La vie ça sert à faire de la lumière dans le noir.

Chapitre 17

Vous ne savez pas dire non

Ma mère, dont j’étais très proche, m’avait raconté quelque chose de terrible quand elle était encore de ce monde. Elle avait attendu avant de le dire, attendu, si longtemps !
Je devais avoir trente-cinq ou quarante ans, quand elle a posé ça sur la table. Elle m’a raconté comment, lorsqu’elle était jeune adolescente, elle avait été tripotée par son grand-père.
Le vénérable grand-père, donc mon arrière-grand-père, adulé par sa fille (ma grand-mère maternelle) qui dessinait et peignait si bien, avait été aussi ce sale type !

Ma mère ne savait pas dire « non ». Ni tellement « oui » aux bonnes choses, d’ailleurs. Elle ne savait pas dire non parce que, pendant la construction de sa personnalité, elle a eu affaire à beaucoup plus puissant qu’elle, et que ce plus puissant, tout en lui imposant ce qu’elle ne voulait pas, ce qu’elle n’avait même pas imaginé, l’obligeait au silence. Elle n’a pas su dire non à son grand-père.
Dans le droit fil de cette difficulté, elle n’a pas su dire non aux autres. À personne, quasiment. Ou quand elle le disait, elle était si peu convaincue elle-même qu’elle ne convainquait personne.

Les autres membres de la famille, frères, mère, sœurs de ma mère, savaient sa faiblesse sur ce point. Parmi eux, il y a avait ceux, rares, qui la prenaient sous leurs ailes, pour tenter d’atténuer les effets pervers de ce « non » qui ne sortait pas. Et il y avait les autres, ceux qui en profitaient.

J’ai pu observer, pendant des années, comment fonctionne une personne qui ne sait pas dire non. Et c’est particulièrement triste quand on aime tendrement cette personne parce que c’est sa mère.

On a beau essayer d’aller là-contre, rien n’y fait, étant donné qu’en tant que fils, on n’est pas neutre et on est donc très limité en termes d’efficacité. Pour chercher à comprendre quoi faire, on en vient soi-même à laisser le phénomène déteindre sur soi. On apprend à vivre sans savoir dire non.
C’est une habitude qui s’incruste profondément. Et, comme pour toute mauvaise habitude, il est fastidieux de s’en débarrasser. Pour certains, comme pour ma mère, cela semble même impossible. Quant à moi, j’en ai hérité, pour avoir voulu aider ma mère, et il m’a fallu un divorce pour qu’on entende mon « non ».
Le fait de tester ou de vivre avec autrui le « Je ne sais pas dire non » a bien des désavantages mais tout de même un apport positif : cela permet de comprendre ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui vit cela. Et de trouver des moyens de le combattre.

Ce qui se passe dans une tête comme celle-là, c’est quelque chose qui dit :
« Si je ne dis pas non, je vais être facile et satisfaisant pour les autres, qui finiront peut-être par m’aimer pour ça. Parce que, moi, j’ai tellement honte de ne pas avoir la force de m’affirmer que je ne peux pas m’aimer. Et si les autres m’aiment parce que je suis gentil(lle) de ne jamais dire non, alors ils me respecteront, ils ne profiteront pas de moi. Ils ne me feront pas faire des choses que je n’ai pas envie de faire. Je pourrai commencer à m’aimer un petit peu.
Là, il sera toujours temps d’essayer de dire non. »

On en revient toujours au désamour. Quelqu’un ou un événement nous a choqué. Notre volonté profonde est tétanisée. Et cette volonté profonde, c’est notre J’aime.
En réalité, ce n’est pas lui qui est tétanisé. C’est notre conscient qui le paralyse.
Décoincer le conscient, c’est retrouver le J’aime. Avec tout sa puissance.
Pour cela, il y a les exercices et les tests du cielapeute. Qui agissent comme un miroir non déformant et qui font surgir le J’aime devant soi.

Je vous en donne un second qui, lui aussi, peut être fait par tout le monde, même si, comme pour le premier, c’est mieux en dialoguant avec quelqu’un qui sait entendre le J’aime. On pourra, pour cet exercice, remplacer le cielapeute par un ami cher, qui proposera des réponses dans la troisième phase si, comme c’est courant, on piétine pour les donner (les deux premières phases ne posent pas de vrai problème).

Cet exercice pourra être refait plus tard, à quelques mois ou années d’intervalle, pour que la personne voie le chemin accompli.

Ce test s’appelle Le « je n’ai pas peur ».
Vous pouvez le présenter à une tierce personne comme permettant d’affronter ses peurs et les vaincre.

Faites trois colonnes verticales sur une feuille de papier A4.
Tirez des lignes horizontales sur ces colonnes, en laissant assez de place pour écrire des phrases courtes dans les cases ainsi obtenue. Vous devez maintenant avoir un quadrillage.

1. Dans la colonne de gauche, écrivez toutes les peurs auxquelles vous pouvez penser, en les formulant de cette manière :
« J’ai peur de… » en toutes lettres et en entier, pour chaque peur.

Par exemple, pour le chapitre qui nous occupe, nous pouvons écrire :
J’ai peur de dire non.
Ensuite (toujours par exemple) dans la ligne du dessous :
J’ai peur de la mort.
Puis
J’ai peur des araignées.
Et ainsi de suite.
Il est important de tout écrire en entier, pas de signes ou de points de suspension à la place d’un morceau du texte. Cela paraît scolaire mais c’est votre J’aime qui a besoin de voir l’ensemble et tout le détail en même temps, pour que vous puissiez l’entériner ensuite dans votre conscient.

2. Dans la colonne qui est juste à droite de la première et en écrivant toujours à la même hauteur que les lignes « J’ai peur de… », de façon à ce que ce que vous allez écrire maintenant constitue une réponse à chaque peur, écrivez, toujours en entier pour chaque ligne :
« Je n’ai pas peur de… » et l’élément correspondant. Dans notre exemple, seconde colonne, première ligne, vous aurez :
Je n’ai pas peur de dire non.

En notant cela, persuadez-vous de ce que vous écrivez. Vous pouvez aussi le dire tout haut en même temps, si vous le voulez. Une fois que vous avez écrit dans la seconde colonne, relisez les deux, au moins mentalement, en prenant votre temps, pour que le sens des deux phrases vous soit vraiment acquis.

3. Sur la dernière colonne, celle qui est le plus à droite, il faut que le répondant se projette dans un futur dans lequel il aurait vaincu le problème et note cela sous la forme :
« Je n’ai pas peur… » suivi de la formulation de cette victoire.
On peut évidemment aider la personne qui cherche quoi écrire à trouver les bonnes formulations, et il faut lui conseiller de ne pas trop chercher, trop réfléchir mais de se laisser aller au sentiment d’une victoire acquise, simple, et de l’exprimer sans blocage.

Nous aurons ainsi, dans notre exemple, troisième colonne, première ligne, quelque chose comme :
Je n’ai pas peur de savoir dire non.
Ou :
Je n’ai pas peur d’avoir dit non.
Les deux réponses étant des conclusions, des clôtures du problème valables et pouvant être écrites.
C’est votre J’aime que vous écoutez quand il vous donne ce que vous écrivez dans la colonne de droite. Si vous ne l’entendez pas, les propositions ne seront pas convaincantes. Vous n’aurez pas l’impression d’une fin claire, d’un problème complètement résolu.

Cherchez quelque chose de mieux, de plus assouvissant. Demandez-vous : qu’est ce que je dirais si j’étais sorti(e) de ma peur et si j’étais vraiment libre, entièrement libre de mes actes et de mes pensées ?

Si un ami est à côté de vous, vous conseille et trouve la réponse qui sonne enfin juste, la réponse qui, sans aucun doute, est apaisante, pleine, satisfaisante, donc dans le mille, alors il a entendu votre J’aime.

Car le J’aime passe au-delà du corps, il n’est pas matériel, il n’est limité que par les peurs ou les ignorances que les EBA cultivent dans notre conscient. Dont ils usent l’abondante fertilité en y plantant mille mauvaises herbes de ce genre.

Confisquons leurs râteaux et piochons. Et fabriquons-nous un vrai beau jardin à l’intérieur.

Les fleurs qui y pousseront nous rendront beaux à l’extérieur.

Voici encore un outil tout simple qu’offre Marie pour améliorer notre état d’esprit et mieux nous préparer à un bon « Je n’ai pas peur » :

Le matin au lever, de préférence un jour où tout va bien (mais ce n’est pas obligatoire), quand vous allez dans la salle de bain, dès que vous vous voyez dans le miroir, offrez-vous un sourire. Le plus vrai, le plus engageant possible.
C’est la première image que vous aurez de vous. Imprimez cette image dans votre esprit, gardez-la bien en mémoire.
Répétez la chose plusieurs fois, sans pour autant en faire un rite ni créer une habitude, une addiction. Une fois de temps en temps, c’est bien.

D’autres matins, au réveil, avant de vous lever, faites ressurgir cette image devant vous.
Quand vous avez fait un cauchemar, par exemple, ou simplement pour bien commencer la journée.
Cela vous fera un effet similaire à celui d’une personne que vous aimez bien et qui vous aime bien et qui vous souhaiterait une bonne journée.
Ou, mieux encore, qui vous la prédirait.
Là non plus, ne pas faire cela tous les matins, ne pas transformer cela en rituel car cela perdrait beaucoup de sa force.

Prenez cet amour que vous vous êtes donné avant car nous sommes tous des amplificateurs (d’amour ou de tous autres ressentis) et nous pouvons donc amplifier l’amour que nous nous donnons à nous-mêmes.

Marie

Chapitre 18-La partie cachée et réparatrice du pardon
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