Gagner le paradis ?

Toutes les bonnes actions que vous faites parce que vous craignez Dieu, comme celles que vous faites uniquement parce que vous visez le but de gagner le paradis, sont sans objet. Elles ne servent à rien.

Qu’est-ce qui vous fait croire que parce que vous feriez quelque chose de bien, alors, Dieu, les anges, ses saints vous devraient le paradis ? Les écritures ? Dieu n’écrit pas. Vous avez écrit. Dieu n’écrit que ce que vous transmettez réellement de Lui en l’écoutant. Personne n’a dit transmettre Dieu en faisant les écritures.

Par ailleurs, les anges et Dieu vous doivent-ils quelque chose ? Tant que vous n’aurez pas compris que vous ne pouvez pas acheter le paradis, comme vous investissez dans la pierre dans votre vie actuelle, Dieu (c'est-à-dire la bonne part de vous) saura qu’elle n’est pas digne de rester à ce fameux paradis, ou même simplement d’y accéder.

Et comment pouvez-vous être sûr que telle ou telle action est bonne ? Vous qui pensez, par exemple, que l’argent est une bonne chose, et qui vous trompez donc complètement sur ce point, vous qui ne comprenez pas pourquoi je dis cela, ni en quoi vous vous trompez, comment pourrez-vous avec certitude discerner le bon du mauvais ? Si vous faites quelque chose que vous croyez bon, parce que la religion vous dit que c’est bon, mais que vous vous trompez, comment pourrez-vous attendre quelque chose de vraiment bon pour vous en retour ? Vous qui croyez que parce que vous faites selon ce qui est écrit, sans réfléchir, vous pourrez exiger de Dieu qu’il vous donne le paradis, pourquoi plaquez-vous sur la vie, l’Amour, Dieu, les stratégies commerciales des supermarchés ? Elles n’ont pas cours du tout au ciel. Ou alors, il faut imaginer que vous puissiez, en arrivant là-haut, avoir une carte fidélité à ceci et à cela. C’est ça, votre vision du paradis ? La continuation du système d’esclavage qui ne dit pas son nom, qui continuerait après la mort ?

Au passage, une carte de fidélité, c’est parfaitement idiot. Car vu ce que cela engendre, c’est-à-dire que cela mène à avoir dix, vingt cartes de fidélité dans son portefeuille, donc à ne pas être fidèle à qui que ce soit, mais à en être quand même récompensé (où est le bon, où est le mauvais dans tout ceci ?), c’est un-non sens qui devrait vous sauter aux yeux.

Bien agir, c’est aller dans le sens de l’amour. Dans le sens de voir l’amour qui est en vous, et celui qui est en autrui. Ce n’est pas avoir récité des prières et aller se coucher la conscience tranquille, comme ce n’est pas parce que votre fils se sera lavé les dents qu’il vous aimera et sera un bon fils. Bien agir, c’est aider et aimer quelqu’un au point de lui donner et redonner sa chance, même quand il ne comprend pas et n’agit pas bien en retour. Car c’est lui donner l’exemple, et si le but est qu’il comprenne quelque chose, il ne le pourra pas si vous ne lui donnez pas, plusieurs fois, tous les éléments pour y arriver. Et quand vous faites ce genre de chose, vous êtes tellement concentré dans ce que vous faites pour y parvenir, que vous ne pensez pas du tout à une récompense, ou à exiger le ciel en retour de votre action. Parce que ce que vous faites, c’est offrir votre petit morceau de paradis à celui qui le réclame, ami ou ennemi, et qui, le plus souvent, ne le voit pas. Et vous rejette quand vous lui apportez la solution sur un plateau. Oui, le bien, c’est offrir le paradis même à votre ennemi, parce que s’il le reçoit de vous, en toute connaissance de cause, il aura une chance de plus de ne plus agir mal contre vous. Et vous vous serez donné une chance de ne plus avoir d’ennemi. La vie ne serait-elle pas mieux sans ennemi ? Ne serait-ce pas là un excellent début de votre paradis sur terre ?

C’est vous qui avez, en naissant, à portée de main, toutes les chances de faire votre petit coin de paradis, et de donner envie à ceux qui vous côtoient de faire comme vous, pour qu’un grand paradis soit possible sur terre, avant même de chercher celui du ciel.

Non, les bonnes actions que vous comptabilisez et que vous faites dans le but de gagner un ciel futur n’existent pas. Seuls, les bons actes que vous faites sans penser à une récompense, mais à votre part de Dieu, et à celle de votre prochain, seront utiles à l’heure du bilan de la fin de votre incarnation présente.

Pensez à cet acte qui est représenté sous forme de parabole dans le film Les misérables, avec Lino Ventura. Jean Valjean, qui avait été condamné au bagne pendant des années simplement pour avoir volé du pain, sort de prison, et alors que personne ne veut de lui parce que c’est un ancien forçat, il est recueilli par un prêtre qui lui offre le souper. Il vole un chandelier en argent du prêtre. La bonne du curé s’en aperçoit, et le dit. Pour toute punition, le prêtre lui offre le second chandelier, et lorsque des policiers, le lendemain, lui ramènent Jean Valjean parce qu’ils le soupçonnent du vol des chandeliers, le prêtre l’innocente. Et Jean Valjean est suffoqué de ce geste si généreux. Sa vie durant, il fera tout ce qu’il faut pour agir comme le prêtre : être celui qui donne la chance.

Essayez de le faire, vous aussi, vous comprendrez ce que l’on ressent quand on fait comme ce prêtre. Vous aurez enfin la profondeur de vue qu’il faut pour saisir la force de l’exemple que vous donnerez, qui est la seule force qui puisse permettre à celui qui vous aurait nui d’avoir envie de cesser de faire du mal, et de réparer.

Je repense à une fois où je l’ai fait, à plus petite échelle que pour des chandeliers, et cela m’a pourtant donné le sens entier de la chose. Je marchais, lors de ma dernière incarnation, dans une rue de Paris, une nuit. Un clochard, qui paraissait très jeune, m’a demandé du feu. Je lui ai tendu mon briquet. Au moment de me le rendre, il a fait un geste très lent, pour le garder, le mettre dans sa poche. J’ai vu dans son regard qu’il n’était pas question que je le réclame. J’ai donc commencé à m’éloigner, et puis, je suis revenu sur mes pas. Et je lui ai donné un billet (de l’argent). Il a eu la même expression que Jean Valjean. Et c’est dans ses yeux que j’ai compris que je lui avais donné l’exemple, et une chance. Alors que j’avais agi sans y réfléchir, parce que je cherchais juste à aider celui qui en avait besoin, sans chercher de retour. Mais j’ai eu mon retour. Dans le regard, donc, de ce jeune homme, qui avait complètement changé.

Je ne sais pas ce qu’il est devenu, mais je suis bien certain que je n’ai pas été le seul à comprendre quelque chose de primordial dans un regard, cette nuit-là.

Ne faites pas les choses parce que vous craignez Dieu. Ne les faites pas non plus parce que la religion vous dit que c’est bien. Faites ce qu’il faut, du fond de votre cœur, une chose minuscule comme cette histoire du briquet, ou une plus grande, une énorme, pourquoi pas un miracle.

De cette toute petite chose ou de votre immense miracle, sortira la lumière du Paradis. Et vous saurez alors exactement ce que c’est. Et comment rejoindre son intarissable richesse : dans la plus grand simplicité, et dans le plus grand dénuement.

Marie

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