner les moyens de combattre. Combattre, oui, mais avec quelles armes ? L’humour est une des armes les plus puissantes et efficaces qui soient, parce qu’elle est inattendue dans une situation critique, parce qu’elle révèle une âme très forte (c’est donc une tactique de surprise et une démonstration de force, et dans un combat, l’effet de surprise est décisif, pour soi déjà, mais aussi souvent pour l’adversaire), mais aussi parce que celui qui vous nuit est animé par la haine, et il y a fort peu de chance pour que ce soit un être doué d’humour ou qu’il pense à en faire usage. Quand votre ennemi n’a pas d’humour, si vous en avez, il est perdu d’avance. Vous pouvez vous défendre aussi avec ce que vous avez en vous, c’est-à-dire l’amour, et cela doit commencer par votre amour propre. Si quelqu’un se permet de vous piétiner, c’est parce qu’il sent que vous n’avez pas suffisamment d’estime de vous-même pour lui résister. Et, partant de là, votre ennemi cherche à atrophier encore ce qui est déjà faible en vous, car une personne qui vous attaque cherche avant tout à vous dominer. Ne laissez pas s’installer une domination malsaine, dès le départ, et si l’engrenage est enclenché, il n’y a aucune raison que vous ne changiez pas la pitié que vous aurez pour vous-même dans un cas comme celui-ci en amour, et votre seule lumière vous donnera une arme puissante. Les amis, aussi, ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Qu’on soit déçu ou qu’on soit agréablement surpris. Si votre ami devient votre ennemi, vous serez surpris de voir que chez vos anciens ennemis, il y aura sûrement quelqu’un qui pourra vous protéger, parce qu’il vous comprendra, parce qu’il aura connu la défaite, même si c’est face à vous, parce qu’il vous respectera pour avoir eu raison, justement, face à lui, malgré ce qu’il aura pu en dire ; parce que ses intérêts se rapprocheront soudain des vôtres, et parce qu’aider un ancien opposant, c’est toujours s’élever.

Marie

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26 avril 2004

Bonjour Luc,

C'est Nadia, l'amie de Stéphan, qui a besoin de votre aide cette fois-ci... Comme il vous l'a déjà expliqué il reçoit des messages qu'il transmet, et entre autres, un qui m'était destiné ! Depuis deux mois je ne suis plus la même... Un soir, il m'a dit que mes sautes d'humeurs, mes mini dépressions n'étaient pas normales et que cela venait de mon passé. Il s'est mis à pleurer tellement la souffrance qu'il ressentait était forte. Effectivement j'ai beaucoup souffert parce que mon père battait ma mère et a des problèmes de boissons. Mes parents sont heureusement séparés depuis pas mal d'années maintenant. Je vois de temps en temps mon père qui est toujours alcoolique. J'ai lu et relu le thème du pardon et Stéphan me dit que le message qu'il a reçu concernait ce problème-là. Je sais que pour me sentir mieux je dois pardonner à mon père le mal qu'il nous a fait à ma mère et moi-même. Mais à la limite, le mal qu'il m'a fait, je lui ai déjà pardonné, par contre pour ma mère je n'arrive pas à lui pardonner et cela me paraît impossible et je pense que je n'y arriverai jamais. Si mon père a besoin de moi, je suis là pour l'aider mais il m'est impossible de lui dire : « malgré tout cela je suis tjs ta fille ». Je ne peut accepter qu'un être humain puisse faire le mal gratuitement !!!!!! A ce point-là !!!!!

Que dois-je faire ? Je ne sais plus où j'en suis... Merci de l'attention que vous portez aux gens.

Nadia

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Pardonner ne se fait pas en quelques secondes, en profondeur. Mais il faut faire le premier pas, car c'est celui qui coûte, les autres se font tout seuls. En disant « je n'y arriverai jamais » vous vous refusez à faire le premier pas, non pas vers votre père, ou vers votre mère, mais vers vous-même, car la souffrance ne peut s'estomper que si le pardon commence. Il sera long, pour vous. Mais pour que vous vous sentiez mieux, le plus tôt sera le mieux pour qu'il commence. Ne voyez pas le pardon comme un cadeau que vous feriez à quelqu'un qui ne le mériterait pas, mais comme un cadeau que vous vous feriez à vous-même, indépendamment de tout cela. Viendra alors le début de la délivrance. Pardonner ne veut pas dire aider, c'est une autre étape que vous n'aurez pas à franchir dans l'immédiat, et aider serait ranimer la douleur, la flamme du souvenir, et donc de la haine, cela ferait reculer le pardon. Si vous n'accordez pas tout de suite le pardon, accordez-vous l'indépendance par rapport à cette souffrance, le pardon viendra parallèlement. Lien familiaux ou pas, le pardon, c'est l'oubli du mal, pour vous, et l'occasion pour ceux qui vous ont fait souffrir de commencer à réparer. Ce n'est pas oublier ce qui s'est produit. C'est ne pas en porter le poids une minute de plus. Quand vous cesserez de vous refuser l'accès à la paix, à cause de l'énormité des douleurs que vous avez ressenties, et que vous ne voulez pas quitter, car c'est devenu une de vos raisons de vivre (voyez Vipère au poing, surtout à la conclusion du livre), votre estime de vous réside dans le fait que vous avez résisté au pire, mais vous vous aimeriez plus si cette estime venait de ce que vous pouvez mieux faire en souffrant moins, c'est-à-dire vivre en profitant enfin de ce qu'il y a de bon dans la vie. Carpe diem, Nadia, je suis avec vous si vous faites le premier pas, je vous aiderai à faire le second, et tous les autres.

Marie

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Merci pour la réponse, je vais essayer de vivre sans cette douleur et de ne plus revoir ces images à tout bout de champ. Mais si mon père me laissait un peu tranquille, je crois que j'y arriverais plus facilement... L'entendre au tél si triste n'arrange rien !!!! Mais comment saurai-je que je n'y repenserai plus ???? Il y a des moments où je n'y pense pas du tout et d'autres où je n'arrête pas... Enfin bref, je ferai de mon possible c'est promis. Carpe diem sera à partir d'aujourd'hui ma devise !!!!!!!!!

Merci encore à vous deux,

Nadia

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26 juillet 2009

Question d’Anne-Sophie :

J'ai un peu réfléchi au pardon et à tout ce que Marie a dit dessus, et comme en fait le pardon concerne deux personnes (disons un offenseur et un blessé) et que Marie parle surtout du point de vue de celui qui a été blessé, j'ai regardé la situation du point de vue de l'offenseur, et cela m'amène à la question de savoir demander pardon.

Je te livre donc la question de départ, la réflexion qui va avec (la réponse est peut-être en partie dedans) et à l'occasion, je veux bien avoir ton avis lumineux et éclairé là-dessus.

Quand on a fait du mal à quelqu'un, qu'on l'a blessé, y a-t-il une bonne façon (ou une façon meilleure qu'une autre) de lui demander pardon ?

Je m'explique.

Si j'ai fait du mal à quelqu'un, je peux aller lui présenter des excuses, lui demander pardon pour chaque chose blessante que je lui ai faite ou dite. Ou alors je peux présenter des excuses globales, en lui demandant pardon pour tout le mal que je lui ai fait ou que j'ai pu lui faire. Dans le premier cas, j'ai pris conscience de ce que j'avais fait de façon précise, j'en éprouve des remords, et je désire ne plus refaire cette ou ces erreurs-là à l'avenir, donc je vais m'excuser, sincèrement, pour chaque blessure que j'ai causée. Et avec cette prise de conscience, je me donne le moyen de ne pas réitérer mon erreur à l'avenir.

Dans le deuxième cas, en restant dans une espèce de flou global, j'évite la remise en question personnelle de mes actes, en me disant que celui à qui je demande ce pardon général « pour tout le mal que je lui ai fait » n'aura qu'à, lui, le coller de façon précise sur les blessures que je lui ai infligées.

C'est là que ça me chiffonne.

Cette démarche n'est-elle pas un peu facile, puisqu'elle m'évite la remise en question qui mènerait à ne plus faire souffrir quelqu'un de la sorte, à ne plus provoquer ces douleurs-là ? Est-ce qu'en agissant ainsi, je ne suis pas en train de me leurrer sur la profondeur et la réalité de ma sincérité, dans le sens où mes excuses ne sont pas complètes, pas abouties, puisque je ne me donne pas le moyen de ne pas répéter mes erreurs en les identifiant clairement et en les reconnaissant comme telles, comme si je me contentais en quelque sorte de demander pardon du bout du cœur ?

Car même si l'autre me pardonne sincèrement et totalement suite à ma demande de pardon global, ou s'il l'avait déjà fait avant cela, peu importe, il a des blessures à laisser cicatriser. Même si (je cite Marie) il a « effacé la dette, [s'étant ainsi] dégagé du plus gros de la souffrance », il lui reste encore à « laisser cette souffrance faner d’elle-même ».

Or laisser faner une souffrance, cela prend du temps (du moins cela en prend quand je suis blessée, alors je suppose que cela en prend aussi chez celui que moi j'ai blessé).

Et pendant ce temps durant lequel l'autre, qui m'a pardonnée, ne souffre presque plus ou beaucoup moins, il reste néanmoins vulnérable, car la cicatrisation n'est pas complètement faite, justement parce que sa souffrance n'a pas encore totalement fané.

Alors demander pardon non pas globalement mais pour chaque blessure que j'ai conscience d'avoir infligée ne pourrait-il pas aider l'autre à cicatriser plus vite et mieux, et donc également à se relever plus vite et moins difficilement, grâce à des excuses vraiment ciblées ?

Si (je re-cite Marie) « le pardon, c'est l'occasion pour ceux qui ont fait souffrir de commencer à réparer », cette réparation ne devrait-elle pas forcément passer par des excuses ciblées lorsque celles-ci sont possibles, c'est-à-dire si les protagonistes sont toujours là ?

Pour résumer, est-ce que je suis autant dans l'amour en demandant pardon globalement qu'en demandant pardon de façon ciblée précisément ?

Anne-Sophie

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Demander Pardon (avec une majuscule), c'est demander pardon d'abord globalement, puis, si on va au bout de la démarche, aller effectivement dans le détail, si on le sent utile. Mais il ne faut pas que cela devienne un acte compulsif, comme quelqu'un qui chercherait la petite bête en lui et retarderait ainsi sa propre guérison. Car lorsque tu demandes pardon à celui que tu as offensé, si tu l'obtiens, tu guéris plus vite de ce mal-être que tu ressens d'avoir fait souffrir quelqu'un. De même, la personne que tu as fait souffrir, sentant que tu te pardonnes aussi, du fait de son acceptation à elle, guérira beaucoup plus vite également. Comme dans le principe des vases communicants.

Remplis-toi d'amour, ton amour ira dans autrui, et le remplira, sans pour autant te vider, puisque cet amour, tu en es la source, tu le crées, il est inépuisable.

Evidemment, demander pardon par-dessus la jambe, en se disant, « pfff, je m'excuse, l'autre fera le reste », n'est pas un pardon majuscule, ce n'est qu'un minuscule pardon, qui ne met pas à l'abri de devenir à nouveau un bourreau, pour celui à qui on a fait cette mini demande, ou pour quelqu'un d'autre. Il est une formule courante qui caractérise le pardon minuscule, par opposition au pardon majuscule, c'est : « Je m'excuse ». Vous ne pouvez pas vous excuser tout seul. Le pardon est un échange d'amour et de reconnaissance librement et mutuellement consenti, qui enrichit l'un et l'autre. Le « je m'excuse » n'est même pas un pardon « du bout du cœur » comme tu dis si joliment, c'est finalement une sorte de rachat, on estime avoir en soi assez de numéraires en unités de pardon pour racheter à ses propres yeux la faute qu'on a commise, peu importe ce qu'en pense l'autre. Cette formule et cette façon de penser sont issues de la société de consommation. Mais en s'excusant tout seul, on ne fait que se payer un « ausweis » pour pouvoir se regarder dans la glace et continuer à ne voir que les apparences. Si tu demandes Pardon, si tu dis, donc, quelque chose qui demande à être excusé par l'autre, l'autre se sent subitement compris, et cela libère en lui un flot de joie. Des pipe-lines intérieurs, qui auraient dû véhiculer des flux agréables, avaient été bloqués, empoisonnant le flux, et amenant la souffrance. Alors, il faut que ce flux corrompu s'écoule, comme le pus de la plaie, et que le drain soit une parole solide, vraie, dont l'autre ne puisse douter. Cette potion magique s'appelle les accents de vérité.

Pense à ton pire adversaire, celui qui t'a fait le plus souffrir. Vois-le venir à toi, et te demander un Pardon majuscule, empli d'accents de vérité, et tu comprendras que tes blessures, qui tant t'ont pourri la vie, te paraîtront soudain faciles à regarder. Puis, elles te seront de plus en plus insignifiantes. Il en restera finalement juste une petite marque, pour te rappeler que par là où on t'a atteinte, il ne faudra plus te laisser faire.

Si le besoin s'en fait sentir, tu peux aller chercher des points précis, les explorer, et argumenter ta demande de Pardon. C'est parfois indispensable. Mais une fois que les réponses ont été apportées aux questions principales, cela peut devenir agaçant, d'aller tout décortiquer, de se flageller aux yeux de l'autre. Car alors, on redescend par rapport à l'autre, les vases communicants ne sont plus à la même hauteur spirituelle, et le flux ne passe plus à égalité. Cela peut paraître maniaque et devenir gênant. Que dirais-tu d'une personne qui s'excuserait sans cesse ? Cela ne voudrait-il pas dire qu'elle ne te penserait pas capable de pardonner ?

Il faut faire la part entre ce qui est indispensable et ce qui est superflu, dans cette demande, et aussi voir ce qui peut être de trop. Car revenir sur tout peut replonger dans la souffrance et la régénérer. Cela peut donc s'apparenter à une prière récitée. Et on perd la spontanéité, les accents de vérités, pour se concentrer sur une étude qui devient chirurgicale.

En revanche, si celui qui a souffert par toi a des questions, il faut évidemment y répondre point par point, cela permet d'ailleurs de se révéler à soi-même des vérités qui ne sont pas visibles au départ.

A moi de résumer : si tu sens chez l'autre une réticence, un manque, un trou noir quelque part, un pardon qui n'arrive pas à être majuscule malgré une démarche sincère de part et d'autre, alors, tu peux faire plus de chemin dans l'analyse de ce que tu dois réparer. C'est parfois vrai aussi lorsque le Pardon doit se faire en plusieurs étapes. Cela arrive lorsque ni l'un ni l'autre n'a assez de recul pour donner tous les éléments nécessaires à la compréhension totale des choses.

Sinon, il faut boire ensemble le calice du pardon et utiliser son énergie à reconstruire quelque chose de fort, de vibrant, de puissant, plutôt qu'à étayer son mea culpa exhaustivement, ce qui serait de l'énergie perdue.

Imagine ton ennemi venant te demander Pardon. Il te donne les détails qu'il te faut, et comble ton besoin d'être reconnue en tant que victime passée, et en tant que personne de grande valeur actuelle. Une fois qu'il t'a vraiment soulagée, une fois que tu l'as Pardonné, as-tu besoin qu'il te demande encore Pardon ?

Marie

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Note de Luc : voir tous les autres sujets qui parlent du pardon dans les messanges.

Table des messanges