Incurables ?-14 décembre 2012

Je voudrais revenir sur une ineptie que j’ai écrite du temps que j’étais incarnée, et que je m’appelais Françoise Dolto. En plus, j’avais beaucoup insisté sur ce point. Sûrement parce que je pensais avoir trouvé là un point d’achoppement de la psychologie enfin et aussi maitrisée par une femme, et par effet boule de neige, par les femmes. J’ai fait des erreurs, comme tout le monde, et il ne faut pas m’en vouloir, parce qu’ici, je vais pouvoir réparer.

J’ai donc dit qu’il était indispensable, pour pouvoir guérir, lorsqu’on allait faire une psychanalyse, de payer. Or, si je pense toujours qu’il est bon d’apporter un petit quelque chose au psy, un objet qui a une valeur sentimentale, un gâteau, ( mais oui ! ) une attention, bref, un témoin de l’intérêt qu’on porte à la séance, sentimentalement et/ou moralement parlant, j’ai compris, depuis que je suis là-haut, que le paiement n’est absolument pas indispensable. Ce qui est indispensable, c’est qu’il y ait échange entre âmes incarnées. Et il n’y a aucun besoin d’argent pour ça, au contraire, même. Un geste vers celui qui va vous aider à guérir, oui, pour définir et marquer le rapport humain. De l’argent, quelle horreur ! Guérir l’esprit, ce n’est pas matériel.

Enfin, cette bourde que j’ai faite et répétée, (et pourtant, j’aurais pu ouvrir les yeux : aux enfants, par exemple, je demandais un objet ayant une valeur à leur yeux, et c’était bien cela qu’il fallait demander) a contribué à permettre à beaucoup de gens d’abuser, c'est-à-dire de facturer, très cher, ce qu’ils pouvaient d’autant moins guérir que ce n’était plus, quasiment, que l’argent, qui passait entre le psy et le confident. L’âme, quant à elle, était devenue la quarante-sixième roue du carrosse. Quel psy vous parlera d’âme ? Pourtant, avec le temps qui a passé, et le progrès, vous auriez dû en arriver, déjà, à inclure ce terme et ce concept dans toute thérapie psy.

Bon, vous êtes en retard, mais ça va venir. Ce n’est donc pas très grave. Mais mettez-vous y vite, tout de même, parce que ça, c’est un point bien plus essentiel que l’argent !

Vous Dites ? « Mais alors, comment, nous les psychanalystes et psychologues, allons nous pouvoir être payés pour notre travail ? »

Il faut que ce soit l’état qui vous paye, et modestement, pour écarter des rangs des soigneurs les incorrigibles du porte-monnaie, qui n’ont rien à faire dans ce métier. Soigner, de quelque façon que ce soit, doit être, dès le départ, un acte désintéressé. Sinon, il est faussé et le soin n’agit qu’en apparences. Quand il agit.

Ah, je vois que je viens de dire quelque chose qui fâche, là. Enfin, qui fâche les nantis. Mesdames et messieurs les nantis du faux amour, (car l’esprit ne se soigne vraiment qu’avec le vrai Amour), sachez que selon vos propres préceptes, vous êtes dans de beaux draps si vous voulez continuer à être de riches psy et maintenir cette erreur du paiement. Pourquoi donc ? Mais parce que si vous tenez cela pour une évidence, qu’il faut payer pour que le soin soit efficace, s’il faut que cela coute quelque chose au patient, pour que cela agisse, alors, vous, les riches, êtes incurables. Dans le sens ou les soins psy dont vous pourriez avoir besoin à votre tour (ne dites pas qu’on n’en a jamais besoin, vous remettriez en question un autre fondement de votre profession) n’auront pas d’impact important sur vous, puisque, lorsque vous paierez, cela ne vous aura en réalité, pas coûté grand-chose, comparativement à ce qu’aura dû donner un pauvre pour ses séances à lui. Or, si ça ne coute pas grand-chose, vous le disiez tout à l’heure, ça ne guérit pas grand-chose.

Les pauvres guérissent-ils plus vite que les riches ? Les riches sont-ils incurables ? Non. Mille fois non. Ils ne sont pas moins guérissables de troubles psychiques que les moins riches. En revanche, ils sont trop souvent incurables de leur soif de richesse, qui ne leur apporte qu’une plus grand soif encore (pensez à la chanson de Souchon, « foule sentimentale ». « De l'avoir plein nos armoires »)...

Alors, mettez en avant les psys gratuits, qui existent, et qui sont payés par l’état. Généralisez cela. Devenez un de ceux-là. Et aidez votre prochain. Vous verrez, votre prochain vous aidera, et vous vous en porterez bien mieux que si vous débordiez d’argent. Parce que cela vous soignera, vous aussi.

Vous constaterez aussi une autre chose fondamentale. Tout soin est un acte mutuel. Et c’est cela qui fait vraiment grandir.

Dolto

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