La vie, c'est votre chance de faire des miracles.

Chapitre 3 :

Un EBA se joue un tour à lui-même.

Toujours lecteur assidu et passionné de Dolto, je trouve dans son œuvre toutes sortes de lumières qui me font rebondir. Il est rare que j’y lise quelque chose pour lequel je ne sois pas d’accord, mais, ayant hier déniché un de ces passages pour lesquels je me sens capable d’ajouter mon grain de sel, et étant donné que Dolto elle-même, dans ce chapitre-là, dit que peut-être, un jour, on comprendra les raisons pour lesquelles ce dont elle débattait se passe, je m’enhardis et je pose ma réflexion complémentaire et rectificatrice aussi. Dans un e ces livres, Dolto parle des enfants à l’école et explique que de son observation et de son étude de la question ressort le fait que l’enfant n’aime pas du tout que le maître d’école lui pose une question alors qu’il en connait déjà la réponse. Cela lui parait inutile et fastidieux. A quoi bon demander ce qu’on a ? Il est clair qu’un enfant préférera de beaucoup que le maître le questionne sur quelque chose qu’il ne sait pas plus que l’élève, car alors, l’élève devra découvrir, chercher, réfléchir, et a là une possibilité de se passionner en même temps que de s’épater lui même. On lui apprendrait ainsi à chercher à dépasser le maître, ce qui devrait être le but de tout bon enseignement.

J’abonde évidemment dans cette explication de Dolto, ce n’est pas sur ce point que j’ai mon étincelle à faire, mais pour la compréhension de la suite, il fallait que je fasse cette explication.

Ce sur quoi je voudrais apporter ma nouveauté, c’est sur ce que j’ai trouvé dans un autre livre d’elle, Inconscient et destins, éditions du Seuil.

Elle dit que les choses qui le concernent un consultant et qui sont la source de ses problèmes ne doivent pas lui être livrées, affirmées, mais qu’on doit toujours lui poser plutôt une question : « Est-ce que ce ne serait pas ça qui te fait ci ? »

Mais en posant cette question, le soignant se met dans la position du maître de tout à l’heure. Il sait la réponse. Il demande qu’on lui dise ce qu’il sait déjà, ou qu’il subodore fortement.

Le consultant étant dans le même position qu’un élève à l’école, à ceci près que la matière enseignée est la connaissance de lui-même, il reçoit la question de la même manière dérangeante que l’écolier dont Dolto parlait.

Le résultat en est que la réponse est longue à venir, qu'il faut plusieurs séances pour qu’elle ait une chance de sortir, parce que l’EBA, jouant sur le ressenti répulsif évoqué plus haut, la retient. Et que le patient avance moins bien que si on lui donne la clé, qu’il la prenne ou non sur l’instant, elle est là, et il pourra la faire tourner dans la serrure quand il faudra.

Si, en plus, on lui donne la clé suivante, qui est un passe partout, utilisable sur toutes les autres questions et les autres problèmes du patient, alors, il aura envie de faire jouer la première clé le plus tôt possible. La seconde clé, c’est dévoiler la présence de l’EBA et donner les outils pour le faire partir.

Dolto, dans un autre passage du même livre, raconte le cas d’une petite fille mutique, qui n’avait jamais parlé. Vers l’âge de huit ans, elle est en séances régulières avec Dolto, mais ne progresse pas sur la parole. Un jour, elle arrive en avance. Dolto est en consultation avec un petit garçon. Comme la petite fille entre dans le cabinet, le petit garçon marque une gêne. Dolto lui demande si cela l’ennuie que la petite fille soit là, il répond qu’il préférerait qu’elle ne soit pas là. Dolto dit alors à la petite fille qu’il l’aime bien, mais qu’il a besoin de terminer la séance tout seul, alors, qu’elle revienne tout à l’heure, au moment prévu.

La petite fille se retourne et, pour la première fois, parle : « Je ne viendrai plus ! »

Dolto rit de ce revirement soudain, mais ne se l’explique pas, n’en donne donc pas la clé.

Mais si on l’a, on comprend ceci : la petite fille s’est mise en mutisme depuis toujours parce que, pour une raison ou une autre qui a peut-être été évoquée ensuite dans la poursuite de la psychanalyse, si elle a eu lieu, elle a été un jour brimée, elle est passée au second plan. Elle s’est beaucoup angoissée sur ce point, elle s’est sentie profondément choquée d’être abandonnée. Un EBA passant par là lui a alors glissé cette idée machiavélique : « Tu veux être importante ? Tu veux ne plus jamais être abandonnée ? Tu veux qu’on s’occupe de toi avant toute autre chose dans la maison ? Que tout le monde soit angoissé aussi, pour qu’on comprenne qu’il ne faut plus qu’on t’angoisse ? Je vais te donner un truc. Quand les gens ont une maladie très grave, alors, on ne s’occupe que d’eux, on est très inquiet pour eux. On est aux petits soins pour une personne qui a besoin de grands soins. Toi, tu n’as pas de maladie, mais ce n’est pas un problème, on va en inventer une, et crois moi, celle-là, elle va bluffer tout le monde : ne parle pas. Montre que tu as une voix, que tu n’es pas muette. Mais ne parle jamais. Tu verras, ça va mobiliser toute l’attention de tout le monde ! Et tu seras la reine. »

Et c’est ce que cette petite fille a fait. Et on lui a dit qu’elle serait soignée par une sommité, une personne rare, aussi rare que sa maladie, une personne qui a la réputation de guérir des cas apparemment insoluble. Pour elle, on va faire appel à la meilleure, a ce qui est peut-être, pourquoi pas, de la magie ?

Alors, elle va voir Dolto. Mais l’EBA lui dit que sa maladie est tellement rare, tellement difficile, qu’elle résistera même à la magicienne. Elle ne progresse pas.

Et puis, un jour, Le J’aime de la petite fille réagit. Il lui dit : « Va donc voir Madame Dolto avant l’heure, pour voir si tu peux aller jusqu’à chambouler ses horaires ! »

Et dans le cabinet, un petit garçon est là, avant elle. Il monopolise l’attention de la magicienne. La petite fille, poussé par son J’aime, veut tout de même s’imposer, jouant sur l’orgueil que l’EBA a installé dans son conscient.

Et là, on lui répond qu’il y a PLUS IMPORTANT QU’ELLE ! C’en est trop !

Là, les mots sortent du conscient de la petite fille, le J’aime brise l’influence de l’EBA, et c’est lui, le J’aime, qui fait un tour de magie, c’est lui qui fait parler la petite fille. Enfin !

Alors, si Dolto avait eu connaissance de tout cela, (dans mon précédent ouvrage, j’ai souligné que dans un autre de ses livres, elle avait touché du doigt le concept d’EBA) elle aurait pu expliquer les choses à la petite fille exactement comme je viens de l’écrire. Lui demander « Est-ce que ce ne serait pas ceci ou cela ?... » aurait pu aussi faire avancer les choses, mais beaucoup plus lentement et moins surement. Il faut battre le fer quand il est chaud. Et dire les choses qu’on sait, sans avoir l’air de faussement le demander, cela aurait parlé à la petite fille, elle aurait compris et ressenti le mécanisme qu’a fait mouvoir l’EBA en elle, elle aurait pu l’analyser à chaud, et, de ce fait, le contrer par la suite.

Sans compter que les parents, apprenant tout cela dans le détail, auraient enfin compris pourquoi leur petite fille ne parlait pas avant, auraient pu aussi facilement remonter à ce moment qui avait fait qu’elle s’était sentie abandonnée.

Et tous les points d’interrogations, toutes les zones d’ombre, toutes les angoisses accumulées chez tous les protagonistes auraient disparu pour ne plus revenir.

Chapitre 4
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