Grosses bagnoles, petits cœurs

Vous pourrez aisément comprendre ce que je veux vous dire aujourd’hui, si je vous parle de ces gens qui achètent de grosses voitures. Que vous en fassiez partie ou non. Il est évident que cet acte-là cache un grand manque d’amour pour soi. Plus la voiture est luxueuse, moins son propriétaire s’aime, et plus il a les moyens de se le prouver, et donc, plus il trouve des moyens de se le cacher. Ses œillères s’appellent BMW, Mercedes, Ferrari… Quel besoin d’avoir une grosse voiture de luxe ? C’est pour, avec des apparences, essayer de se tromper soi-même. Voir du beau, du très beau, du magnifique, pour éviter de voir la misère qui est en soi.

La misère spirituelle est en soie. En satin, même, et en or. Quand vous êtes en haut de la pyramide sociale, vous êtes en bas de celle de l’âme. Regardez ces stars de cinéma, adulées, qui pourtant s’aiment si peu elles-mêmes, qui se détruisent à coup de drogue. Parce qu’elles se disent confusément que sans l’amour des foules, elles se sentiraient en haillons. Voyez ces personnes, qui, un court laps de temps, reçoivent les honneurs des médias, comme à la Star Academy, parmi tant d’autres exemples, et qui, une fois oubliées, souffrent terriblement. Parce qu’elles ne peuvent plus se suffire à elles-mêmes. Parce qu’il leur faut la magnification de la télévision ou de la presse pour oser se regarder dans la glace. Parce qu’elles ont besoin de l’acquiescement de la foule pour pouvoir se dire, pendant quelques heures ou seulement quelques minutes que oui, elles ont le droit de s’aimer.

Regardez, à une bien plus vaste échelle, et avec des conséquences qui seront plus évidentes pour vous, ce que le manque d’amour de soi (je ne parle pas de l’orgueil, mais de l’acceptation simple de ce que l’on est) conduit à faire : il n’est rien de plus révélateur du non amour que soi que de se faire soldat. Laisser autrui quasi totalement gouverner ce qu’on est, par peur inculquée, et parce qu’on ne voit même pas que l’on peut être autre « chose », ou par fascination pour ce qui semble fort et grand et n’existe pourtant pas spirituellement, c’est un signe de grande négligence pour soi.

Revoyez La liste de Schindler, revoyez les soldats allemands faire cette boucherie dans le ghetto de Varsovie. Ce n’est qu’un film, mais c’est ce qui se passe dans la réalité. Des gens tout simples, comme vous, sont conduits à se livrer à des exactions épouvantables, parce qu’ils ne s’aiment pas assez pour dire non. Et parce qu’ils confondent l’amour de la patrie (la peur qu'on touche à leur intégrité d’ensemble) avec l’amour tout court, ils commettent de tels crimes. Ahurissant ! Alors, vous vous dites, « je n’en suis pas là ». Heureusement. Mais vous êtes tous, dès lors que vous ne vous aimez pas pour ce que vous êtes, sur le chemin qui mène à cette extrémité, et à la destruction, et au rien. Croyez-vous que vous emporterez vos grosses bagnoles au ciel ? Non, alors, que vous direz-vous en arrivant là-haut : « j’étais quelqu’un de bien, tiens : j’avais une Porsche. » ?

Vous direz-vous, vous, le soldat, « j’étais quelqu’un de bien, j’ai obéi aux ordres ! » ? Vous direz-vous, vous, l’homme politique, « j’étais quelqu’un de bien, j’ai dirigé la France ! » ?

Non, ce n’est pas ce que vous vous direz. Parce que vous vous verrez sans tout cela, sans l’accoutrement ou la panoplie qui vous sont familiers aujourd’hui, et vous empêchent d’y voir clair. Et vous vous verrez, tout simple, être d’amour. Et vous vous direz, si vous n’avez pas pris le temps de faire fleurir cela, si vous ne l’avez pas regardé en face : « Mince, c’est ça que je suis ! Mais pourquoi est-ce que je n’ai pas voulu le voir ? Pourquoi est-ce que je n’ai pas fait ce qu’il fallait pour que ce soit cela que l’on voie en moi ? »

Et vous n’aurez de cesse de rattraper le temps perdu, en vous réincarnant.

Si vous avez une grosse bagnole, gardez-la, ce n’est pas grave. Personne ne vous en veut. Mais dites-vous bien que cela veut dire que vous ne voyez pas que votre cœur est trop petit. Et qu’il est temps de regarder dans le rétro pour lui donner sa vraie place, et le voir grandir, au lieu de grossir.

Marie

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