N'ayez pas peur de la mort

La peur de notre mort devrait nous rassurer. Elle nous fait comprendre que quelque chose existe après la vie. Car si la mort n’était qu’une fin, sans rien ensuite, ce ne serait pas elle qui nous ferait peur : il s’agirait simplement d’un arrêt de toute sensation, de tout ressenti, de toute souffrance.

Même si ce n’est pas une chose réjouissante que de se voir à l’avance dans ce Stop-là, ce qui fait peur, c’est, à l’avance, l’idée de ne plus ressentir, de ne plus être là pour d’autres, de ne plus pouvoir nous projeter dans un avenir, ce n’est pas que nous soyons dans un stop définitif. Car le stop définitif envisagé par ceux qui ne croient pas en une suite, ce n’est pas une souffrance en soi. Cela ne nous touchera plus. Nous n’aurons pas mal.

Le stop définitif, ce n’est pas quelque chose, ce n’est Rien. Et il n’y a pas de raison d’avoir peur de ce rien, puisqu’il nous fera rien, nous ne subirons plus rien. Il n’y a pas de raison d’avoir peur de ce qui n’est pas.

Alors, pourquoi avons-nous peur de la mort, tout de même ? Parce que nous sentons, nous savons au fond de nous, sans pouvoir l’étayer par un ressenti universel, que les choses ne s’arrêtent pas là. Et ce qui nous fait peur, c’est de souffrir de ce qui va se passer après. Voir les autres, nos amis, souffrir. Réaliser que nous n’avons pas bien fait telle ou telle chose, et qu’il sera alors trop tard pour réparer cela.

Nous sentons surtout, sens en avoir conscience, qu’à l’heure de passer de l’autre coté, nous passerons en revue cette existence que nous quitterons, et ce qui nous importera alors, ce ne sera pas d’avoir réussi financièrement, socialement, ce ne sera pas d’avoir prié, d’avoir été à l’église, d’avoir offert sa souffrance à Dieu. D’avoir aidé tel ou tel organisme. Ce sera de se rendre compte, tout à coup, dans une forme de conscience enfin fiable, et sans limite, de ce que nous avons fait de bien et de mal et ce sera être devant l’évidence : «Là, ce que j’ai fait est grave, parce que je l’ai fait, dans la colère, dans la peur, dans la haine, en tout cas sans amour. Mais cet autre acte n’est pas si grave que je le croyais de mon vivant, parce que je l’ai fait par amour, pour l’amour qui est en moi, et en autrui. »

Nous avons peur de nous retrouver sans masque, en face de nous-mêmes, dans la vérité vraie de nous mêmes, sans juge aucun pour nous infliger une vision culpabilisante de nous-mêmes. Mais en face à face, sans possibilité, sans envie de se mentir.

Nous avons peur de nous rendre compte de nos erreurs et de nous dire que nous aurions pu et dû les réparer mais que là, il n’est plus temps.

Sauf si ceux qui sont en bas nous entendent encore leur demander pardon ou leur dire qu’on les aime, quand on ne l’a pas assez fait ou pas fait du tout avant.

C’est pour cela qu’à un enterrement, on voit souvent des gens rire. Ce n’est pas nerveux, ce n’est pas inexplicable ou irrespectueux : malgré leur peine, ils sont joyeux d’entendre celui ou celle qui est parti(e) leur dire « Soyez heureux, je vous aime, arrêtez de vous disputer pour ceci ou cela, arrêtez de vous en vouloir les uns aux autres, arrêtez d’avoir peur, parce que là où je suis, et où vous irez aussi, il y a le plus important, il y a l’amour, il a la joie, il y a la lumière. »

Et c’est souvent qu’on entend les gens dire alors, « C’est comme s’il était là » ou « C’est comme s’il m’avait dit… »

Le défunt est bien là, pour dire : « Non, ce n’est pas la fin, non, il ne faut pas avoir peur, réjouissez-vous, même si ce n’est pas l’heure de partir aujourd’hui, quand il sera temps, ce qui vous attend dépasse vos plus grands espoirs, et non, l’Amour ne vous décevra pas ! »

Et vous l’entendez. Que vous fassiez la sourde oreille ou non.

Ou si vous n’entendez rien du tout de tout cela, et si ce n’est pas parce que votre chagrin vous coupe toute porte vers la lumière tendue à toute force vers vous, alors oui, là, on peut avoir peur de la mort de cette personne, parce que si elle n’apporte pas l’amour et la joie pour la jeter en bouquets à ceux qui l’aiment, le jour de son enterrement, c’est qu’elle ne s’en sent pas digne. C’est qu’elle affronte ce qu’elle a été et que l’amour en elle ne suffit pas à reprendre le pas sur les erreurs graves commises.

Si, dans un enterrement, vous ressentez du poids, du sombre, des douleurs, venant du défunt, d’ailleurs que de l’intérieur de vous, alors, c’est que le défunt ne veut pas regarder vers le ciel et que jusqu’à ce que vous l’y forciez, il restera dans une vision très proche de ce que vous connaissez de la vie pour un incarné. Il sera devenu un EBA, qui viendra vers ceux qui sont sensibles, leur faire porter le poids de leur lâcheté, de leurs ratages, de leur attachement à la matière qu’il faut quitter, des soucis et des ragots qui perdurent.

Pour ceux là, vous pouvez quelque chose. Rendez-leur leurs fardeaux. Dites-leur que ce n’est pas à vous. Et qu’ils le laissent tomber dans la poussière, pour pouvoir enfin commencer leur voyage vers la lumière.

N’ayez pas peur de la mort. Préparez-vous, si vous y pensez, afin que, ce jour-là, vous n’ayez rien fait autrement que par amour. Alors vous n’aurez pas peur de votre propre et enfin infaillible jugement sur vous-même.

Ne provoquez pas la mort. Elle viendra quand vous aurez fini votre part de l’œuvre de l’Amour. La chercher et la trouver avant, c’est devoir revivre, en plus difficile encore, ce qui vous aura fait vous tuer.

Comprenez l’amour qui est en vous, et réalisez enfin que l’éternité se trouve là dedans. Que vous en êtes porteur et garant tout à la fois.

Et que vous l’offrirez à ceux qui viendront après vous, dès le jour de votre enterrement ainsi que tous les jours qui suivront.

Marie

Table des messanges