L'eau et le vinaigre

Lorsque j'étais sur la croix, je ne souffrais pas physiquement. Mon esprit était presque totalement détaché de mon corps, car Marie et Marie-Madeleine avaient fait ce qu'il fallait pour cela, dès le début de ma marche avec la croix. Souvenez-vous de Marie-Madeleine, me touchant avec ses cheveux lorsque je suis tombé. C'était en fait, en même temps qu'un acte d'amour, un acte guérisseur, et un stratagème : elle m'administra une sorte de potion qui me permit de ne pas ressentir la douleur. Mes souffrances morales aussi ont été très atténuées par les anges et surtout Saint Michel qui se tenait tout près de moi et me parait de sa lumière : je ne voyais plus le mal.

Vers la fin de l'épreuve, j'ai dit « J'ai soif ». Les gardes se sont empressés de me faire boire du vinaigre, croyant accentuer mes souffrances, mais répondant ainsi sans le comprendre aux injonctions de mon Père. Car boire de l'eau eût été dangereux, et inutile, j'aurais eu à nouveau soif l'instant d'après. Le vinaigre, dont je n'ai pas senti l'acidité, a pourtant fait couler de nombreuses larmes que mon Père a gardées en moi, par un miracle qui a fait que j'ai pu me désaltérer moi-même autant que je le souhaitais.

Ma soif n'était pas seulement physique, comme l'a si bien dit Mère Thérésa, ma soif était aussi morale, et elle dure encore. C'est la soif de vous, la soif de votre puissance d'amour, qui aurait dû me délivrer, et j'attends toujours. Comment me délivrer ? Il y a tant à faire !

Pensez à ce que vous accomplissez sans comprendre, et qui est tout le contraire de la plus simple logique : vous dites, « Jésus sur la croix, c'est une abjection », et c'est la vérité. Mais vous me représentez partout sur la croix, qui est donc l'exemple du mal, et vous vous agenouillez devant l'exemple du mal. Personne, parmi vous, n'a pensé à retirer les croix de sa maison, lorsqu'il s'en trouvait, ni osé le faire lorsqu'il sentait confusément que ce n'était pas une bonne chose que cette souffrance exhibée. Les religions les plus stupides, barbares et cruelles, avaient besoin de faire des sacrifices humains ou animaux, pour satisfaire leurs dieux. Et c'est, lorsque vous faisiez des croisades ou des ingérences en d'autres religions, ce sur quoi vous vous appuyiez pour dire que lesdites religions étaient mauvaises. Mais il vous a fallu pourtant votre sacrifice, aussi, c'est-à-dire le mien, et le mettre en icône, en scène, en statues, au cinéma... Ce qui est tout aussi barbare, stupide et cruel. En cela, votre vision de la religion n'est pas plus évoluée que celle des « sauvages » que vous condamniez, et même pire, car une fois sacrifiée, la victime n'était pas mise en exergue sur un autel des siècles durant. Ma croix sur vos autels, c'est ajouter le macabre à toutes ces errances.

La cerise sur ce funeste gâteau, c'est le sentiment de culpabilité que vous éprouvez tous si votre cœur est touché par ce qui s'est passé à ce moment-là. La culpabilité, c'est le doute, et le doute est le nid du mal. Comment voulez-vous guérir de votre manque d'amour envers vous-même si vous vous sentez éternellement coupable ? Ce n'est pas vous, vivant aujourd’hui, qui m'avez crucifié, vous n'avez rien fait. Et vous pouvez même réparer les erreurs commises !

Ainsi, si vous voulez me délivrer, une des premières choses à faire sera de bannir les crucifix à tout jamais. De retirer les croix, partout où vous en voyez, sauf celles qui sont sur les toits de certaines églises, qu'il serait dangereux de retirer, car elles remplacent les menhirs que vous avez détruits, dans votre ignorance de ce que sont les menhirs et les dolmens, ces formidables amplificateurs de sentiments humains, dont vous avez besoin pour faire le bien sur la terre. L'idéal serait de remplacer ces croix-là par des menhirs, mais les mettre sur les toits serait une entreprise hardie. Si vous n'en avez pas le courage, personne ne vous en voudra, mais ôtez la représentation de mon corps lorsqu'elle s'y trouve, vous rendrez au menhir devenu croix sa fonction première.

Représentez-moi, si vous le souhaitez, les bras en croix ( mais pas attachés sur une croix), c'est-à-dire dans le signe d'amour, d'ouverture, du père qui appelle ses enfants sur son cœur, qui fait venir la lumière, afin que je puisse vous toucher avec cette lumière. Représentez-moi souriant, aimant. Le dessin que vous faites de mon cœur est erroné, mais ce n'est pas bien grave, c'est seulement parce que vous ignorez que tout près de cet emplacement se trouve l'âme (la vôtre comme la mienne), et que c'est avec elle que je donne et prends la lumière.

Lorsque vous venez en une église pour prier, n'oubliez pas cette vérité fondamentale : c'est, sans le savoir, votre part de Dieu que vous priez avant tout, votre bonne part, votre part de lumière. Elle peut tout pour vous. Soyez logiques et raisonnez dans la simplicité : qui peut mieux vous entendre que vous-même ? C'est en cela qu'il est écrit « Aide-toi et le ciel t'aidera », cela veut dire, faites appel à votre part de Dieu pour croire en vous sur la terre. Et votre sainte part de vous vous entendra, et vous aidera. Si vous voulez que les saints avérés, les anges, les archanges vous entendent, et vous aident, alors aidez-les à effacer ce qui est mal, commencez pas ne pas faire le signe de croix, qui est le signe du mal. Les anges voient bien ce que vous voulez dire en faisant ce signe : rentrer dans les rites. Etre dans la « légalité de Dieu », et ils ne vous en veulent pas, puisque vous ne faites que suivre le troupeau, mais vous pouvez apprendre à réfléchir par vous-même, et ce n'est pas parce que vous vous écarterez de quelques mètres du troupeau que vous serez errants. Au contraire, vous découvrirez des voies nouvelles, qui feront que d'autres vous suivront à leur tour. Il n'y a pas de légalité de Dieu hors l'amour. Mais si vous savez ce que je viens de vous dire, et si pourtant vous faites tout de même des signes de croix, si vous gardez tout de même des crucifix chez vous, au-dessus de votre lit, autour de votre cou, où que ce soit, vous sortez de ce chemin de l'amour, vous vous tournez vers le mauvais exemple. Ce n'est pas que je ne voudrai plus vous entendre, mais c'est comme si vous me parliez en me tournant le dos, et c'est moins pratique pour se sourire. Si vous faites cela sciemment, vous attirerez à vous des esprits qui vous feront souffrir, et nous ne nous en réjouirons pas plus que vous.

Ne mélangez pas l'eau et le vinaigre sans savoir les grâces que l'une et l'autre peuvent apporter, sans savoir vous en servir.

Je vous aime.

Jésus

Table des messanges