Le jeu dangereux de l'adulation-26 août 2009

Luc: Je ne suis pas un fan invétéré de Michael Jackson, mais avec le battage médiatique qui est fait autour de lui en ce moment, à cause de sa mort, qui n'a pas une pensée pour ce qui lui est arrivé ? Ce matin Marie, est venue m'éclairer à son propos, et sur un thème plus large :

Un petit mot sur Michael Jackson. Comment un homme qui est au sommet, ou qui l'a été, peut-il sombrer dans les médicaments comme dans la drogue, au point d'en faire une overdose et d'en mourir ? Quel était le problème de Michael Jackson, et pourquoi avez-vous du mal à comprendre ce qui lui est arrivé ? Son dilemme était le suivant : il ne s'aimait pas assez lui-même pour accepter l'amour démesuré que le monde lui avait porté, et semblait lui avoir retiré. Il y avait une distance énorme entre l'image qui avait été fabriquée de lui, et ce qu'il voyait entre le « roi de la pop » et « the man in the mirror »(1), c'est-à-dire ce qu'il voyait de lui-même. Dans cette chanson, et dans la vie, il disait vouloir changer le monde, et il avait tout fait pour être différent. Et il l'était. Quiconque voit plus que les apparences sait qu'il avait, au-delà de ce qui se voit avec les yeux, un potentiel lumineux particulier. Cela, évidemment, se sentait à sa voix. C'est la première facette qui apparaissait, clairement, à tous. Mais sa voix était si simple. Si loin de toute cette complexité, de ces chichis du show business, qui formatent les gens comme des produits de pur marketing, et les détournent de ce qu'ils sont vraiment. Michael Jackson ne supportait pas d'être seulement lui alors qu'on lui disait qu'il était tellement plus. Il a changé son apparence, son visage, pour que ce qu'il voyait dans le miroir, qui ne correspondait pas à l'idée que se faisaient les gens de lui, atteigne une perfection, atteigne le rêve impossible des gens, et on a vu comme le résultat en a été catastrophique. Le monde en avait fait un être qui n'existait pas, il s'est fait un visage de plastique. Il l'a fait, non pas tant pour le public, qu'il fuyait parce qu'il ne pouvait, dans son for intérieur, accepter le décalage, il l'a fait pour lui-même, pour essayer de pouvoir s'accepter tel qu'on le présentait. Son père ne l'avait pas aimé comme il fallait, c'est-à-dire tout simplement, et cela a engendré le manque d'amour de soi. Michael Jackson est mort de peur face à lui-même. C'est pourquoi il a fait la chanson Thriller, puis Bad, où il se définit comme un monstre hideux, ou comme quelqu'un de mauvais.

Imaginez que l'on donne une image de vous dans les médias, partout dans le monde, et qu'on magnifie cette image, qu'on la transforme, qu'on l'éloigne de vous. Qu'on la donne en pâture aux magazines. Transformer votre visage, votre apparence, ne serait-il pas un appel au secours, une provocation face à autrui et à soi, pour que les gens cessent de transformer la vérité selon des règles n'obéissant qu'à du futile, du marchandage, de la poudre aux yeux ?

C'est pourquoi, au-delà de Michael Jackson, on voit tant de stars se donner des looks si étranges, ou tout simplement se faire faire des liftings, parce qu'elles ne peuvent accepter de ne pas être ce qu'on dit d'elles, elles ne peuvent accepter de n'être que ce qu'elles sont, finalement. Et c'est inconscient.

Dans le milieu des stars, la drogue est monnaie courante, c'est celui qui n'en prend pas qui n'est pas à la page, alors, le cercle vicieux commence : on s'échappe de la réalité avec la drogue ou les médicaments, parce qu'on voit bien l'impossibilité qu'il y a à devenir un autre que soi, et on subit l'énorme pulsion qu'il y a à jouer le jeu dangereux de la célébrité et de l'adulation.

Je vous l'ai dit, lorsque vous êtes au sommet de ce qui se fait sur la terre, que ce soit en politique ou dans le spectacle, vous êtes en réalité dans les bas fonds, spirituellement, et votre âme a absolument besoin de s'en délivrer, de remonter, de respirer. Elle fait ce qu'elle peut pour que vous l'écoutiez. C'est pourquoi si vous l'y enfoncez, si, donc, vous faites des pieds et des mains pour coller au besoin sociétal de monter au sommet, vous agissez envers et contre votre âme. Il y a mille façons de s'élever vraiment. Ce que j'explique ici ne veut ne veut pas dire qu'il faut être anonyme, sombrer dans le silence et la vie monacale. Voyez des gens comme Gandhi, qui sont célèbres pour autre chose, et qui n'ont pas laissé le système changer quoi que ce soit d'eux.

Peut-être, si vous êtes un jour célèbre via le système, pourriez-vous en profiter pour dire ce qui n'est pas bon dans ce système, et pour refuser d'être ce qu'on veut faire de vous, pour refuser l'usage des drogues, pour ne pas tomber dans les médicaments ?

Voyez ces stars jetables, ces stars d'un jour, qu'on fabrique à la Star Academy, ou dans les jeux télé, regardez ceux qui gagnent, qui prennent le vertige de leur solitude après l'événement. Si, si, osez regarder par là, mettez-vous à leur place et imaginez le gouffre. Regardez ces chanteurs oubliés, qui piétinent en rêvant d'un nouveau succès, et qui ne sont pas dans l'action, mais dans le regret perpétuel. On les a adulés à la télé, comment vivre en tant qu'êtres simples, en tant que ce qu'ils sont, ensuite ?

Si vous croyez à une vie après la vie, et si vous pensez à Michael Jackson en vous agenouillant devant lui, vous l'éloignez encore plus de ce qu’il est vraiment. Aujourd'hui, il est bloqué entre la terre et le ciel, parce que vous l'adulez encore, et qu'il n'a pas compris qu'il doit redevenir le petit enfant qu'il chérissait en lui, (c'est pour cela qu'il disait tant aimer les enfants, mais c'était en réalité à lui-même, éternel enfant volontaire, qu'il adressait ces messages d'amour). Pour qu'il redevienne cet enfant, il faut, si vous pensez à lui, que vous lui parliez doucement et sans distance, comme à un ami, simplement, en lui disant, « tout cela, tout ce cirque, c'est fini, repose-toi enfin, n'aie pas peur d'être toi-même. »

Et en comprenant la nécessité qu'il y a à lui dire cela, en le lui disant, vous verrez que c'est aussi pour vous que vous direz cela. Peut-être cela vous aidera-t-il à accepter cette idée ? Car vous avez tellement peur d'être vous-mêmes !

Sans passez par la célébrité, par l'adulation, vous êtes tous en train de chercher à vous rapprocher de ce que vous pensez que les autres voudraient bien voir de vous. Mais c'est si loin de la réalité de ce que vous êtes. Si vous étiez vous-mêmes, ne serait-ce pas beaucoup plus facile d'être aimé pour ce que vous êtes, ne serait-ce pas plus facile de voir ce que vous pouvez faire de vraiment mieux, pour vous élever, sans que cela corresponde à un schéma donné, un formatage, l'opinion des autres ?

Michael Jackson est mort de l'opinion des autres, parce qu'il n'arrivait pas à avoir la même, de lui-même. Il savait bien qu'il n'était pas ce qu'on disait. Alors, il se réfugiait dans une forme d'intouchabilité, les médicaments. Il cherchait à se faire réagir lui-même dans l'outrecuidance, en se provoquant, en se montrant comme une statue dorée, comme dans l'album History, parce que cette image était là pour lui faire prendre la démesure des choses, dans l'espoir inconscient d'en revenir, de se réveiller.

Combien êtes-vous, à plus petite échelle, à vous réfugier dans les médicaments ? Combien êtes-vous à vous rendre intouchables à vous-mêmes ? Quelle statue de vous ferez-vous pour vous réveiller ?

Marie

(1) L'homme dans le miroir, chanson de Michael Jackson.

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7 septembre 2009

Je parlais l'autre jour de ces stars à qui l'on donne un look. Un look, c'est comme une mode. C'est promis à l'usure, à l'oubli, au changement. Ne vous y méprenez pas, donc. Les vrai anges qui s'incarnent pour chanter n'ont pas peur d'être eux-mêmes et ne suivent pas la mode vestimentaire. Regardez Gainsbourg... Il surfait habilement sur la mode, mais c'était pour la briser et la recréer.

C'est vraiment nécessaire, pour vous, ce strass, ces perruques, ces collections de lunettes, ces habits complètement déchirés, « déchirés », dans le sens moderne que vous avez donné à ce mot ?

Qui sont les vrais anges qui viennent chanter pour vous ?

C'est facile, ils ne se cachent pas derrière des fausses lumières et des artifices. Imaginez-vous Jacques Brel et Georges Brassens déguisés comme les chanteurs du group Kiss ? Avec des danseuses et des pompom girls comme Claude François ?

Non, n'est-ce pas ? Je vais vous dire un secret : c'est parce qu'ils n'en avaient pas besoin. Si vous cherchez des gens qui délivrent une lumière vraie, vous avez beaucoup plus de chances d'en trouver en ceux qui sont simples. En ceux qui ne se maquillent pas. Qui ne sont pas jetables comme des habits, vieillissants en une seule soirée de spectacle. Les autres ne sont que des anges en devenir. Ce qui n'est déjà pas si mal.

Et vous, avez-vous besoin de vous habiller comme les chanteurs de Kiss pour qu'on vous regarde ? Avez-vous besoin de pompom girls pour qu'on s'occupe de vous ?

Parlez aux anges incarnés, comme vous parleriez à un ami. Et faites de même avec ceux qui sont au ciel. Vous serez bien plus proches de la vérité.

Marie

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