La grand-messe- 14 juillet 2008

Aujourd'hui, c'est le jour de la grand-messe, celle du 14 juillet. Avez-vous vraiment besoin que je vous dise ce que j'en pense ? Si non, eh bien, je vous embrasse, et lisez si vous le souhaitez d'autres sujets sur mon site. Si oui, voilà quelques petites réflexions que j'offre à votre sagacité :

Heureusement, oui, ils sont partis, ces rois imbus d'eux -mêmes, ou ignorants de ceux qu'ils étaient censés protéger et aimer, ou férus de pouvoir absolu. La façon dont cela s'est passé n'est pourtant évidemment pas glorieuse ! Il ne faut pas oublier que ce sont des bruits de guillotines que l'on fête, bien souvent arbitraires, toujours pleins du rouge de la haine et du sang, pleins d'une autre forme d'ignorance.

Vous avez aboli une forme d'esclavage et de misère par la violence pour en établir une autre plus subtile. Ce ne sont pas les mêmes qui vous gouvernent aujourd'hui, mais ce sont leurs copies conformes, avec une étiquette, une cour du roi soleil, des manants, des nobles et des nobliaux. Mais cela se fait en sous-sol, dans des palais cachés ou non, ou encore dans des restaurants dorés où la facture n'est pas seulement sociale. Mais c'est toujours vous qui la payez.

Si votre révolution avait simplement ignoré les gêneurs, et avait élu un homme ou une femme simple, dans une petite maison toute pareille à la vôtre (si vous avez une maison !), si ce roi/président-là avait pris les choses en main en vivant parmi les gens qui auraient voté pour lui, qu'aurait-il fait ? Si votre vote avait été mûri, vous auriez choisi un sage, qui aurait commencé par éradiquer le clivage droite/gauche, et en aurait fait un pâle souvenir, pour établir à des postes clés des gens comme vous, des gens qui sauraient ce qu'il faudrait faire, et qui le feraient vraiment, parce qu'ils n'en tireraient pas d'autre gloire que l'amour qui leur serait rendu par le peuple.

Au lieu de cela, qu'est devenue votre « victoire » ? Un défilé militaire d'abord. Pourquoi ? Parce que la révolution était un acte de violence répugnant, même si la situation avait assez duré, et s'il fallait effectivement faire cesser ce qui ne pouvait plus exister. Mais il y a la manière ! Si aujourd'hui vous vouliez faire la révolution, car en vérité, les problèmes perdurent même après la révolution, et en finir est tout aussi nécessaire qu'en 1789, que feriez-vous ? Vous descendriez tous dans la rue pour attaquer l'Elysée et assassiner les ministres ? Vous trouveriez certainement cela barbare ce jour présent, mais c'est pourtant exactement ce que vous célébrez le 14 juillet...

Pensez à Gandhi et à sa non coopération sans violence. Il y a mille façons de ne pas coopérer, et de laisser tomber en désuétude ceux qui se trompent et qui sont à votre tête, qu'ils soient de gauche ou de droite, présidents, ministres, conseillers municipaux ou députés.

Des militaires, de chars, des avions, des parachutistes, pourquoi ? Parce que ainsi, on étale sa force, et on se rassure sur sa puissance, direz-vous ? En réalité, c'est aussi parce que cela justifie et fait grandir la peur de ce qui n'est pas la caste, la nation. On s'appuie sur une tuerie pour en laisser subodorer d'autres possibles à venir, on est comme un crabe sur la plage qui érige ses pinces stupidement, pas mieux protégé pour cela.

Créer la peur pour gouverner, cela n'est pas d'une autorité bienveillante. Celui qui est à sa place pour gouverner est celui qui sait se faire respecter sans recourir aux armes. Si un gouvernement a été choisi, et si le choix est le bon, alors, il ne frappe pas son peuple ni les autres, non plus qu'il les menace ou laisse planer le doute. Il est conscient de ses responsabilités, il sait qu'il ne travaille pas tant pour lui que pour les autres, et s'il doute de son autorité au point de l'étaler sur la place publique, avec des policiers, avec des lois aveugles et contradictoires les unes avec les autres, avec une répression continuelle qui n'a pour effet que de créer la contestation et donner une raison d'être à de nouvelles violences morales ou physiques, c'est qu'il n'a pas une autorité reconnue, puisqu'il a besoin de la rappeler à tous bouts de champs.

Et la Marseillaise, mes enfants !... Si vous étiez un Martien, et si vous découvriez la terre, si on vous la faisait aimablement visiter comme vous faites visiter votre logement à vos invités, et si on vous faisait entendre les hymnes de tous les pays, lequel serait le plus violent, le plus dénué de sens artistique, le plus banal et vulgaire à vos yeux ? Pourquoi ne dites-vous pas à vos enfants de fermer leurs esprits quand on leur impose de chanter cela à l'école, quand on leur assène ce gourdin « musical » pendant les matches de football ? Protéger vos enfants de cela, leur faire prendre conscience de la chose, ce n'est pas faire acte de guerre, c'est commencer légitimement la résistance passive de Gandhi.

Que vous soyez fiers d'appartenir à une famille, s'étendant à une nation, cela se conçoit, même si au ciel il n'y a pas de frontières, pas de gloriole partisane, et si la mère, ce n'est pas la patrie, mais bien moi. Mais alors, changez de disque, mes amours ! Vous avez assez de véritables artistes dans votre famille, vous êtes capables de trouver un air joli et entraînant, avec des paroles qui parlent de ce que vous êtes vraiment tous ensemble. Etes-vous donc tous des guerriers volontaires comme le dit la chanson ? Etes-vous un crabe, avec les pinces dressées, qui montre ainsi qu'il en est à la dernière extrémité ? Ne trouvez-vous pas ce crabe bien plus pitoyable qu'impressionnant, n'entendez-vous pas l'appel du faitout où il va finir, s'il ne choisit pas plutôt de se cacher intelligemment des regards sous les algues ? Son orgueil pâtirait-il d'avoir eu à se cacher, une fois qu'il aurait eu, ensuite, la satisfaction d'avoir échappé au bouquet garni ?

En définitive, ce chant du crabe ne vous rend-il par totalement ridicules aux yeux des autres nations ? Et cela ne justifie-t-il pas leur idée qu'elles vous sont supérieures, que vous avez bien peur, et provoquez sans raison ?

Les feux d'artifice, oui, c'est très joli. Nous les aimons aussi, parce que s'ils vous fascinent, c'est parce qu'ils sont très proches, symboliquement, de la lumière que produit une âme lorsqu'elle s'élève vers le Père, au ciel. Alors, avec ces jolies lumières fascinantes, avec la télévision qui fait le petit soldat, on justifie le reste, comme avec les jeux du cirque pour les Romains de l'Antiquité, on vous empêche de regarder du côté du canon, du fusil, de la haine des paroles répandues, vous assistez à tout cela, impuissants à ouvrir les yeux, à en prévenir les dangers pour vos enfants : vous êtes à la grand-messe.

Pourquoi ne lancez-vous pas plutôt des feux d'artifice dans vos cœurs ?

Pour beaucoup d'entre vous, ce que je dis là, ce sont des lapalissades. Vous le saviez déjà. Mais alors, avez-vous agi dans le sens qu'intuitivement, vous savez bon ?

Marie

Table des messanges