La vie ça sert à faire de la lumière dans le noir.

Chapitre 16

Surmonter un chagrin d’amour

« Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas/plus de moi que je ne vaux rien ! » Voilà la première phrase qui devrait nous venir à l’esprit quand une personne qu’on aime vraiment nous plaque ou qu’on nous éconduit.
Mais, malheureusement, lorsqu’on est sous le choc d’une rupture non désirée, la première chose qui vient, c’est une profonde remise en cause de soi.

Il est des cas où ce peut être justifié et utile. Si c’est cela, il faut faire la lumière sur ce que nous pouvons améliorer en nous afin que la situation ait moins de chances de se reproduire.
À chacun, alors, de réfléchir, seul ou avec ses proches, avec son J’aime, aux moyens d’y parvenir. De là, celui qui a vraiment besoin d’évoluer trouvera tout ce qu’il faut pour aller mieux dans ses propres efforts et réussites pour transformer ce qui doit l’être.

Ce n’est pas le même chemin, en revanche, lorsque nous n’avons pas à adapter, à transformer notre personne parce que nous n’avons pas apporté au couple tout ce que nous aurions pu et dû lui donner. Et c’est à ce chemin-là, qu’on ne peut pas toujours faire seul, qu’il faut s’intéresser pour s’aider à aller mieux.

Lorsque nous souffrons d’une rupture ou d’un refus auquel tout notre être est opposé, la douleur est si vive que nous ne nous rendons pas compte que, en réalité, plusieurs douleurs se mêlent en nous, créant un écheveau très difficile à dénouer.

En réalité, il y a en nous deux souffrances principales :

– La peur du manque de l’autre et de devoir nous retrouver seul avec, en sus, la crainte de ne pas savoir/pouvoir séduire quelqu’un d’autre. Il y a aussi le peu de cas qui est fait de tout cet amour en nous, ce trésor dont l’autre ne veut pas ou plus. Ce dédain pour la valeur merveilleuse, incroyable, inattendue, que nous avons soudain découverte en nous à la vue de l’être aimé et le fait qu’il n’entérine pas cette valeur, donc, au final, notre valeur globale.

– La vue du gâchis de l’autre. Nous confondons bien souvent aimer et aider, parce que les termes et les ressentis sont proches, peuvent se mêler. On peut aimer et aider en même temps. Mais ce n’est pas la même chose. Et, en tant qu’aidant, il y a toujours quelque chose en nous qui nous pousse à guérir celui qui souffre, dans les souffrances que nous connaissons pour les avoir vécues ou dont nous avons été témoins. C’est pourquoi il arrive si fréquemment que nous recherchions et trouvions des partenaires qui souffrent de problèmes voisins de ceux de nos parents. Pour guérir papa/maman, et le/la séduire enfin, à travers une autre personne, puisque l’Œdipe est révolu et que l’inceste est interdit. Et lorsque la personne ne veut pas ou plus notre aide, qu’elle ne veut pas non plus notre amour, quelles qu’en soient les raisons, c’est un gâchis, dans le sens où elle ne prend pas sa chance de guérir.
Et nous nous en voulons.

Nous ne nous pardonnons pas de n’avoir pas été assez forts pour que la personne aille mieux.

Dans ces deux douleurs, c’est notre personnalité qui est cruellement remise en question. Nous souffrons parce que tout semble dire que nous n’avons pas été à la hauteur. Alors que, en fait, de quoi sommes-nous coupables si l’autre n’a pas pris sa chance d’aller mieux ? Et qu’est-ce qui est mauvais chez nous s’il n’a pas les yeux assez grand ouverts pour voir la beauté du trésor que nous voulions lui offrir ?

Nous pouvons passer des années à ressentir les flux et reflux de ces culpabilités diverses et indues, sans parvenir à nous en affranchir parce que, dès que nous le pourrions, les EBA viennent jeter des cailloux dans notre lac intime. Et nous ne savons pas nous taire, nous ne savons pas ne pas avoir mal.
On pourra m’objecter : « Encore les EBA ! Ils ont bon dos, les EBA ! Tout ne vient pas d’eux, quand même ! »
Combien de suicides viennent de nos déceptions amoureuses ? Comment se fait-il que nous soyons assez intelligents pour construire des navettes spatiales mais pas assez pour comprendre que, si quelqu’un ne voit pas la valeur de ce qui est en nous, nous, nous pouvons la voir. Et l’offrir, avec avantage, à celui ou celle qui la verra et la voudra ?
Qu’est-ce qui nous rend « idiots » subitement ? Sinon autre chose que nous ?

Si on considère qu’un EBA est là, dans la maison de notre esprit, que pouvons-nous faire ? Comme évoqué précédemment dans d’autres chapitres, nous pouvons remettre notre armure, que nous avions ôtée, même carrément jetée aux orties parce que nous étions amoureux (ce fameux « L’amour rend aveugle »).
C’est cette découverte inconsciente que nous avions retiré notre armure, au point qu’elle soit difficilement accessible, qui fait qu’ensuite, soudain rétrospectivement effrayés du danger encouru, nous avons du mal à envisager une autre rencontre amoureuse.

Ceux qui savent ôter et passer leur armure en un instant savent bien plus vite que les autres aller chercher et donner l’amour là où il faut. Et nous les jalousons ou les jugeons mal lorsque nous les voyons faire et que nous ne savons pas remettre notre armure en un clin d’œil.
Nous les croyons insensibles, opportunistes, et certains le sont.
Mais nous pouvons apprendre cette manipulation de l’armure, non pas pour devenir insensibles et opportunistes ni pour nous jeter tout de suite dans la première relation qui vient mais pour savoir que nous pouvons éviter de grandes souffrances. Totalement inutiles, lorsque nous ne sommes pas coupables ou que nous nous sommes trompés de partenaire à cause du complexe d’Œdipe.
Et que le partenaire en question l’a senti, ne l’a heureusement pas laissé faire.

Si nous connaissons bien le processus de l’armure, nous savons que, la passer, c’est seulement pour un premier temps. C’est reprendre les armes et reprendre du poil de la bête, pour se remettre debout et se rassurer : nous avons de quoi affronter la situation. Nous avons en nous la possibilité de devenir agressifs s’il le faut. Donc de nous défendre, d’autant plus que la meilleure défense est l’attaque.
Nous savons aussi qu’ensuite notre J’aime nous dira d’enlever l’armure, pour que la paix ainsi gagnée puisse être savourée et vécue pleinement.

Factuellement, que veut dire mettre une armure ? Reprendre les armes ?

Tout simplement, se fâcher contre l’EBA. Et (si la personne a eu tort, parce que gâchant une chance réelle de construire le vrai couple qui se présentait) contre la personne qui n’a pas/plus voulu de vous. Le J’aime peut se fâcher. Ce n’est pas parce qu’on aime qu’on est stupide, trop gentil, servile, dompté.
Le J’aime, c’est une puissance énorme en nous. Nous n’en soupçonnons pas le dixième.
Il sait ce qui se passe aussi dans le J’aime de l’autre. Et s’il y voit un refus de prendre ce qui était pourtant véritablement destiné au J’aime de l’autre, il peut nous faire dire son fait à cette personne assez aveugle pour ne pas voir la valeur de ce qu’on lui a offert, qui était légitime et profond, vrai, qui était fait pour elle. Et sans quoi elle ne sera jamais pleinement épanouie.

Mais il faut le faire sans espoir de reconquête de la personne, il ne faut pas avoir peur de tout lâcher. Ni de tout dire.

La colère est libératrice mais elle arrive souvent bien tard, pour la simple raison que nous avons peur de perdre une illusoire dernière chance de conquérir tout de même la personne que nous aimons.

Parvenir à laisser vivre cette juste colère ne devient possible que lorsque la peur de souffrir encore et toujours devient enfin plus forte que la peur de perdre la dernière chance.

D’ailleurs, dans certains cas, qui dit que laisser sortir cette colère n’est pas ce qu’attend la personne que vous aimez pour vous aimer aussi ?
Qui dit que, plus ou moins consciemment, ce n’est pas cela qui lui manquait pour s’en remettre à la puissance de votre ressenti, dont elle aura ainsi pu être convaincue et voir le reflet dans son désir à elle ?

Cependant et évidemment, il ne faut pas que la colère soit, dans votre idée, un calcul pour ajouter une ultime chance. Il faut qu’elle veuille vraiment dire le mot de Cambronne et le largage dans le vide de tous vos espoirs.
Sinon vous ne serez pas vraiment vous, vous ne serez pas crédible.

Pour pouvoir dire ce mot de Cambronne en toute sincérité, l’usage du pardon est nécessaire. Pour retrouver du recul, une vision claire des choses et parvenir à les dire dans cet état de saine colère, celle du J’aime, qui pèse ses mots et les pense parce qu’il dit la vérité. Et qui se délivre par la même occasion.
Surtout, ne pas confondre cette colère juste avec celle que les EBA attisent en nous pour nous faire dire des choses que nous ne pensons pas. Au passage, voilà ici encore un signe évident de l’existence des EBA. Car, à tout bien peser, comment pourrions-nous dire des choses que nous ne pensons pas ?
Alors comme ça, nous aurions laissé des mots sortir de nous, que nous n’aurions pas fait naître, qui n’ont pas de sens ni d’existence en nous ?
Ces mots, si nous ne les inventons pas puisque nous ne les pensons pas, d’où viennent-ils ? Ils viennent d’en nous, mais d’ailleurs en nous. Ce sont des EBA. Des entités qui vont bien plus loin que notre juste courroux. Qui s’en servent pour aller elles-mêmes toucher jusque dans leurs J’aime les personnes qui sont en face de nous dans ces moments-là. Les toucher sur ce qui leur fait mal, ce qui leur fait peur, avec des mots qui font mouche dans leurs secrets intimes, alors que nous ne connaissons pas nous-mêmes tous leurs points sensibles.
L’EBA lance ces mots aiguisés, les assène comme des marteaux ou des couteaux.
Pour peu que la personne attaquée se défende, L’EBA gagne sur les deux tableaux, puisque votre interlocuteur vous renvoie ces mots, amplifiés de sa colère. Et c’est L’EBA qui aide à ce que cela aille faire mouche dans vos secrets et peurs intimes.
Quand nous avons ainsi laissé passer l’EBA, nous nous demandons ce qui nous a pris. Parce qu’il est parti, il a pris quelque mètres de recul pour jouir de l’effet de son intervention, juger des mines déconfites, déformées par la souffrance.

Nous revoilà face à nous-mêmes, livrés à notre incompréhension complète de ce qui vient de se passer.

C’est là que nous devrions nous rendre compte que nous avons été sous contrôle de l’EBA. Le même qui nous dira ensuite : « Bah, ce n’est rien, on a bien le droit de gueuler un coup, non ? Les autres ne se gênent pas, eux ! »

C’est lui qui vous dédouanera de la culpabilité de l’avoir laissé passer pour qu’il blesse votre interlocuteur. Par là même, c’est lui qui vous affranchira de la tâche de demander pardon et de réparer. Alors qu’elle s’impose et que, sans l’accomplissement de cette tâche, la souffrance occasionnée ne mourra jamais tout à fait en l’autre ni en vous.

La question, donc, n’est pas de se défouler et de dire n’importe quoi. La question est d’être juste. En colère, mais juste.

Une fois que le pardon est donné, même s’il n’est pas demandé par l’autre, une fois que ce qui est juste est dit, alors la colère tombe et, avec elle, la douleur.
Cela revient, qu’on me pardonne l’expression, à dire merde à un amour qui s’est trahi et qui a trahi, tant pis si on le perd définitivement.
Et même tant mieux. Car qu’est-ce qui vaut le mieux ? Souffrir vingt ans, souffrir jusqu’à son dernier souffle par amour ? Ou parvenir à lâcher cette main de l’EBA qui nous tire vers le vide, vers le gouffre, un gouffre qui n’est même pas pour nous mais dans lequel tant des gens se précipitent parce qu’ils ne voient plus l’amour en eux, qui pourtant est largement suffisant pour reprendre pied ?

Combien de gens ne savent pas s’aimer pour ce qu’ils sont plutôt que pour ce qu’ils paraissent ?

Nous pouvons rallumer la lumière en nous. Cela nous fera cligner des yeux au début mais nous pourrons nous réveiller d’un cauchemar qui ne vient pas de nous.

Nous pouvons dire adieu à la douleur. Nous pouvons lâcher la main qui n’est pas à nous et que nous serrons à lui faire mal, à nous faire mal. Nous pouvons chercher une autre main, ailleurs, meilleure, qui nous cherche aussi. Au lieu de nous attacher à tout prix aux doigts crochus de la souffrance d’autrui.

Nous pouvons dire stop aux ragots des EBA.
Nous pouvons faire symboliquement le geste de les pousser dans le fond du précipice vers lequel ils nous attirent. C’est facile, il suffit de les voir devant nous, au bord du trou, nous faisant signe de venir, pour s’écarter juste au moment où nous passerions, comme dans ce gag du photographe au bord d’une falaise.

Pas de colère, pas de guerre ici. La logique. La justice. Un sourire enfin… Et la paix, que nous méritons et qui nous a été volée.

Il suffit ensuite d’envoyer beaucoup de notre lumière dans le gouffre. Pour que l’EBA natif, prisonnier dans le fond de son propre piège, prenne d’autorité sa part d’amour et cesse de chercher à faire gagner le RIEN.
Ou pour que l’EBA acquis voie la lumière et monte vers celle du ciel, afin de cesser de porter et faire porter son fardeau.

Sans ce triste guide ou sans ce fardeau, il est facile de se relever d’un chagrin d’amour. En trouvant enfin en soi son contraire : la joie d’Amour. Vers soi, puis vers autrui, puis venant un jour d’autrui qui l’aura prise pour ce qu’elle est sans avoir besoin ni envie d’y rien changer.

En ayant agi de la sorte, on verra bientôt, la blessure du cœur se cicatriser. On cessera d’être sensible à l’évocation du simple prénom de l’être qu’on a aimé.

On pourra même le prononcer soi-même, ce prénom, déshabillé du désir et de la peine, et le jeter, définitivement, dans un « Je n’ai pas peur » (voir au chapitre suivant en quoi consiste l'exercice nommé « Je n’ai pas peur »).

Chapitre 17-Vous ne savez pas dire non
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