Voici un échange avec Françoise Dolto sur le sens
des objets que l’on offre. Échange commencé en 2010
sur les bagues et continué aujourd’hui 9 juillet 2017,
sur d’autres objets ;

31 août 2010

La bague

Je lisais Françoise Dolto, dans son livre La sexualité féminine,
érotisme, libido, frigidité. Françoise m’aide beaucoup à comprendre
ce qu’elle a écrit, car c’est un langage très spécialisé, instauré
par une caste de penseurs » qui ne souhaitent pas que le menu peuple
puisse investir le monde de ce qui se comprend et se partage.
Alors, pour ne pas être complètement rejetée d’eux, elle a bien dû
marcher dans leur chemin. Donc, elle me donne les « traductions » en clair
des passages réservés aux VIP. Et aussi, des explications complémentaires.
Je voudrais vous parler de cet exemple que j’ai trouvé frappant.
A un moment, Françoise Dolto fait allusion au symbole de la bague
qu’on offre à sa fiancée, de préférence avec une pierre précieuse.
Et elle dit (sans décryptage sur ce passage, qui est cette fois très
clair pour tous) que l’anneau est une figuration du sexe féminin, et la pierre,
de son clitoris. L’image m’a sauté aux yeux. Je me suis dit qu’effectivement,
cela fait partie de ces choses qui sont tellement sur le bout de notre nez
qu’on ne les voit pas, et cela m’est apparu comme une évidence. Au-delà de
cette idée amusante que dans les milieux bien pensants, on mette un point
d’honneur à offrir la plus belle ou la plus riche pierre, sans savoir ce que
l’on fait en vérité, j’ai pensé à une question. Quelque chose qui me manquait,
pour corroborer tout à fait les dires de Dolto. Je lui ai demandé :
« Si on offre typiquement, traditionnellement même, une bague à une femme
qu’on aime, si elle porte ce symbole, et si donc, il veut dire qu’on désire
ardemment cette femme, clairement sexuellement, mais sans se rendre compte
qu’on est en train de le dire si fortement et pourtant sans rougir devant soi
et devant le monde, quel est le pendant, pour l’homme ? Qu’offre-t-on typiquement,
traditionnellement aux hommes, qui veuille dire qu’on les désire charnellement,
et qui porte aussi clairement le même symbole sexuel, mais masculin ? »

Il me semblait qu’en entendant une réponse plausible, je tiendrais tout à fait pour
acquise la proposition de Françoise au sujet de la bague. Et j’ai enfin été tout
à fait convaincu, homme de peu de foi que je suis, lorsqu’elle m’a répondu :

« La cravate. Le briquet. Le rasoir. Objets phalliques ! »

Il y a aussi le couteau, comme me le faisait remarquer une lectrice de cette page.

La bague se passe au doigt. Quel meilleur symbole phallique que le doigt ? »

Aussi, une femme qui refuse qu'un homme lui offre une bague est le plus souvent
une femme qui, dans son for intérieur, ne souhaite pas être désirée sexuellement,
quoiqu'elle en dise, quoi qu'elle en pense consciemment. En revanche, un homme
ne refusera pas si facilement un couteau, (ou une cravate s'il aime en porter)
parce que c'est un hommage à sa virilité. Et qu'il aime être flatté sur ce point.

Une femme qui trouve que la bague qu'on lui offre n'est pas assez belle est
une femme qui ne se sent pas assez désirée. Un homme à qui on offre un canif
ne sera pas aussi heureux qu'avec un couteau de chasse. A moins qu'il
l'ait expressément demandé.

Françoise Dolto

--------

Question de P.

Bonjour,

Les textes concernant les bagues sont instructifs ; par contre, je ne sais pas
trop quoi penser des hommes riches qui aiment porter une bague à chaque
doigt (princes, rappeurs,...) !

__________

La réponse de Françoise :

Pour ceux-là, le symbole est différent, quoique aussi apparenté à la facette de
gloire qui se greffe sur le sens sexuel sous-jacent. Il s’agit, dans ce cas,
d’une bague qui figure une couronne, comme pour un roi. C’est un signe de richesse
extérieure, qui cherche à satisfaire un amour de soi malheureusement transformé,
confondu avec l’orgueil.

Pour les princes, les rois, les prélats..., c’est aussi le symbole de l’union avec
le divin, qui persiste à être, malgré tout ce que l’on croit, une union pas seulement
théosophique, mais aussi sexuelle, donc. Ceux qui les portent ne se rendent pas compte
que le ciel aime l’amour sous toutes ses formes, y compris, bien sûr, celle-là.

Je voudrais aussi faire un autre éclairage sur les bagues. Sur le sens qu’a ce cadeau,
et la façon dont on le fait et le reçoit, selon qu’on est un homme ou une femme.
Tout se passe comme dans un dialogue qui serait, de l’homme à la femme :
« Si tu acceptes ce symbole sur ton doigt, c’est que tu acceptes d’être désirée
sexuellement. » Et, idéalement pour l'homme, de la femme à l’homme : « Si tu acceptes
de porter cette alliance, c’est mon sexe de femme que tu mets sur ton doigt
et que je te donne. »

Françoise

--------

5 septembre 2010

Question d’A : […] Je me suis demandée ce que signifiait le fait que j'aime bien également
m'en offrir toute seule.

____________

Réponse de Françoise :

C’est une envie d’être « égoïste ». Ce peut être dans le bon ou le mauvais sens
du terme, selon. Le mauvais sens, c’est quand on est très aisé(e) et que l’acte
de se l’acheter n’a plus de vraie valeur, ni financière, ni affective, que cela
devient un acte compulsif, et addictif. Le bon sens, c’est quand c’est une
attention pour soi, et qu’elle prend toute sa valeur parce qu’elle n’est pas banale.

Si je m’offre une bague, je me déclare que je m’aime, et j’en tire gloire grâce
à cette mini-couronne. On n’est pas ici tellement dans le sens du symbole sexuel,
(quoique cela peut aussi vouloir dire « je me désire sexuellement accomplie »)
mais plutôt dans sens de vouloir se couronner soi-même, c'est-à-dire dans trois
cas possibles, en général, qui soit, font suite à une déception dont on veut se
consoler, soit font suite à une réussite dont on veut se récompenser, soit sont
un appel à une réussite que l’on se souhaite pour l’avenir.

Françoise

________________________

9 juillet 2017

La boucle d’oreille

- Luc : Je me suis demandé, en repensant à ces réponses faites par Dolto sur les
bagues, quel était le sens d’autres objets qu’on peut offrir. Pendant près de deux ans,
j’ai cherché ce que symbolisaient les boucles d’oreilles. Sans trouver. Comme je me le
redemandais encore, je crois que Dolto en a eu assez de me voir piétiner de la sorte,
elle a fini par me le dire :

- Françoise : Offrir une boucle d’oreille, s’en offrir une, a plusieurs sens.
Comme la bague, pour laquelle je n’ai pas tout dit car elle symbolise aussi l’auréole.
On s’achète une bague, parfois, pour se donner une odeur de sainteté, pour se redorer
le blason, en quelque sorte. Cela rejoint ce que j’avais dit sur l’« égoïste »
et sur les prélats.

Mais revenons au sujet d’aujourd’hui, qui est la boucle d’oreille.
Quand on offre une boucle d’oreille à quelqu’un, le sens premier et le plus commun
en est évidemment cette petite phrase : « Écoute-moi ».

Quand on accepte de s’en faire offrir une et que cela va plus loin que le besoin
de posséder un objet clinquant, on veut dire « J’accepte de t’écouter »
ou « J’ai envie de t’écouter ».

Quelqu'un qui s’en achète le fait pour dire soit qu’il est à l’écoute des autres,
soit qu’il voudrait qu’on l’écoute, soit les deux.

Les musiciens qui en portent peuvent inconsciemment avoir voulu dire par là :
« j’écoute la musique que je crée ou celle qui est créée par les autres. Dans
certaines tribus africaines, pour qui le rythme et les danses sont très important,
on symbolise cela mais aussi mais également la volonté ou la capacité à entendre les esprits.

Ce sens peut aussi s’étendre, dans d’autres parties du monde, à ce sens :
« J’écoute l’autre monde, les anges, les J’aime, les EBA.

Il peut alors, si on sait que la personne à cette propension, être intéressant
d’observer les choses plus avant. Sans pour autant cataloguer les gens et en faire
une certitude pour tous, on peut se dire qu’il est possible, si la personne porte une
seule boucle d’oreille à droite, elle écoute de préférence les anges, consciemment
ou non. Idem pour l’oreille gauche, mais là, il s’agit d’une préférence à écouter les EBA.
Et des deux côtés, une tendance à vouloir équilibrer tout cela. Et,
par extension, à vouloir entendre son J’aime.

Il faut aussi garder à l’esprit l’idée que ce n’est pas parce qu’une personne
qui écoute ce qui est spirituel ne porte pas de boucle d’oreille qu’elle
n’entendra pas ni pas aussi bien.

Elle ne veut pas que cela se sache, ou alors, elle le fait déjà si bien qu’elle
n’a pas besoin de cet outil symbolisant un amplificateur de réception.

Il n’est pas impossible que la personne en question n’aime pas l’idée de porter
des boucles d’oreilles, parce que son J’aime lui glisse, à la sienne
« Pas besoin de ce sonotone ! »

On peut aller cher plus loin le sens d’autres objets. Par exemple, les bracelets.
Quel sens à cela ? Un homme offre un bracelet à une femme pour se l’attacher.
Sécuriser la relation. Une femme offre une gourmette à un homme pour la même raison.
Des parents offrent un bracelet a leur bébé pour qu’il ne parte pas, par exemple,
de la mort subite du nourrisson. Un bracelet de cheville a le même sens,
mais augmenté, car celui qui est ainsi enchainé aura du mal a marcher.
Un homme qui offre cela à une femme lui signifie ainsi son souhait de la posséder,
avec possibilité de jalousie par manque de confiance en soi. Ce sont les esclaves
et les forçats qu’on enchaînait au pied. Le bracelet-menotte, pris dans son extrême
parce que l’offrant doute de lui, peut aussi vouloir dire, à cause du fait qu’on
enchaine les coupables : « Si tu t’évades, tu es coupable » ou « Je t’enchaine
parce que tu es coupable d’accentuer mon manque de confiance en moi,
ou tu risques de le devenir ».

- Luc : Ca ne donne pas envie d’offrir un bracelet…

- Françoise : Non, hein ?

Et puis il y a celui qui se l’offre à lui-même. Dans ce cas, c’est pour renforcer
son envie ou son sentiment de faire partie d’un cercle, celui de la famille,
ou celui d’un groupe d’amis, ou, en plus grand, celui de la société. C’est aussi
valable pour les colliers. Les gens qui ont absolument besoin de se sentir membres
de ce qu’ils considèrent comme la normalité ( être accepté par les autres et donc
s’accepter eux-mêmes devient alors plus facile) peuvent se conforter
avec ce geste symbolique.

Offrir un collier peut être un vœu de se sentir « propriétaire » de l’autre,
mais la plupart du temps, c’est plutôt un moyen de mettre en valeur je J’aime
de celui à qui on offre puisque le J’aime est sur le plexus. C’est pour dire
«J’ai vu ton J’aime »et/ou « J’aime ton J’aime ». Et accessoirement,
« Je voudrais que ton J’aime aime mon J’aime. » Si vous acceptez le collier
pour une autre raison que la vanité ou de l’appât du gain, alors, vous donnez
une réponse positive de votre j’aime. C’est pourquoi le collier est souvent lié aux boucles d’oreille, dans ce qu’on
appelle la parure. Car dans ce cas, on a le sentiment de se donner toutes
les chances, avec l’amplificateur de réception que sont les boucles,
de faire communiquer les J’aime entre eux.

Dolto

Ajout sur le même thème

10 juillet 2017

Pour le bracelet, on peut ajouter que parfois, l’attachement demandé n’est pas quelque chose de négatif. Une femme peut aimer se sentir appartenir à quelqu’un. Ou un homme à une femme. Un enfant à sa maman… On peut trouver là quelque chose de rassurant, qui, cependant, est toujours le signe d’une dépendance à l’autre pour être, qui dénote, si c’est compulsif, un manque de maturité et d’autonomie.

On peut aussi parler des sacs à main. Tu sais, ces sacs dont les femmes sont friandes et les hommes tellement moins. A quoi cela tient-il ? Quel est le sens du sac en cadeau ?

Quand une femme demande ou s’offre un sac à main, elle fait référence à son envie (refoulée ou non) d’être mère. Une mère, lors d’une gestation, est un contenant. Elle contient le petit à naître. Quand elle rêve si fort d’un sac, c’est soit qu’elle veut vraiment être enceinte, soit qu’elle compense le fait de ne pas pouvoir ou de ne pas avoir envie de l’être en réalité.

Un homme qui se fait offrir ou s’offre un sac à dos, c’est pour réveiller son envie d’être nomade, en mouvement. De « contenir » les provisions qui permettent de vivre pendant un déplacement, le nécessaire pour être. Le sac à dos d’un homme sert à ce qu’il se sente utile, voire indispensable.

Dolto

-----------

Mon élève cielapeute demande le sens d’offrir ou de s’offrir
un bandeau ou un nœud dans les cheveux. Elle a entendu en partie la réponse
elle-même (intégrée dans le texte qui vient) mais la voici, ci-dessous, complétée.

Le bandeau a de multiples sens. C’est pourquoi je vais en donner plusieurs,
mais c’est à vous de reconnaitre celui qui vous concerne et de ne pas prendre
celui qui ne vous concerne pas.

Un bandeau, c’est d’abord une couronne. C'est-à-dire, puisque c’est sur la tête,
siège de la pensée, la capacité à régner sur la maison de son esprit. On se pare
d’un bandeau par volonté inconsciente de récupérer cette maitrise quand on l’a perdue.

On dit, " un bandeau publicitaire", par exemple. et cela fait aussi penser à ce
jeu de société que vous avez,( le Pictionnary? Non, ça doit être autre chose,
mais comme ça m'échappe, je ne l'entends pas, note de Luc) ou chacun porte une
carte sous un bandeau, et il faut qu'il devine le nom qui est dessus, pendant
que les autres répondent à ses questions pour l'aiguiller. Dans ce cas, le bandeau,
c'est l'apparence. C’est ce qu'on veut que les autres voient. Et qu’on ne sait pas
bien soi-même. On voudrait que les autres disent qui on est.

On dit aussi " C'est pas écrit sur mon front" Ou " Y'a pas marqué pigeon, là"
en montrant son front. C’est vraiment un bandeau publicitaire, qu'on peut voir
aussi en se regardant dans un miroir.

C'est aussi un début d’auréole, pour se sentir plus lumineux spirituellement.
Tout cela, c'est pour travailler l'estime de soi. Mais ça peut mener aussi
à l'orgueil trop développé.

Un Nœud dans les cheveux, c’est autre chose encore. Les cheveux sont également
la couronne, mais ils symbolisent aussi le potentiel de séduction et la puissance
d’attrait sexuel. Un nœud est aussi ce qui fait tenir deux choses ensemble.
Il est donc en rapport avec le lien humain et le désir entre êtres humains.
En arborer un souvent, c’est dire « je me lie facilement » ou « J’ai le souhait
vif de me lier », ce qu’on pourrait comparer dans les petites annonces
au très connu « plus si affinités ».

Un autre sens du nœud : on dit : « Le nœud du problème ». Si on attache souvent
un nœud avec ses cheveux, si on se noue les cheveux, si on porte un chignon important,
le tout, fréquemment, cela veut dire : « J’ai un problème que je n’ai pas réglé et
je cherche la solution ». Cela dénote une réelle volonté de sortir de la difficulté
en question. Ce peut être aussi un appel : « Aidez-moi à dénouer la situation » ou
« Oserez-vous me dire ce qui cloche dans ma vie ? »

Le nœud est encore possiblement symbolique du lien avec cet enfant intérieur qu’est
le J’aime. Dans ce cas, cela peut vouloir dire « Je ne lâcherai pas mon J’aime »
ou « Je vous invite à faire comme moi, à ne pas lâcher mon J’aime.

Dolto.

Table des messanges