Le drapeau

Le drapeau, ce n'est que de l'orgueil en coton tissé.

On vous emmène à la queue leu-leu derrière le drapeau, de quelque pays qu'il soit, comme des moutons aveuglés ou éblouis. Avec un morceau de tissu et de jolies couleurs, on vous fait croire que votre pays est meilleur qu'un autre, comme on réussirait à vous faire croire, grâce à des coupons publicitaires, que votre cantine est meilleure que celle de votre voisin, et l'on justifie les guerres en vous parlant de mère patrie, alors que votre seule mère patrie est dans votre cœur. Elle n'a pas de couleur hormis le blanc de votre lumière. Quand le drapeau vous transporte au front, et vous libère de l'ennemi, de l'envahisseur, comme lorsque vous avez vaincu les Allemands, on pourrait penser qu'il est le symbole de votre courage, de votre nation, de votre solidarité, et qu'il mérite d'être ce qu'il semble, une oriflamme à la gloire de ceux qui bâtissent leur résistance et sauvent leur pays. Pourtant, même sans ce morceau de tissu, vous auriez accompli les mêmes actes héroïques, et créé la même union, et vous seriez allés à la même victoire. Quand vous pensez que ce morceau de tissu (qui d'ailleurs devient aussi mouchoir pour vos peines, et linceul pour tant d'entre vous) est indispensable pour vous galvaniser, vous ne voyez pas que c'est aussi le support, le cadre de fausse lumière, bien avant l'invention de la télévision, qui vous fascine comme l'animal dans les phares d'une voiture dans la nuit, et vous conduit, par exemple, en file indienne, à massacrer « légitimement » les Indiens.

Jehanne d'Arc portait un drapeau, elle aussi. Sans ce drapeau, aurait-elle failli à sa mission sur la terre ? Assurément non. Elle aurait accompli le même chemin. Même s'il portait des mots qui se référaient à Dieu, il était lourd, ce drapeau, encombrant, et bien inutile. La lumière que Jehanne portait en elle, grâce à laquelle elle a donné un si fort exemple, fait que cet exemple même a perduré dans vos mémoires, et dans vos cœurs. Mais le fait qu'elle ait porté un drapeau était une erreur, car cela a permis à des organisations politiques franchouillardes de récupérer à leur compte l'acte de Jehanne d'Arc, grâce aux « valeurs » associées au drapeau comme le patriotisme. Un symbole dont on se sert pour le mal à tant de reprises ne peut servir l'amour et la vérité, car en vérité, je vous le dis, les frontières et les pays, sur la terre, ne sont que des rêves en béton. Vos esprits ne connaissent pas de frontières, qui sont autant de barricades, vous empêchant de voir qu'il n'y a en fait que des différences, et pas de pays clôturés par la nature, c'est-à-dire par ce qui est, c'est-à-dire par Dieu.

Marie

Table des messanges