L’écrit est un paravent

« Quand je t’écris, je ne te montre qu’une facette de moi. Quand je te parle, je suis obligé(e) de t’en donner plus. » Voilà ce que vous pouvez comprendre, si vous observez ce que je vais vous dire maintenant. Cette affirmation peut paraître un peu sotte, car on peut se dire que parler n’est pas plus révélateur qu’écrire, puisqu’on peut aussi bien mentir ou se mentir en parlant qu’en écrivant. Ou omettre, volontairement ou non, de montrer une part de soi dans les deux exercices.

Pourtant, lorsque vous écrivez, le mot, issu de votre pensée éthérée, qui apparaît sur le papier devient matière, objet. Alors que le son de votre voix, s’il devient aussi matière puisqu’il fait bouger l’air, transporte autre « chose », qui, justement, n’est pas une chose, mais bien votre âme. Elle bouge dans l’espace et va de l’un à l’autre. Alors que le texte est figé, immuable, parler est un élan en évolution constante. Aussi, la voix, en cours de conversation, n’a pas le recul que peut donner l’écrit. Car ce qui est écrit peut être longuement mûri, revu, corrigé, présenté, mis en apparence. La parole l’est rarement autant. Si elle l’était, cela reviendrait à apprendre, par avance, et par cœur, la plupart des phrases que vous dites, et les remodeler dans votre tête jusqu’à ce qu’elles soient comme vous voudriez la faire paraître. D’où l’expression « tourner sept fois sa langue dans sa bouche », qui montre bien, par la simple impossibilité qu’il y aurait à faire cela avant de parler, que vous avez un regret de ne pas pouvoir ciseler ce que vous dites aussi esthétiquement que ce que vous écrivez.

Si ce n’est pas possible, il est tout fait indiqué et réaliste, en revanche, de faire tourner sept fois, au moins, votre stylo sur le papier avant de rendre votre copie.

Les mots écrits sont la mise en bouquet de ceux que vous servez en touffes par votre parole.

Il s’agit donc là potentiellement d’un masque, plus facile à manipuler, créer, rendre crédible, que celui de la parole. A part pour les comédiens professionnels ou les menteurs virtuoses.

Prenons plutôt en considération le cas le plus usuel. Celui qui offre la possibilité de décorer le masque des plus subtiles joliesses, afin de chercher, par des arabesques verbales comme celle que je déploie en exemple ici, à séduire son monde en essayant de le captiver, de le faire rêver, en l’invitant à sortir du sentier couru, aride et sans pâquerettes, de la communication courante de la parole. Ainsi, ayant posé ce masque devant vous, vous vous sentez apte à paraître en société, comme ces gentilshommes du temps jadis, qui n’allaient en cour que bien poudrés et accoutrés, comme des paons, des dernières panoplies à la mode.

A costume paravent, vocable paravent, et, subtil et final raffinement, écrit paravent.

Tout cela pour dire quoi ? Non pas pour pérorer inutilement, mais bien sûr, comme vous savez que j’en ai l’habitude, maintenant, que vous commencez à me connaître, pour vous raccorder à un vécu. A quelque chose du quotidien, mais que tout le monde ne regarde pas sous un angle qui permette d’y voir plus clair.

Les mots écrits, c’est très joli. Je dirais même, c’est bien joli, pour que vous sentiez mon froncement de sourcils, mais ils servent de plus en plus souvent, bien trop souvent même, de paravent.

Regardez-vous, lorsque vous vous écrivez des mails, quand vous pourriez vous parler les uns aux autres. Plus ennuyeux : regardez ces enfants, ces ados, qui, pris au piège des machines à ne plus être soi, ne communiquent plus que par SMS, ou sur support virtuel. Pourquoi ? Parce que c’est tellement pratique, ce paravent de l’écrit ! On se cache derrière des mots, qui ont l’énorme avantage d’empêcher les confrontations réelles aux autres. Et même, aidés en cela par le côté hypnotisant de l’écran lumineux, les mots écrits finissent par prévaloir complètement sur les mots parlés. Voyez ces Japonais, qui passent des mois dans une petite pièce sans jamais parler à quiconque… C’est affreux, n’est-ce pas, d’envisager cela dans une situation réelle, si vous imaginez qu’il s’agit de votre enfant, de votre ami, de votre proche ? Eh bien, c’est pourtant ce vers quoi vous vous laissez doucement, soporifiquement glisser. Réveillez-vous ! Sans ça, vos enfants, poussés à se renfrogner de la sorte sur eux-mêmes à cause de la terreur ambiante, amplifiée par les médias, finiront par ne plus du tout savoir ce que c’est que quelqu’un de vrai. Que parler à une personne en chair et en os !

Avez-vous remarqué comme le progrès s’accélère ? Il n’est pas linéaire. Il est exponentiel. Achetez le dernier cri de la technique, trois mois plus tard, il est déjà remplacé, six mois après, il est bon pour la casse, complètement dépassé. Cela n’allait tout de même pas à ce rythme-là, seulement cinquante ans plus tôt. Et alors, ce progrès dont je vous parle, c’est ce tourbillon qui vous emporte, contre lequel il est urgentissime de vous battre avec la dernière vigueur, avant que, pris dans le mouvement général, vous soyez aspiré comme dans un siphon par la mode du paravent, à tout crin.

Combien d’entre vous parlent de choses profondes avec leurs voisins, leurs parents, leurs enfants ? Leur conjoint ? Combien d’entre vous savent laisser tomber le masque sans crainte ? Combien d’entre vous se demandent comment sortir leurs enfants du mutisme, de leur coquille, déjà naturellement mise en place, et cristallisée, solidifiée par l’adolescence ?

Qui sait comment seulement frapper à cette dure carcasse sans risquer de se faire agresser en retour par un refus, ou pire encore, par un silence infranchissable ?

L’écrit, c’est secondaire. Ce ne devrait être utilisé que sciemment pour faire joli, ou lorsqu’il n’y aurait pas d’autre moyen de communiquer.

Dieu est né dans le son (« Au début était le verbe »). Le big bang était sa première parole, en même temps que son premier éclat de rire. La seconde chose que Dieu a créée, avant même la lumière, ce sont les parfums. Alors, l’écrit, dont les EBA se servent maintenant pour vous faire vivre chacun dans votre petite bulle, séparément, c'est-à-dire dans le sens opposé que Dieu a donné à votre naissance sur la terre (Vous êtes né(e) pour aimer et pour rien d’autre, quoi que vous en pensiez) l’écrit, disais-je, doit rester secondaire. Utilitaire pour partager et aimer. Mais il ne doit sûrement pas prendre la place première de la communication entre les êtres vivants. Parlez à votre chien. Il ne comprendra pas tous les mots, mais il saura ce que vous ressentez, et il partagera à sa manière, intelligible de vous, vos joies et vos peines. Il gagnera par là même cette estime démesurée que bien des gens ont en disant qu’ils préfèrent les animaux aux hommes. Sans se rendre compte que c’est la parole entre êtres humains qui leur a manqué, au point que Dieu n’a pas été là pour qu’on se comprenne et qu’on agisse dans le bon sens. Comme agit votre chien en vous faisant des mamours même quand vous ne les méritez pas. Oui, parlez à votre chien, vous aurez un écho de sa part de Dieu. Mais écrivez-lui… Il n’y aura aucun échange. Pas plus que lorsque, adolescent, vous aurez échangé des SMS avec votre copain d’école, assis à la même table que vous. Et à qui vous aurez écrit des choses que vous n’auriez pas osé dire, ou dénaturées, parce que cela aurait représenté un risque de les dire de vive voix.

En attendant d’arriver à utiliser la télépathie, qui est une merveille de parole de Dieu, sur laquelle, enfin, on ne peut poser aucun masque, reprenez la base, reprenez la parole, parlez avec votre cœur, avec votre Amour, avec votre Lumière. Vous n’aurez plus peur d’être vous.

Marie

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Dan écrit :

Merci pour ces belles paroles sur la parole. Moi c'est une grande timidité qui freine les mots de ma bouche.

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Celui qui est timide, c’est celui qui ne s’aime pas assez pour croire qu’on puisse écouter ce qu’il est, ni son avis, ni ses émotions... Ni le reste ! C’est quelqu’un qui doute de ses pensées lorsqu’il est question de les confronter au monde. La timidité vient d’un grand choc dans l’enfance. On s’habitue à sa timidité parce qu’elle nous accoutume à nous réfugier, et qui dit refuge dit sécurité apparente. Illusoire, en réalité. Car rien n’est bâti en dehors de la « grotte » où l’on est. Ce qui se bâtit l’est donc à l’intérieur, et la grotte devient très vite trop petite. Chaque nouvel élément construit finit par faire mal. Et ce qui fait mal est ingéré, reste à l’intérieur, jusqu’à ce que le corps fasse jaillir cette douleur longuement accumulée, par un abcès, par exemple, ou par une maladie qui fait rejeter les aliments. Vous pouvez alors chercher toutes sortes de régimes, faire toutes tentatives de contournements, ce qui doit sortir sortira, dans la douleur, celle-là même que vous avez cru pouvoir vous épargner en gardant tout en vous, pour ne pas gêner. Comme vous auriez voulu que pour vous, autrui ne vous heurte pas. Et pour éviter qu’autrui vous heurte, ayant compris que c’est la souffrance qui pousse à agir mal, vous avez accentué votre propension déjà naturelle à vouloir soigner les souffrances d’autrui, quitte à vous les approprier. Et vous n’avez pas su les retirer de vous. Alors, elles surgissent, dans votre peur de tout et de rien, et elles portent en elles toutes les angoisses d’autrui, ajoutées à celles des autres.

Il faut combattre sa timidité, sans peur et sans reproche (je prends cette image chevaleresque pour souligner le fait que c’est un vrai combat), il faut la vaincre, l’acculer à la sortie de la grotte, et l’expulser. Pour enfin aller respirer tout de go l’air qui a tant manqué jusque là. Oser aller à l’extérieur, en arrivant à se rendre compte que malgré ce qu’on ressentait au fond de soi depuis si longtemps, le soleil n’est pas un œil qui nous juge, mais un dispensateur de lumière qu’il est bon de prendre, et qu’il est même absolument obligatoire de prendre. Même s’il peut aussi brûler la peau et les yeux. Il suffit de s’habituer à la lumière, tout en se déshabituant aux ténèbres de la timidité.

Sortir pour sortir, en urgence. Peu importent les conséquences. Etre soi, ça passe par ne plus avoir peur d’être là. Et trouver qu’il y a même du bon à cela.

Marie

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J’ajoute une précision : quand une personne censée en soigner une autre dit à quelqu’un «regarde dans ta grotte» pour l’aider à trouver son âme, sa part de lumière, autrement dit son J’aime, il y a méprise. Le j’aime n’est pas dans une grotte. Le J’aime, si on souhaite le localiser, est sur le plexus, en dehors du corps. Ce qui est dans une grotte en soi, ce sont les problèmes qu’on a accumulés. Une grotte, c’est noir, c’est donc le lieu le plus fréquenté, en soi, par les EBA.

Proposer à une personne qui souffre d’aller regarder dans sa grotte, c’est l’aider à rencontrer l’EBA qui est tapi en lui, lequel sera ravi, pendant une courte période, de faire une fausse lumière pour que le souffrant prenne des vessies pour des lanternes. Ensuite, le noir de la grotte s’installe dans tout le conscient de la personne. Ce qui est, en définitive, le meilleur moyen pour installer une dépression plus puissante qu’avant.

Marie

Table des messanges