La vie ça sert à faire de la lumière dans le noir.

Chapitre 8

L'adolescence

Combien de parents sortent laminés de l’adolescence de leurs enfants ?... Pour qu’il y ait lamination, il faut qu’il y ait violence. Mais comment peut-on s’attendre à tant de violence de la part de ce qui, avant, n’était qu’un petit enfant ? Quelqu’un que nous avons chéri, souvent choyé et désiré ? Quelle est cette ingratitude, cette injustice ? Qu’avons-nous bien pu faire pour recevoir cette avalanche de reproches ? Ou ce silence terrible qui semble sans fin ? Pourquoi chaque mot que nous disons, pour le bien de notre enfant, nous est-il renvoyé dans la figure, pourquoi ne trouvons-nous pas de solution qui ait l’heur de lui plaire, ou juste de l’intéresser ? Pourquoi ce mur qui se dresse entre l’adolescent et nous ? Pourquoi refuse-t-il d’entendre notre expérience, qui est une richesse, parce qu’elle pourrait lui permettre de ne pas tomber dans les pièges que nous n’avons pas su éviter, alors que nous avons le sentiment que si nos parents nous avaient prévenus, nous n’aurions pas autant souffert ? Ne serions-nous pas, quand même, coupables de quelque chose, pour que tout ce mal arrive ?

Pour répondre à cette question et non pas seulement tenter de le faire, il faut s’en poser une autre : à quoi sert l’adolescence ?

Elle sert à passer de l’enfant à l’adulte. Oui, mais comment et pourquoi un enfant quitte-t-il l’état d’enfance ? Il la quitte le plus souvent brusquement, avec différents degrés de brusquerie, voire de violence, selon ce qu’il y a à franchir en termes de barrières. La barrière principale, c’est l’affrontement avec les parents, pour s’affirmer. Se sentir un futur égal à l’adulte et, encore mieux, supérieur. L’adolescent quitte l’enfance parce que le temps est tout proche où il va falloir qu’il soit autonome, dans un monde qui fait peur et dont il sait très bien qu’il ne le câlinera pas comme on câline un bébé ou un enfant. Alors il se fabrique sa première armure. Et pour se construire des armes efficaces, il les conçoit sur le modèle de celles des adultes. Il ne peut pas fabriquer une bombe nucléaire mais il peut faire quelque chose d’aussi terrible à l’échelle du cercle familial, sans encore se rendre compte des conséquences ou en les écartant de sa vue. Et, comme les chefs de gouvernements qui se sont offert le joujou d’Oppenheimer, ils vont faire leurs essais nucléaires dans leur cercle à eux. Où pourraient-ils le faire ailleurs ?

Plus le monde est violent (il l’est de plus en plus, il suffit de regarder les jaquettes de jeux vidéos pour ados et enfants : pratiquement pas un seul sans une arme brandie, un monstre extraterrestre menaçant, quasiment pas un seul film pour enfants sans un crescendo hypnotisant vers la sempiternelle bataille finale), plus l’adolescent peut le devenir. Et a l’occasion de s’y exercer. Enfant, il ne faisait pas toujours clairement la différence entre ses rêves et la réalité. Là, on lui fait intégrer la violence comme élément incontournable et même valorisant de la vie. Sans qu’on le pousse à réaliser que ce n’est pas parce qu’il voit cela en images que c’est acceptable en vrai. La violence pour enfants et adolescents augmente, elle augmente donc dans la famille, envers les parents.

Que l’enfant s’amuse à être violent en jouant, petit, avec des voitures qu’il fait s’entrechoquer a ceci de positif qu’il se mesure à l’adulte en fantasme. Il répète, en quelque sorte. Comme un dont le père, acteur de théâtre, lui donnerait envie de faire pareil. Alors avant de savoir lire, avant de savoir parler, il prendrait des poses, des mimiques, pour faire comme papa. Crier, chanter, se battre à l’épée comme papa. Cela n’est qu’un exercice à la compétition, auquel il sent déjà qu’il vaut mieux qu’il soit préparé. Et pour lequel il a le moyen magique d’être son propre professeur.

Mais s’il lui est enseigné que c’est bien de faire couler le sang (les jeux vidéos sont devenus hideusement réalistes sur ce point) et qu’il faut être le plus fort même à ce prix, il y a un non-sens quelque part. Où est papa, dans ces jeux ? Que veut-on ériger en exemple ? Et qui veut le faire ? Dans quel but ? Comment pourrait-on faire comme un papa qui tuerait à tour de bras ? Pourquoi est-ce bon de tuer ? Pourquoi, nous, ne serions-nous pas, dans ces conditions, un jour aussi la cible de quelqu’un d’autre ? Et pourquoi, si on nous prépare tout enfant à la guerre, ne risquerions-nous pas de mourir aussi, sans savoir pourquoi ?

Ces jeux, cette éducation qui ne voit pas qu’il faut écarter l’enfant de la guerre, je l’ai rencontrée, arrivée à son sommet d’efficacité, chez un adulte. Un homme de mon âge, quand j’avais autour de 25 ans. Fils de militaire de carrière, il rêvait d’être parachutiste. Je lui parlais de la guerre et il me dit : « Il faut bien qu’il y ait la guerre, sinon il y aurait trop de monde sur la terre. » Répétant ainsi comme un perroquet ce que son père lui avait probablement répété depuis son enfance. Dans ce cas, c’était le père qui avait fait office de jeu vidéo, l’amenant d’autant plus facilement à cette violence terrible et inconsciente verbale qu’il était à la fois représentant d’une violence officielle et, en tant que parent, un exemple à suivre. Je lui répondis : « Ah bon ? Mais toi, si tu vas à la guerre, tu vas y mourir aussi, alors ? » Il m’a regardé, avec un sourire indécis, pointant son doigt sur son plexus. Et a dit, tout bas, interloqué : « Ah non, pas moi !... » Il n’y avait jamais pensé. Personne ne lui avait posé de miroir non déformant devant la figure.

Le pire, c’est que ça ne l’a pas fait réfléchir. Il s’est présenté chez les paras, qui n’ont pas voulu de lui pour cause de problème physique. Lui, dans son conscient, en était tout contrit, honteux à en étouffer. Mais son J’aime, c’est à parier, a dû faire la fête ce jour-là ! Son J’aime, que d’ailleurs je soupçonne, avec un sourire, d’avoir été à l’origine de ce problème physique rédhibitoire.

Je reviens à notre enfant, que, sous prétexte de l’occuper avec des jeux soi-disant faits pour lui, on va amener à se farcir la tête d’horreurs. Pour que ce commerce soit rentable, il faut pousser les parents à ouvrir leurs portefeuilles. Pour cela, un argument choc sera de leur permettre de penser, sans le dire, que l’enfant ne les sollicitera plus tant que le jeu durera. Le second argument choc, c’est « Tous les enfants adorent ce jeux ». Quel parent serait-on pour l’en priver, du coup ? Surtout quand l’enfant, découvrant ça chez les copains, va tout faire pour l’obtenir de papa-maman. Même tricher. Et nous, parents, pour faire plaisir à nos chers enfants, nous leur apportons ce sang frais et ces tripailles fumantes sur un plateau. Mais à qui faisons-nous plaisir en réalité ? À nos enfants ? Parce que ça leur est indispensable ? Mais comment avons-nous pu exister, nous, sans cela, si ça l’est ? Qui en arrive à nous faire penser que c’est obligatoire ? Je vous laisse répondre à cette question. Et je pose celle-ci : le florissement de certains lobbys et la santé de l’économie des pays producteurs de violence valent-ils que nous leur donnions les cerveaux de nos enfants en pâture, pour alimenter la machine ? Certes, il faut vivre avec son temps. Certes aussi, le temps est à la violence, et il faut faire avec. Le J’aime, lui, n’a que faire de cette violence commerciale. Il refuse catégoriquement de faire avec. S’élève vigoureusement contre elle. Vous avez envie d’entendre votre J’aime ? Je sais que c’est difficile à faire, vu comme les médias hurlent à notre conscience, couvrant tout le reste. Mais écoutez en vous cette petite voix étouffée qui dit : « Eh, c’est nul, ce truc. C’est un machin en plastique et c’est plus fort que toi ? » Là, vous seriez en train de commencer à l’entendre. Et il y aurait moins de gens détruits parce que confinés dans un tout petit écran plein d’explosions et de morts entassés. Beaucoup moins de consultants chez les psys et les soignants, parce qu’à la place de jouer à ces jeux dont, quand on les a finis, il ne reste rien de tangible, de palpable, de conquis, de gagné à retirer, on se parlerait. On se donnerait. On se prendrait. On s’enrichirait mutuellement de nos lumières.

La violence avec une poupée ou une petite auto, oui, pourquoi pas, dans le sens ou quand je jette un objet, ce n’est qu’une chose qui me fait comprendre ma force, je ne lui veux pas de mal, je n’ai pas besoin de la tuer. Mais la violence commerciale, non. Résolument non.

S’il nous faut vraiment faire preuve de violence pour nous affirmer, alors pour le coup, soyons justement violents contre ces jeux vidéo et tout ce qui leur ressemble. Combattons-les, en chair et en os, là, nous aurons un résultat tangible à contempler ensuite. Comment les combattre ? Mais ceux qui nous poussent à les acheter nous les fourrent d’autorité dans les pattes en passant par notre lien affectif vers nos enfants. Oui, nous les aimons, nos petits ! Alors, notre combat passe par nos enfants, sans pour autant les utiliser pour nuire ou profiter à autrui. Notre combat, c’est lever le rideau devant notre descendance. Expliquer à nos enfants comment, pourquoi, c’est mauvais pour eux et pour tout le monde. Les déshypnotiser. Voilà où commence et finit notre combat. Ensuite, nos enfants prendront à coup sûr quand même ces jeux en main. Mais ils auront le vaccin en eux. Ils sauront ce qu’il est bon de savoir, si on ne veut pas devenir un légume manipulé. Et un jour, en grandissant, il faut espérer que même s’ils n’écoutent pas leur J’aime, leur orgueil sera l’arme, l’outil, le bon levier, celui qui leur permettra enfin de jeter tout ça loin d’eux. Et sûrement, d’instinct, loin de leurs enfants.

Il n’y a pas que les jeux vidéo. On voit beaucoup de jeunes accros aux films d’horreur. Certains les recherchent, même, et ceux qui ne regardent que ces films ou presque sont ceux qui ont été le plus éprouvés dans leur enfance, ceux qui ont reçu le plus d’agressions de leur entourage. Car pourquoi regarde-t-on des films d’horreur, pourquoi écoute-t-on du heavy métal ? Pour s’exercer. On se dit, inconsciemment, que si on a pu résister à ça, on peut résister à toutes les agressions à venir.

On est en parcours du combattant perpétuel, moralement, et plus on rit de cette violence, plus on se sent à même de ne pas en être victime. La télévision aussi nous donne notre dose de violence quotidienne, autant dans les fictions que dans les informations. Tout est guerre, inquiétude, tout est mouvement d’angoisse. On nous dit de quoi il faut que nous ayons peur. Et ça marche ! Depuis quelques années, Internet a pris le relais de la télévision, rendant l’information, vraie ou fausse, disponible en un clin d’œil, et offrant la violence comme un cadeau de Noël aux adolescents du monde entier, qui la valorisent et la distribuent sans qu’il soit besoin de les y pousser.

Les affiches de films ressemblent de plus en plus aux jaquettes des jeux vidéo dont je parlais à l’instant. Et un réalisateur de films ne conçoit quasiment plus une œuvre pour le cinéma sans coups, sans lames de couteaux, sans flingues, sans violence, car il pense que, sinon, il n’aura pas de subventions pour la produire.

La violence est une drogue en vente libre. C’est ainsi que le monde adulte se présente à l’enfant. C’était déjà vrai hier, ce l’est de plus en plus chaque jour. S’ajoute à cela ce phénomène que j’ai décrit de la dépendance au masque qu’offre le portable. Et le silence qui en résulte, chaque enfant s’enfermant dans une bulle informatique, dans laquelle on lui dit comment il FAUT être pour être accepté par autrui. Et trouver une place pas idiote dans le monde. Tout cela constitue une base explosive à ce qui se passe toujours dans une adolescence : l’adolescent, plus ou moins fort, selon sa personnalité, détruit. Il casse non seulement ses affaires, le matériel, mais ce qui est moral autour de lui. C’est un procédé naturel et un passage obligé pour savoir ce qui va lui manquer vraiment. Il ne s’en rendra compte que quand cela lui manquera parce qu’il l’aura détruit. Et, de là, il commencera enfin à savoir ce pour quoi il est fait. Vers quoi tendre. C’est-à-dire vers la reconstruction passionnée de ce qu’il aura détruit quand il aura découvert que cela lui était si cher.

Cela pourra lui prendre des années ou toute une vie. Pour pouvoir réaliser ce qu’il vient ainsi de découvrir de lui-même, l’adolescent devra affronter le père et/ou la mère, selon lequel représente l’autorité supérieure à ses yeux. Cet affrontement sera d’autant puissant que l’autorité est puissante et résistante. Il faut qu’au lieu d’y voir une négation de ce qu’il est, le parent affronté y décèle la capacité de son enfant à s’assumer lui-même plus tard. Et donc voir en cela des qualités et une force qui se révèlent. Bien sûr, cet affrontement peut ne pas être uniquement frontal. L’adolescent peut se confronter à l’autorité en dehors du cercle de famille, par exemple en faisant des choses dangereuses qui, lorsqu’elles auront été réussies, lui permettront de ressentir sa potentialité. Une force concurrente à celle de l’adulte. Plus on va vers le danger, plus la force de l’adulte en compétition est considérée comme grande. Dans le cas où l’autorité est paternelle, c’est donc un enfant qui aime et admire beaucoup son père qui va se mettre en grand danger, dans des actes délibérément effrayants, comme des actes sportifs, ou des actes interdits comme la consommation de drogue. L’adolescent le fait en se disant plus ou moins consciemment « Tout le monde dit qu’on ne peut pas s’en sortir, moi, je leur montrerai que je peux le faire ! Il faut cependant, pour y parvenir, pour être plus fort que papa, qui me répète que c’est dangereux, que je casse l’autorité de papa, que je sois libre de lui, seulement concentré, de toutes mes forces, sur cet exploit que je vais accomplir, c’est une question de vie ou de mort. Alors, si j’épate mon propre père, je n’aurai plus peur d’être moi, je croirai en moi, mieux, je SAURAI en moi. » En cela, l’adolescent, encore en contact avec son J’aime, plus facilement qu’à l’âge adulte, ne se rend pas compte qu’il est en train de l’écouter et que ce que son J’aime lui montre, c’est la puissance extraordinaire qu’il peut offrir quand on sait, plutôt qu’on croit, en lui. Le danger de ce moment-là est dans le fait que plus il s’autonomise, moins l’adolescent entend son J’aime et plus il risque de ne pas le laisser accomplir l’exploit visé. Préférant le faire dans son conscient. Mais le conscient n’a pas la même puissance, les mêmes moyens, c’est pourquoi on voit souvent des jeunes absolument convaincus qu’ils seront plus fort que la drogue, la cigarette, l’alcool, ce qui serait vrai s’ils laissaient faire leur J’aime, mais qui succombent parce qu’ils confondent le J’aime et le conscient. Et l’EBA qui passe par là sait exactement quoi faire, quoi dire, pour appuyer du côté du conscient, c’est-à-dire là ou l’adolescent n’est pas encore en équilibre. Là où il risque de tomber. Nous ne pouvons pas empêcher ces combats, ce fait qu’un adolescent doit prendre la mesure de ce qu’il est, porté par les rêves et le J’aime, et plombé par la réalité. C’est pourquoi les adolescents mordent tellement au piège du téléphone portable, qui permet de ne montrer de soi que ce qu’on rêve de soi. Nous ne pouvons pas empêcher cette confrontation à la réalité. Mais nous pouvons prévenir l’adolescent de ces deux forces en lui et lui montrer qu’on peut continuer à écouter son J’aime. Ce qui lui donne une arme extrêmement efficace contre les risques.

Nous parlons à nos adolescents mais nous ne sommes QUE des parents… L’expérience des parents ne vaut pas expérience pour soi, même si, quand nous sommes adolescents, nous pouvons tout de même l’entendre un peu. Mais nous ne pouvons pas nous contenter d’avoir vécu les choses par un autre. Il faut donc que la personne qui représente encore pour un temps l’autorité aux yeux de l’enfant/adolescent puisse, au lieu de tout vouloir stopper, de tout vouloir empêcher (ce qui aurait pour effet de placer la barre plus haut pour l’adolescent, donc, de prendre le risque de le voir augmenter le danger de son entreprise), qu’elle fasse comprendre à l’adolescent que ce qu’il entreprend, oui, c’est dangereux, que non, elle ne le ferait pas elle-même mais qu’elle ne veut pas l’en empêcher et que, s’il réussit, c’est bien. Cela sera comme donner la clé pour un diplôme, le diplôme de personne adulte. Et il y a bien des chances qu’effectivement on donne ainsi les moyens à l’adolescent de réussir son exploit, en restant à l’écoute de son J’aime. En l’occurrence, par exemple, de ne pas plonger dans la drogue et de se contenter d’un peu de haschisch, là où se battre contre l’adolescent aurait pu provoquer la prise de drogues dures.

Un autre acte constitutif de la construction adulte, c’est la création d’une famille en dehors de la famille où l’on est né. On se crée des liens qui deviennent sacrés avec les copains et les copines. Au sein de ce groupe, on cherche à s’établir à sa place. À obtenir la place du chef, si on a cela dans le cœur. C'est-à-dire la place du père. À s’installer là où il faut au milieu des autres, avec, cette fois, un moteur de taille pour y arriver : la réparation de la frustration de l’Œdipe. Dans l’enfance, dans la plupart des cas, on a connu la résolution de l’Œdipe, c’est-à-dire qu’on nous a exposé, et nous l’avons accepté, l’interdit de l’inceste. Dans la famille créée à l’extérieur, on va pouvoir séduire celui qui a pris la place du père ou de la mère, selon son orientation. Cette opportunité nouvelle est passionnante, fascinante. Elle mène à cette situation que les parents expérimentent avec tristesse parce qu’ils n’en comprennent pas la source : leur enfant ne leur parle pas ou peu, ne répond pas ou peu à leurs appels téléphoniques lorsqu’il est en dehors du cercle familial. Alors que les mêmes parents peuvent constater avec amertume que lorsque leurs enfants sont à la maison et reçoivent des SMS de leurs copains, ils leurs répondent de suite et même sans arrêt. C’est à ce moment qu’il faut cesser de s’inquiéter pour cela, mais qu’il faut aussi faire clairement, fermement, savoir que l’enfant doit tout de même répondre à ses parents quelles que soient les circonstances. Par respect, pour commencer, mais aussi pour leur éviter de tomber dans ce piège de la non-communication qui est en train de s’installer dans la société, et dont ils pâtiront immanquablement s’ils prennent le mauvais pli de s’y conformer comme les autres. Pour cela, on pourra commencer par dire à son enfant : « Qu’est-ce que tu dirais, si quelqu’un à qui tu écris ne te répondait pas ? » Même si cela ne suffira évidemment pas, c’est la base, la première clé à lui donner pour qu’ensuite il comprenne pourquoi et comment (vous pourrez le lui réexpliquer) vous en venez un jour à effectivement refuser de lui répondre, de préférence à une question importante pour lui. C’est là faire le miroir non déformant. Un jour, l’adolescent se verra dedans tel qu’il est, si ce n’est pas sur-le-champ et il remettra, un jour ou l’autre, les choses en place, comme il faut, tout seul.

De tout cela (destructions, cercle de famille extérieur, affrontements à l’autorité…), les parents ne sont pas coupables, ne peuvent pas l’être. Ils le pourraient s’ils se croyaient investis du droit illusoire de construire leurs enfants dans leur entier. Ils le sont lorsqu’ils obligent leurs enfants à faire ceci ou cela de leur vie parce que ça leur rapportera plus d’argent, alors qu’en réalité ils sont faits pour tout autre chose. Dans ce cas, quelle que soit la méthode pour y parvenir, douce ou par transmission d’inquiétude ou par force, ils sont coupables. Car c’est leur enfant qui doit se construire en connaissance de cause. Sans quoi, même s’il réussit à être notaire ou violoniste célèbre comme papa, ce sera une vie perdue, qu’il faudra donc recommencer, parce que ce n’aura pas été ce que sera venu faire son J’aime en s’incarnant. Hors de cette situation, les parents ne sont pas coupables.

Les adolescents les plus durs, bien plus tard, peuvent aussi être ceux qui confirmeront cette non-culpabilité. J’aime avoir entendu cette histoire, d’une famille qui avait vraiment subi la guerre de la part de leur adolescent. Des difficultés folles, sur des années. Ils n’ont pas abandonné. Ils ont laissé faire mais ils ont toujours dit qu’ils étaient présents si besoin. Et quand cela s’est terminé, leur fils leur a dit « Merci de ne pas m’avoir laissé tomber ». Il avait réalisé ce qu’il leur devait, c’est-à-dire à tout le moins le respect mais surtout la reconnaissance du bien-fondé de leur place de parents. Aussi, il prenait enfin leur amour, le leur rendait même, amplifié du sien. Les parents peuvent donc jeter aux orties leur sentiment de culpabilité, pour peu qu’ils aient laissé quelque part le message : « Je suis là ».

Partant de là, ils peuvent se libérer d’un poids considérable, réunir des forces nouvelles, en puiser d’autres chez les amis, les proches, et se consacrer à un autre problème. Dont ils ne sont pas plus coupables non plus, mais qui requiert toute leur attention. Car c’est dans cette période qu’il y a danger. Le danger vient des EBA. Lesquels, profitant des non-dits, de la violence qui s’installe et des conflits qui naissent en tous sens, s’installent dans les esprits des adolescents, pour pousser jusqu’à leur limite les luttes engagées, afin d’arriver au but ultime : le suicide de l’adolescent. Les adolescents qui se suicident sont ceux qui, se heurtant à ce qu’ils considèrent à tort ou à raison comme un mur chez leurs parents ou leurs proches, ou érigeant leurs peurs, leur timidité, leurs craintes, en murs intérieurs, vont aller jusqu’à commettre l’exploit impossible. « Si je ne peux pas marquer les gens autrement, je vais le faire comme ça ! » Témoin ce pilote d’avion qui, n’ayant plus que probablement pas résolu des problèmes d’adolescence, s’est enfermé dans la cabine de pilotage après avoir programmé la chute de l’appareil. L’EBA lui laissait croire qu’il deviendrait enfin important.

Cela se repère à une cyclothymie. C’est le commencement, la signature de l’EBA. Si vous combattez la cyclothymie comme je l’ai décrit au chapitre 3, alors vous mettez l’EBA dehors et vous éliminez le risque du suicide.

Chapitre 9-Burn-out : « Tu n’auras pas mon corps ! »
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