La gloire de mon Fils

Il est amusant de voir que vous croyez tout ce que vous lisez, tout ce qu'on vous dit, mais que vous n'utilisez pas toujours votre jugeote pour vous faire une idée de ce qui vous est proposé. On vous a dit que Jésus reviendrait dans sa gloire, qu'il jugerait, que l'affaire serait pesée, et que le ménage serait fait.

D'abord, si le ménage doit être fait, pensez-vous que Jésus, qui se réclame à juste titre du rang de fils de Dieu, ferait le ménage lui-même, alors qu'il a tant d'anges autour de lui ? Et d'ailleurs, pensez-vous que ce soit à Dieu de ranger ce que vous auriez dérangé ?

Réfléchissez. Jésus est venu une première fois. Ce qu'il a fait n'a été reconnu que comme l'exemple et le mérite de la souffrance, alors qu'il était venu pour que vous les fassiez cesser. Sa venue n'a donc pas servi à grand-chose, a priori.

Pourtant, on vous dit que Jésus va revenir, dans sa gloire.

Admettons. D'autant plus volontiers que je vous ai dit qu'il était effectivement revenu, et que c'est la vérité.

Mais ce qui est plus difficile à admettre, c'est qu'il soit revenu pour taper sur tout le monde. Séparer les bons des méchants, alors que personne n'est tout blanc ou tout noir.

Si Jésus est le fils direct de Dieu, comme il le dit, encore une fois, avec raison, et s'il est représentant de ce Dieu vengeur, pourquoi aurait-il attendu deux mille ans ?

Quand vous regardez un film américain, où le méchant veut faire sauter la planète, vous n'attendez pas deux mille ans pour voir Terminator balancer la bombe atomique sur les gros vilains, n'est-ce pas ? Il vous faut ce sentiment de justice, d'assouvissement.

Alors, si Jésus est la digne image de ce que l'Inquisition et la religion ont brossé de lui, pourquoi aurait-il attendu deux mille ans la fin du film ? Ce n'est plus du suspense, cela, c'est de la marmelade de pellicule en noir et blanc. Ce n'est plus un générique, c'est une mer d'ennui.

Il aurait attendu deux mille ans pour vous laisser une chance de vous repentir ? Il reviendrait, là, comme ça, dans sa gloire, pour avoir le plaisir de vous voir vous traîner à ses pieds, en vous voyant hurler de terreur en pensant qu'il ne vous reste plus que quelques minutes pour faire vos B.A. et mériter le paradis ?

Mais dites-moi, ce n'est pas du James Cameron, tout cela, ce n'est même pas un téléfilm, essayez de le vendre à une maison de production, vous n'aurez pas un fifrelin pour faire le sujet. Ce n'est même pas un roman de gare.

Alors ?

Alors, si Jésus revient, oui, il le fera dans sa gloire. Mais pas avant que vous ayez fait au moins quelque lumière, que vous l'ayez reconnu, que vous soyez allés à lui, sans fanatisme, mais juste pour apprendre à illuminer en soi et autour de soi. Et s'il vous montre sa gloire, ce sera pour que vous voyiez la vôtre.

La première fois, il est venu pour donner l'exemple de l'amour, pas celui de la souffrance.

Cette fois, il est venu pour donner encore l'exemple, une dernière fois.

Vous êtes entièrement libres de le suivre ou non.

Mais qui seriez-vous pour cracher sur sa lumière, qui est forcément aussi la vôtre ? Cela, ce serait apparaître en guest star au générique de ce lamentable navet dont je parlais tout à l'heure. Avez-vous envie de cette postérité-là ? Une postérité qui ne durerait, d'ailleurs, que le temps d'un triste éclair.

Jésus vous montrera toute sa gloire si vous lui montrez la vôtre.

Il vous en montre déjà une partie. Qu'attendez-vous pour dire que vous existez lumineusement aussi, et le prouver ?

Marie

Table des messanges