Français et immigrés

Mes amours, ne donnez pas le bâton qui va vous frapper, pensez très fort à Gandhi, qui a libéré tout un pays avec la non-violence. Bien sûr, le peuple qui l'a suivi a pris des coups, quand il ne s'est pas défendu face à l'abus d'autorité, mais il en aurait pris bien plus encore s'il n'avait pas suivi Gandhi. Aujourd'hui, entre les descendants de Gandhi et ceux de ses rivaux, la violence sourd, comme un fleuve sale, la leçon de paix n'a pas été bien assimilée, mais l'exemple existe tout de même, et il suffirait de peu de choses pour tirer profit de l'expérience, et bâtir autre chose, un monde où les dirigeants n'auraient pas le dernier mot à chaque fois, et ne règneraient pas en divisant. D'où vient cette division ? Vous qui êtes venus de loin, chercher en France le travail et le confort illusoire qu'on faisait miroiter pour vous, vous avez été appelés par un pays qui se vautre, pour partie, dans le luxe, et qui répugne à effectuer les plus vils travaux, qui pour vous sont venus comme un pain béni, en regard de votre pauvreté. Payés juste assez pour pouvoir continuer à effectuer ces travaux, dans une situation précaire, vous êtes aujourd'hui et depuis longtemps dans une situation qui ne dit pas son nom, parce que la propagande a réussi à cacher à tous qu'il s'agissait là de la nouvelle forme de l'esclavage. Et cela ne s'arrête pas à ceux qui sont venus de l'extérieur, puisque tous ceux qui sont obligés de survivre au lieu de seulement vivre sont dans cette situation. Ce qui veut dire que les Français ont mis à l'écart une partie considérable de la population de leur propre pays pour en faire des gens qui s'occupent des tâches ingrates, en les payant mal, pis, en leur donnant juste assez pour ne pas mourir de faim. Depuis quelque temps, et l'abbé Pierre est venu sur terre pour en témoigner, cette simple pitance et ce logis, et même le travail (comble de l'illogisme) ont été refusés à une multitude. Où est la différence, cette fois, avec l'esclavage ? Elle est dans le fait que, maintenant, l'esclave est présenté comme un parasite, il n'a même pas la dignité d'être Utile. En vérité, je vous le dis, il n'y a pas là une évolution dans l'humanité, mais une terrible régression. De plus, le non-dit est ignoble. Parce qu'on gagne de l'argent, ou parce qu'on est financièrement aidé, on ne peut être considéré comme un esclave ? Mettez les bons termes aux bons endroits, il faut appeler un chat un chat. Cela montre aussi que le racisme ne s'est pas arrêté aux frontières, l'étranger est devenu un voisin, une sœur, un neveu, et si personne n'y prend garde, si personne n'appelle les choses par leurs noms, les étrangers seront ceux qui ne sont pas comme vous, c'est-à-dire tout le monde, puisque chacun est différent.

Aujourd'hui, vous qui êtes venus d'autres pays, vous avez depuis longtemps senti, au-delà de la haine, ce statut de corvéables et d'inutiles, en définitive, ce refus de reconnaître votre digne existence, et le sentiment de n'être rien est celui qui entraîne les pires souffrances, et les pires réactions. En effet, le pire ennemi de l'amour n'est pas la haine, mais le rien, le néant, le silence, car il nie l'existence de celui à qui on ne parle pas, qu'on ne reconnaît pas comme digne d'intérêt. Regardez la nature, qui est une facette de Dieu, et voyez comme elle n'aime pas le vide ; dès que possible, elle fait pousser une touffe d'herbe sur le béton, et crée des déserts là ou l'homme ne la respecte pas. Pensez-y : pourquoi Dieu s'est-il lui-même créé à partir du néant ? Parce que Dieu est le contraire du néant.

Immigrés, vous avez donc, et c'est bien compréhensible, créé des groupes de résistance, des poches, des mondes qui soient un peu les vôtres, vous avez exacerbé la religion, pour souligner votre différence, en allant évidemment jusqu'à vous montrer incompréhensibles dans certains excès, pour construire un bastion et montrer fièrement que vous existez, à la face de ce monde qui se moque, qui a peur, parce qu'on lui a appris à avoir peur, parce qu'on lui apprend que la consommation est la voie royale, même si de plus en plus, parmi eux, restent sur le carreau. Quel est ce monde, où la Star Academy vous fait croire qu'un artiste, c'est un roi du karaoké ? Où l'on glorifie celui qui a tant de richesses que tant d'autres en meurent ou en souffrent ? Où l'on met en avant celui qui s'offre le luxe le plus insolent quand vous, et tant d'autres, ne savez pas si vous pourrez payer votre simple logement ? Pouvez-vous raisonnablement continuer à cautionner cela, ou même simplement continuer à y croire, à vivre selon ce schéma ?

Que se passe-t-il quand une poche de résistance se crée par la colère et le désarroi, par esprit de survie, enfin ? Si cette poche rencontre des personnes qui n'en font pas partie, il y a bien souvent clash, et débordements de part et d'autre. Prenez un simple exemple, qui fait que les haines s'accentuent, et qui montre qu'il est si facile de vous dresser les uns contre les autres pour régner. Allez avec moi dans un lieu où se trouve une forte proportion d'immigrés, dans le sud de la France, par exemple, et imaginez quelques tôles malencontreusement froissées. Si vous êtes en face d'un groupe, d'une poche de résistance, et si l'accident est venu de ce groupe, vous assisterez à une scène éprouvante, pendant laquelle le groupe fera preuve, par la force de l'ensemble, et pour protéger une communauté sans cesse mise en cause, d'une mauvaise foi insupportable. Prenez en revanche, le responsable de l'accident, seul, et vous n'aurez pas cette réaction, vous aurez en face de vous un individu responsable, le plus souvent. En revanche, un Français de souche, s'il est responsable d'un accident, prendra bien souvent la fuite s'il le peut, ou niera l'évidence, même s’il est seul, parce qu'il a l'habitude d'avoir la préséance, et ce même en face d'un autre Français de souche. C'est la loi du plus fort, c'est la loi du plus malin. Avez-vous perdu la capacité de vous mettre à la place de l'autre ? Je crois qu'il vous faut réapprendre cette notion primaire, simple et évidente, pour faire reculer les forces qui vous mettent en porte-à-faux, les uns contre les autres, que vous soyez Français de souche ou issu de l’immigration. Il faut comprendre le fonctionnement de ces poches de résistance, et les percer à jour, pour que s'en écoule la souffrance, et pour que les individus puissent s'en libérer, se sentir enfin exister, sans avoir besoin de se défendre avant l'attaque. Il faut reconnaître le microbe, qui s'est installé, et éradiquer l'infection. Pour cela, rien ne vaut le dialogue, l'ouverture, la considération, et cela ne peut se faire sans amour.

Marie

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