Enfants adoptés difficiles

18 mai 2018

Ayant adopté deux enfants au Vietnam, je me suis trouvé confronté, à leur adolescence, à ces « fameux » problèmes dont j’avais entendu parler. Il est de notoriété publique qu’il existe un risque accru de difficultés avec ces enfants-là. Qu’ils peuvent avoir des réactions beaucoup plus dures que d’autres enfants. Je renvoie le lecteur au messange de Marie concernant l’adolescence, pour mieux comprendre à quoi elle sert et pourquoi les ados sont facilement agressifs. Et, en ajout, j’aborde ici les soucis différents que j’ai eus avec les miens (mais aussi avec mon autre fils, non adopté) parce que Marie a une réponse importante à donner sur ce point.

J’ai donc adopté deux jumeaux. L’un, que j’ai déjà nommé dans mes livres Lucas, l’autre, Théo. Ils ont aujourd’hui 19 ans. J’ai divorcé de leur mère adoptive quand ils avaient environ 4 ans. Et j’ai eu un enfant naturel, Jimmy, aujourd’hui douze ans. J’ai divorcé de sa mère quand il avait deux ans ( tout cela est raconté en détails, pour ceux que cela interesserait, dans mes deux livres Adopte-Les, Abandonne-Les, et Petit Ourson Appelle Papa Ours, téléchargeables gratuitement sur ce site.

Depuis l’écriture de ces livres, Théo, à 15 ans, a cessé de m’adresser la parole ainsi qu’à Jimmy, qui en a été beaucoup peiné. Comme moi.

Lucas, à 15 ans aussi, a demandé à quitter sa mère pour vivre avec moi, ce qui est le cas, donc, depuis 4 ans maintenant, et cela se passe au mieux.

J’ai longtemps cherché les raisons qui avaient fait que Théo avait coupé les ponts. Avec du recul, j’ai enfin compris ce qui me semble encore aujourd’hui une raison plus plausible : il y avait, de la part de leur mère adoptive, avec qui mes deux jumeaux vivaient, trop d’autorité et tout était organisé à l’avance, c’était étouffant. C’est en partie ce qui a fait que Lucas est venu vers moi. A ce moment précis, justement, leur mère a abdiqué quasiment toute autorité, par peur que Théo parte aussi. Théo, à mon sens, s’est alors dit qu’il pouvait enfin faire ce qu’il voulait chez sa mère, et que se libérer de mon autorité aussi le laisserait tout à fait libre. Il a donc coupé tout lien. Ce qui lui a permis de faire quelques bêtises… Choses contre lesquelles j’ai vainement tenté de lutter, sa mère ne me répondant pas.

De son côté, Jimmy a lui aussi coupé tout dialogue avec moi, parce que j’ai réagit fortement au fait qu’avec sa mère, il ne travaille quasiment pas à la maison, et a des résultats alarmants à l’école. J’y ai pallié pendant le temps que je pouvais avec des cours particulier d’un professeur, à la maison, dans les périodes ou Jimmy était chez moi.

Je ne sais si son silence prolongé est vraiment son choix à lui seul, ou s’il y est « aidé ». mais il était bien convenu entre nous qu’il me répondrait toujours, pour ne pas faire comme Théo.

Michel et Marie m’apportent un élément de réponse qui peut aider des personnes ayant des cas comparables. Car il est vraiment très douloureux d’être confronté au silence persistant de ses enfants à distance, et c’est un problème qui est en train de devenir un fait de société.

-----

Dans le cas de Théo, comme dans tant d’autres qui lui ressemblent, il ne faut pas perde le vue le fait que lorsqu’un enfant est adopté comme lorsqu’il y a divorce, il y a eu pour lui abandon. Complet dans l’adoption, partiel dans le divorce.

Et ce sentiment est un précédent très difficile, qui crée un ressenti de précarité souvent extrême et rarement conscient. C’est une base sur laquelle il est complexe de se construire, qui ne peut se résoudre que lorsque l’enfant devient autonome. Car à cet instant, il n’a plus personne qui puisse l’abandonner, et la crainte de l’être disparait ou s’amenuise. D’où, pour Théo, le besoin irrésistible de se libérer, même trop tôt, même mal, de tout ce qui le relie à l’autorité. D’où également son besoin d’en faire trop, de faire des bêtises, et de trouver cela normal, comme un grand qui parade, qui frime. Devenir son propre caïd à ses yeux.

Et puis, il y a l’aspect « prise de revanche sur la vie », qu’il ne faut absolument pas négliger pour établir les causes et les effets des comportements destructeurs des adolescents. Ce qui pourrait se résumer, si l’ado parlait, par : « Ah, j’ai été abandonné ? Eh ben tu vas savoir ce que ça fait d’être abandonné ! » dit aux parents.

Et ceci explique que Théo comme Jimmy se servent de la distance et de l’arme absolue qu’est un téléphone portable pour abandonner son père, abandonner sa mère.

Ce qui explique que Lucas, lui, ait abandonné sa mère. Même si ce n’est pas le cas, car il va la voir souvent. Il n’en tire rien de positif, il ne sait pas bien pourquoi il y va. C’est parce qu’il a beaucoup plus d’empathie que Théo, il a souffert profondément de cet abandon, et aller au bout son geste est terriblement difficile, il voit sa mère adoptive souffrir, et il retient son bras. Il ne part pas. Résultat, il est toujours à un carrefour, hésitant à devenir adulte, autonome. Ce qui est une position extrêmement inconfortable.

Par la suite, quand l’ado deviendra adulte, il verra ce qu’il aura brisé, il saura de ce fait si cela lui manque ou non, et il tentera, ou non, de recréer le lien.

Mais ce qu'il faut se dire, quand on est parent dans de telles circonstances, c’est d’abord que si on a divorcé, c’est mieux que si on avait fait subir des tensions continuelles à l’enfant, ce qui aurait eu des conséquences potentiellement plus graves encore à l’adolescence et à l’âge adulte. Il ne faut donc pas s’en vouloir pour cela et l’expliquer si le dialogue subsiste. Ou se le dire à soi dans le cas contraire. Car, comme toujours, la résolution de tous ces problèmes passe par le pardon. Là, c’est au parent de se pardonner, mais ce sera plus tard à l’ado de se pardonner aussi, et si l’adulte lui en montre l’exemple en le lui expliquant, ce sera toujours plus facile.

Ensuite, ce qu’il faut faire, toujours si le dialogue subsiste, (s’il ne subsiste pas, on peut le dire mentalement à l’enfant par son J’aime, la transmission de pensée existe, quoiqu’on en dise, et si cela ne rentre pas de suite dans le conscient de l’enfant, la bonne graine sera semée et aura toutes ses chances de germer un jour) c’est expliquer à l’adolescent qu’on sait déjà ce qu’est l’abandon. Les parents peuvent dire « On l’a tous vécu, d’une manière ou d’une autre, à différents degrés, et cette manière de vouloir l’assener chez ses parents ne mène à rien. Bien sûr, nous, en tant que parents, nous n’avons peut être pas été adopté ou abandonné par les nôtres, mais nous avons vécu d’autres abandons, nous savons, nous compatissons, mais ça ne sert à rien, ça ne nous apprend rien de nous l’imposer. Nous ne comprendrons pas mieux ce qui se passe dans la tête de l’ado pour cela, ce serait même plutôt le contraire. Parce que nous, nous avons appris à survivre à nos abandons. Et si nous y avons réussi, c’est que notre enfant le peut aussi. »

Quel meilleur exemple donner ?

Il ne faut pas s’en vouloir, car c’est la nature des humains de faire comme cela. Et le fait de s’en vouloir, ou d’en vouloir à l’enfant, ne fait que retarder le pardon réparateur.

N’est-il pas préférable de pardonner que de continuer glorieusement à souffrir et à faire souffrir ?

Voilà ce que vous pouvez tirer de positif d’une telle épreuve, et voilà la question qu’il vous faut poser à votre ado pour qu’il puisse, comme vous, survivre à son abandon.

Michel et Marie.

Note de Luc : Pour info, ceci est le 1400 ième message de Marie. Ca se fête !

Table des messanges