Marketing radio-24 juillet 2008

Je ne sais si je radote ou pas, il me semble avoir déjà parlé de ce que je vais dire ce soir, mais je ne suis pas convaincu que je l'aie fait sur ce site. En tous cas, pour remercier Marie du dernier message qu'elle m'a donné, je voudrais témoigner de ce que j'ai vécu dans une radio, et qui va dans le sens de ce que Marie dit ci-dessous à propos de « la marque des pauvres ».

J'avais moins de 20 ans, et je débutais dans la radio. J'avais été sélectionné suite à une petite annonce de radio 2000, à Dijon, qui recherchait des voix pour faire de la publicité. Radio 2000, pour une radio régionale, était vraiment une grosse station, et j'étais assez fier d'avoir été choisi parmi de nombreux concurrents. Pour un débutant, sans expérience aucune, c'était un peu une sorte de Star Academy avant l'heure, pour moi, toutes proportions gardées, puisque ce n'était qu'une radio locale, qui émettait tout de même sur toute la Bourgogne.

Un jour, la station a fait un jeu, avec un très beau voyage à gagner. Je ne me souviens plus de la destination, mais c'était un très beau cadeau. Il y avait eu des questions aux auditeurs, pour laisser en lice seulement quelques-uns, et un tirage au sort final, en direct, devait clôturer cette belle opération généreuse. J'ai assisté aux moments qui ont précédé ce tirage au sort. La responsable d'antenne, qui couchait avec le patron (ça, c'est pour le cliché et montrer que nous sommes bien dans la réalité) et qui allait faire ce tirage au sort, a été la première à m'ouvrir les yeux sur ce qui se passait dans les coulisses du monde du spectacle. Tout le monde, dans la station, parlait du jeu, et je les ai entendus dire qu'il ne fallait pas se tromper, et bien donner le nom du gagnant qu'ils avaient choisi avant de faire le tirage. Interloqué, j'ai demandé à la responsable d'antenne si le gagnant était vraiment choisi à l'avance. Elle m'a répondu que oui. Comme je lui demandais pourquoi, puisque le tirage au sort n'avait pas encore eu lieu, elle m'a dit :

— Mais parce qu'on fait gagner le voyage à des gens qui gagnent bien leur vie.

Je refusais de comprendre ce qu'elle voulait dire, et lui ai demandé encore une fois pourquoi.

— Parce qu'on ne peut pas faire gagner un voyage pareil à des gens trop pauvres. Ils ne sont pas habitués. S'ils gagnent, quand ils vont revenir, ce sera trop dur pour eux.

Je vous laisse apprécier cet épisode et en tirer vos réflexions, mais je pose une question : quand une petite radio de province qui se prend pour une grande fait de tels mensonges, qu'en est-il des grandes radios ? Comment ne pas croire, ensuite, ce que l'on voit, lorsque, évoluant dans le milieu du spectacle, on s'aperçoit que tant de choses sont truquées, de la Star Academy, qui fabrique des stars au lieu de les découvrir, tout en disant les découvrir, aux émissions télé en direct qui sont en différé de plusieurs heures/jours comme j'ai pu m'en rendre compte en allant assister à l'enregistrement de Coucou c'est nous de Christophe Dechavanne, comment ne pas s'étonner, comme disait un dictateur, que plus le mensonge est gros, plus on y croit ?

Avons-nous tellement besoin de croire à leurs mensonges ?

Luc

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20 juillet 2008

La marque des pauvres

Avez-vous remarqué comme vous êtes bien cloisonnés, ciblés par le marketing, parqués, et comme chacun reste bien à sa place ? En vous promenant dans les supermarchés, vous pouvez voir aisément comme c'est vrai : voyez ces produits vendus soi-disant « encore moins chers que le hard discount », sous une marque que je ne citerai pas, mais qui est la marque des pauvres. Oui, la marque des pauvres ! Et on vous le fait si bien sentir que même l'emballage est pauvre. Regardez ces piètres photos sur les boîtes, photos que vous auriez mieux réussies vous-mêmes avec votre petit appareil ! Et encore, c'est un luxe lorsqu'il y a des images !

Le marketing pousse les limites du sordide encore plus loin que loin, comme d'autres diraient « encore plus blanc que blanc », en retirant de ces emballages ce qui pourrait les rendre plaisants à l'œil, et les laisser confondre avec ce à quoi les encore « riches » ont droit. Vous ne pouvez pas vous tromper, vous êtes bien la cible « pauvre », on vous le dit dans le langage du vide, dans le langage qui vous met à part dans les rayons chamarrés. Mettre un peu de goût dans tout cela n'aurait assurément pas coûté plus cher, mais il fallait que cela marche, et des produits jolis et moins chers auraient indigné le chaland qui a encore des moyens. Il perdrait ses points de repères de consommateur modèle. « Comment, ces produits sont au rabais, mais pourquoi donc ? » auraient-il pensé.

En marketing, il y a une raison à tout, et cette raison, c'est vendre. Même si pour cela il faut que les pauvres n'aient que ce qu'ils méritent, et même si ce sont les pauvres qui finalement rapportent le plus !

Marie

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Table des messanges