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Chapitre 6 : Un J’aime de rêve

Le J’aime se manifeste de toutes sortes de façons, mais il en est une que je n’imaginais pas, que j’ai pu constater et qui mérite particulièrement qu’on la connaisse.

De mon passage dans le monde du comédien professionnel de la voix, j’avais un souvenir global pénible, pesant, douloureux parfois. Tout spécialement de deux personnes en particuliers, une mère et sa fille, dont la conduite à mon égard avait été vraiment difficile à vivre. C’avait été une lutte pour ne pas voir mon moral sombrer. Et parfois, moi qui savais si peu pleurer, je pleurais au réveil parce que j’allais les retrouver au travail. C’était doublement compliqué, parce que j’éprouvais un respect et une envie de me rapprocher de ces personnes. Chose qui n’a pas été possible.

Cela a duré trois ans, on imaginera facilement comme ce fut éprouvant pour moi.

A l’issue de cette expérience professionnelle, j’ai trouvé d’autres possibilités dans un domaine parallèle, toujours dans la voix.

Peut-être deux ou trois ans après ce départ, j’ai fait un rêve qui m’a profondément marqué. Dans ce rêve, ces deux personnes, Mme H et sa fille F, m’avaient invité à manger chez elles. Je m’y suis rendu, conduit par F, avec qui je parlais très paisiblement, et avec même de la tendresse. L’accueil de madame H fut délicieux, autant que son repas. J’ai vécu ce rêve dans sa magie de paix. Il n’y avait plus de grief, plus d’agressivité, une douceur toute simple et rare. Un bien-être.

Deux ou trois fois, j’ai eu d’autres rêves, prolongements à celui-ci. Ce qui me frappait encore, c’était que dans ces songes, nous savions tous trois que nous étions dans une progression, comme dans la réalité. Nous avions le souvenir de la rencontre précédente et nous attendions la prochaine avec joie et impatience.

C’était vraiment un échange humain, exactement celui que nous aurions pu avoir en vrai s’il n’y avait eu ces incompréhensions, ces événements qui ont fait que nous nous pouvions vivre cela dans l’éveil.

Et puis, ces rêves ont cessé. Ne pas en avoir la suite ne me gênait pourtant pas vraiment, même si j’avais adoré ces rencontres comme si elles avaient été véritables. J’avais le sentiment que nous avions pu nous offrir tout ce que nous avions à nous donner, au-delà des frontières et des barrières qui nous avaient coupés les uns des autres dans la vie.

Tout dernièrement, j’ai fait un autre rêve tout aussi marquant, et au sens comparable. Nous avons, je crois en avoir déjà parlé dans un livre précédent, des voisins très désagréables, bruyants, agressif verbalement. Un couple de personnes qui ressemble a un des adultes gâtés, des gens qui ont l’habitude de mener leurs employés à la baguette et qui veulent faire la même chose avec ceux qui, dans leur voisinage, ne fileraient pas droit. J’avais été pris à parti par la femme de ce couple, alors que je venais de faire pour elle un geste amical. Le mari avait menacé d’enfoncer mon portail avec son 4x4 et sa mère m’avait dit qu’elle « m’emmerdait ». C’était traumatisant. Et assez effrayant de voir des gens souffrir et si mal se conduire, car on ne se conduit mal comme cela que quand on souffre.

Il y a quelques semaines, j’ai fait, donc, un autre rêve déterminant : La femme de ce couple venait me voir et me parlait avec beaucoup de gentillesse, une gentillesse non feinte, dont je ne pouvais, par conséquent, que me régaler. C’était un moment profondément réparateur.

Au réveil, j’ai compris ce qui s’était passé.

Comme pour le premier rêve dont j’ai parlé ici, c'était le J’aime de ces personnes qui était venu jusqu’au mien, pour apaiser les choses, montrer qu’il n’y a rien de négatif dans un J’aime. Et que tout peut se réparer, dans les rapports humains, même quand dans l’éveil, il ne se passe rien de nouveau.

Pour Madame H et sa fille, je n’ai plus de ressentiment, je ne les crains plus, je n’ai que de l’amour et de la considération pour elles. La douleur, la souffrance, ont bien existé, mais elles ne sont plus rien, je ne les ressens plus. Pas juste parce que le temps a passé et que de l’eau a coulé sous les ponts. Il n’y a plus rien qui fasse mal.

Pour ma voisine, c’est un peu différent, car je peux la croiser tous les jours et je ne sais si elle a se souvient d’avoir fait le même rêve que moi. Car elle l’a fait, puisque ce que sont nos deux J’aime qui se sont rencontrés pour que la paix ait une chance de s’installer.

Je me suis préparé à ce qu’elle n’ait aucun souvenir de ce rêve, et que son comportement ne s’améliore donc pas.

Cependant, quand je pense à elle, ce n’est plus cette angoisse d’avant, je ne partage plus ses souffrances, non plus, et même si je reste méfiant, je pense à ce que veut son J’aime, au fond. La paix. La lumière. La confiance. Alors, je ne lui offre mentalement pas autre chose, sauf quand l’EBA qui l’accompagne me met en face des ondes de souffrances qui sont partout en elle.

Parfois, ces voisins partent en vacances. Je regarde leur maison, qui est soudain vide de ces souffrances. On dirait qu’elle a pris une douche. Qu’elle est lavée du poids.

Ce n’est pas du tout que je me réjouis que mes voisins soient absents, non. C’est que je vois un lieu sans les peines qui l’habitent.

C’est un soulagement à chaque fois. Comme quoi, même des murs et un toit peuvent souffrir et être en paix, tour à tour.

Cela me rappelle le vieux château que nous avions dans la famille, avant. Il ya avait eu des attaques, des combats dans cette forteresse du moyen-âge, il y avait eu aussi toutes sortes de noirceurs. Nombre de ceux qui venaient s’y installer pour quelque jours le constataient : il y avait quelque chose de lourd, de difficile, de non résolu dans ce château. Et, de fait, il s’y passait, même entre nous dans notre époque, bien des choses sombres. Dont bien des membres de ma famille portent encore les séquelles morales. Je pense qu’à force de répétitions, le noir peut s’installer dans une maison. Et que plus elle transporte dans son sein d’histoires noires, plus elle les conserve et les fait porter à ses nouveaux habitants.

C’est ce qui me fait regarder la maison neuve de mes voisins avec tristesse. Je me dis que quand ils s’en vont, cette maison arrive, pour le moment, à vider les peines qu’elle transporte. Mais pour combien de temps ? Et que vont devoir aux prochains propriétaires, si la maison se vend plus tard, et si, à force, elle n’a pas pu se libérer des souffrances qui l’auront habitée ?

Qu’importe la beauté d’une maison, son intérêt, son jardin, son parc… ce qui compte, c’est aussi de savoir si elle ne porte pas trop d’empreintes de souffrances, si elle a pu s’en débarrasser.

Je crois que c’est dans ces maisons-là, celles qui n’ont pas pu se libérer, qu’on conçoit l’idée de maisons hantées.

Pas nécessairement par des fantômes, mais par la mémoire des peines.

Alors, je crois que le seul moyen de faire place nette, dans ce cas, c’est d’apprendre à parler avec son J’aime. Car le J’aime est relié a la connaissance globale, il peut tout savoir sur la maison où l’on veut s’installer et il peut faire la paix avec tous les J’aime concernés. Sans besoin de faire brûler le moindre cierge.

Chapitre 7
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