L’Œdipe-moi-6 décembre 2010

En lisant Dolto, je m’aperçois que dans ses livres, énormément d’explications tournent autour de l’Œdipe, dépassé ou non. Il en est beaucoup question, de ce passage qui fait que l’enfant, vers 6 ans, est censé le dépasser pour arriver à ne plus vouloir séduire son parent de sexe opposé, et se tourner vers l’idée de séduire une autre personne, pour s’accomplir dans la vie. Mais plus je lis cela, plus je me dis qu’il manque quelque chose. Que cela ne suffit pas à tout expliquer. Et en repensant à tout ce qui est dit sur ce site, je vois que ce qui revient souvent ici, c’est « aimez-vous vous-même », sans parler d’orgueil, mais de s’accepter tel qu’on est et de pouvoir aussi s’épanouir. Et je ne trouve pas beaucoup de développements dans les livres de Dolto, du moins, directs, à ce sujet. Même s’il est évident que s’aimer passe aussi par soi, et que Dolto en parle. Aussi ai-je demandé à Marie ce qui manquait, et ce qu’elle rajouterait aujourd’hui à ces écrits, pour donner une nouvelle clé.

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Les parents, pour les enfants, ne sont pas seulement des « cibles » à séduire, ce sont aussi des miroirs, et particulièrement le parent de même sexe, qui donne un modèle à l’enfant pour ce qu’il sera plus tard. Le concept de parents-miroirs renvoie au fait que l’enfant, en se regardant dedans, les voit, mais se voit aussi. Par superposition à l’image de ses parents. C’est pourquoi, au début, lorsqu’il est tout petit, il a du mal à se dissocier d’eux. La première personne qu’il voit en miroir, c’est sa maman, en général, et donc, il fait partie de sa maman, puisqu’il se voit dedans. Et ensuite, de papa, lorsque celui-ci prend sa place dans l’histoire de sa vie. L’enfant se voit différemment dans le miroir de maman, et dans celui de papa, selon qu’il est un garçon ou une fille. S’il est une fille, il prendra maman comme modèle et s’y tiendra. S’il est un garçon, il prendra d’abord maman pour modèle, puis papa.

Dans le cas d’une fille, qui prend donc maman pour modèle, elle s’aperçoit, quand papa entre dans sa vie, que par sa différence, c’est lui qu’il faut séduire, parce qu’il faut découvrir la différence. Et c’est ce qui la rend plus curieuse et ouverte que les garçons. Car l’enfant a tout de suite la notion de ces différences. Et il les a déjà entendues, dans le ventre de maman, quand papa était à côté, et parlait. On oublie évidemment, parce qu’on ne le sait pas, que bébé ressent des choses par intuition, et qu’il sait avant de naître qu’il y a eu deux personnes différentes pour qu’il puisse naître. Si c’est un bébé garçon, alors, il se mélange avec maman, pour lui, elle est déjà séduite. Il lui faut peu à peu renoncer à cette conquête si évidente, pourtant, et voir un rival se placer entre eux. D’où le fait que le garçon est plus bagarreur et direct, et qu’il n’exprime pas si facilement que la fille, par la suite, ses sentiments. Parce que cette fusion a déjà été mise en doute, par le fait que maman n’est pas lui, et n’est pas à lui. C’est pour cela aussi que l’homme plus tard, sera plus facilement possessif que la femme, et cherchera à s’ériger en dominant, pour ne plus être contesté. Et que la femme, comprenant intuitivement, mais non consciemment, le manque qu’il a eu étant petit, trouvera très important et gratifiant de réparer les souffrances d’un homme, se disant qu’il y a inégalité au départ, et culpabilisant pour cela. La femme est la reine de la culpabilisation, et l’homme, le roi des inquiets sur son statut.

Il en existe encore une autre, tout aussi inconnue que j’appellerai l’Œdipe-moi : l’enfant, en se voyant dans le miroir, et en ne se dissociant pas encore de ses parents, se voit aussi, et cherche à se séduire, parce que l’enfant est un séducteur né, du fait que son âme est amour. Cela ne le quittera pas, de toute sa vie, puisqu’il n’y a aucun écho verbalisé, mis au jour, à cette quête. Cela reste secret. Séduction ne veut pas forcément dire sexualité, mais veut dire douceur vers l’objet du désir, envie d’aller vers cet objet. Et quand l’objet est soi, et qu’on ne le dit pas, que cela n’est pas expliqué, avéré, alors, on tombe dans le piège de l’orgueil. Un enfant trop valorisé, c'est-à-dire un enfant gâté, ne verra que l’apparence, quittant peu à peu ce qu’il voyait dans le miroir, qui était sa vraie profondeur spirituelle. Et au lieu de l’accepter, et de se sentir accepté par cette image dans le miroir, il voudra tout modifier, selon des critères extérieurs, qui viennent du qu’en dira-t-on, de concepts posés là, sans qu’ils soient expliqués, et que l’on peut appeler coutumes, traditions. Carcan aussi.

Parce que personne ne lui dit tout simplement, « aime ce que tu vois, aime-toi », mais plutôt, « tiens-toi droit, ne fais pas ci, ne fais pas ça, tu es vilain », … etc., l’enfant se forge une armure, qui petit à petit, lui cache sa vérité dans le miroir, jusqu’à ce que l’image d’origine s’estompe, et que le miroir spirituel ne soit plus assez valorisant. Alors, on l’oublie, et on se tourne vers les miroirs en verre de la vie matérielle. Et les miroirs aux alouettes. C’est là que l’enfant perd le contact avec les anges, avec son âme, et c’est là qu’il cesse de dire ces choses si poétiques qui font fondre les parents. Parce qu’ils ne lui ont pas dit, « aime-toi » au lieu de seulement « je t’aime », et parce qu’ils ont déformé ce qui ne doit pas l’être, en donnant un cadre étranger à l’enfant, pour que selon les désirs des parents, il soit digne de sortir en société. On le voit dans la « haute » société, justement, où les rapports humains sont plus affaire de protocole que de spontanéité, et où, par un seul mot, un seul acte hors code, une personne sera bannie du « noble » groupe. D’où la peur de sortir de ce cercle si étriqué mais si glorifiant en apparence.

D’où la peur de sortir de sa famille. Car tout groupe est une famille.

En grandissant, l’enfant ne sait toujours pas qu’il peut s’aimer tel qu’il est. Et il ne sait pas ce qu’il est puisqu’il a une armure, et qu’il est caché dedans. Alors, il se dit, à quoi pourrait bien me servir cette armure, qui me pèse, et que pourtant je ne peux pas enlever ? A me battre, à partir en guerre ! Parce que l’enfant regorge d’énergie, n’est-ce pas ? Donc, il se bat. Et comme il est toujours face au miroir au début de l’adolescence, dans l’espoir toujours déçu d’y voir ressurgir la vérité qu’il sent confusément perdue, il se bat contre lui-même autant que contre ceux qui lui ont fait porter cette armure qui l’étouffe. Il casse tout autour de lui, et parfois lui-même, pour que les choses bougent, malgré son armure, pour savoir sa vérité, pour, en ayant tout cassé, savoir enfin ce qui était précieux parce que c’est cela qui lui manquera le plus. Alors, il passera sa vie à chercher à (re)construire ce qu’il aura brisé. Souvent, il brise le miroir aussi. C’est pour cela que c’est si difficile à recoller, pour voir enfin les lumières en soi et autour de soi, pour parler aux anges, pour parler à son âme. Parce qu’on croit qu’il faut que le miroir soit parfait, alors qu’il suffit d’un bout du miroir, même non recollé, pour voir.

Si l’enfant s’aimait lui-même, si on le lui apprenait, à bon escient, sans le surprotéger, et en lui disant, dans un langage qu’il puisse comprendre, quelque chose qui veuille dire : « aime-toi parce que tu as une très belle lumière en toi, unique et véritable », il la ferait grandir, cette lumière. Encore faut-il faire confiance au langage qu’on invente avec son enfant, avec des mots qui ont un sens intime, une réalité partageable uniquement entre vous et lui. Encore faut-il voir cette lumière dans son enfant, et prendre soi-même un bout du vrai miroir dans ce qui reste du sien, une fois qu’on est adulte. Pourtant, rares sont les parents qui ne voient pas cela, même s’ils ne l’appellent pas « lumière ». Ils le ressentent dans un bon mot, dans un regard et quand ils fondent devant eux. Ils sont à ce moment précis en face de la part de Dieu de cet enfant, et comme l’enfant est aussi un miroir, ils pourraient alors, en dedans, voir aussi leur part de Dieu à eux. En êtes-vous capables ? Sans rien déformer ? Quand vous me lisez, je vous entends penser, pour ceux qui ne croient pas, « prouvez-le-moi ». Et cette fois, j’ai envie de vous le dire à mon tour : prouvez-le-moi.

Si vous en êtes capables, alors, vous êtes capables aussi de lire ce que je vais dire maintenant, sans trouver cela incongru, vulgaire, ni honteux. Vous qui avez des fantasmes sexuels avec des photos sur les murs, dans les magazines, dans les films, pornographiques ou non, et sur des personnes de l’autre sexe ou du vôtre, et qui savez bien que c’est naturel, voyez que vous ne vous aimez pas comme il faut. Serez-vous capables d’avoir ce fantasme tout à fait profond et tout aussi naturel : celui de vous faire l’amour à vous ? Sexuellement ? D’imaginer cela ? Vous prendriez la mesure de votre amour. Et vous auriez envie de le faire grandir. Faites-vous, en pensée, l’amour à vous-même, lorsque vous étiez enfant, puis à votre âge présent, puis lorsque vous serez plus âgé. Trouvez-vous en face de vous-même, mentalement, formez cette image, cette rencontre stupéfiante, vivez-la, et recevez votre propre amour. Enfin. Vous verrez que votre amour peut circuler entre vous et vous, tel qu’il est, sans déformation, et sans orgueil, dans rien de déplacé. Alors, quand vous aurez fait cela, analysez votre ressenti. Et voyez avec quel âge vous aurez eu le plus de mal à vous faire l’amour. Et aussi, le plus de bien. Et vous comprendrez, selon votre réponse, que c’est votre enfant intérieur, votre Œdipe-moi (celui que vous voyiez et vouliez séduire dans le miroir étant bébé) que vous n’arrivez pas à rejoindre, ou, au contraire, que c’est le présent ou l’avenir de votre Œdipe-moi qui vous fait peur. Ou alors, vous verrez que vous savez vous aimer comme vous êtes. Et vous saurez où il faut faire du chemin, pour vous accepter à tous les âges, c'est-à-dire en entier.

Faites du chemin vers vous. Vous en ferez ensuite un magnifique vers les autres, qui prendront exemple sur vous. Et vous oserez être vous. Comme il se doit.

Marie

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8 décembre 2010

Suite à des questions qui me sont arrivées, à ce sujet, Marie apporte une précision utile :

Il est bien évident que c’est en rêve que vous pouvez vous faire l’amour. Ne soyez pas limités dans vos rêves ! On voit bien que vous ne faites pas confiance à votre formidable capacité à être ce que vous êtes, de toutes les façons possibles, lorsque vous dites que vous ne vous voyez pas en train de rêver vous faire l’amour à vous-même, puisque vous êtes une femme (par exemple), et que vous ne l’imaginez pas autrement qu’avec un homme. Eh bien, vous avez, la plupart du temps, été un homme et une femme dans vos incarnations précédentes. Par alternance ou dans la continuité, selon votre choix. Si vous pouvez décider de naître en tant qu’homme ou femme, dans votre prochaine vie, depuis le ciel, pourquoi ne pourriez-vous pas imaginer que vous vous faites l’amour, mais dans le sexe complémentaire au vôtre ? Tout est possible. C’est fou le nombre de petits murs que vous transformez en montagnes, lorsqu’il est question de rejoindre votre part d’amour !

(elle sourit).

Marie

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