Connaître le mal-19 août 2008

Luc : J'étais dans un château où nous visitions la salle des oubliettes, ce trou où l'on jetait des prisonniers pour les oublier. Une des visiteuses, belge, a fait cette remarque : « On devrait encore s'en servir, et on y mettrait Dutroux. Ben oui, c'est ce qu'il a fait, lui ! »

J'ai repensé à ce que Marie avait dit ici même, en voyant que cette dame semblait souffrir à la seule évocation du nom de Dutroux, assassin notoire.

J'ai demandé à Marie de m'éclairer sur cette facilité que nous avons à juger, puis à condamner, et ensuite à faire souffrir celui qui a fait souffrir.

Voici la réponse de Marie :

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Cette dame dit cela parce qu'elle ne connaît pas le meurtrier. Une seule personne, spontanément, pourrait sortir d'emblée de ce schéma de pensée qui aimante et coagule les haines : sa mère. Jetteriez-vous aux oubliettes votre enfant, quelle que soit le crime qu'il a commis ? Il faudrait pour cela que vous soyez une mère dominée par la haine, et vous auriez alors un élément de réflexion qui vous permettrait de commencer à comprendre pourquoi votre fils aurait suivi votre exemple en accomplissant des crimes. Et une fois dans les oubliettes, ce fils-là cesserait-il de vous faire souffrir ? Non, vous ajouteriez une autre souffrance à l'originale, car du fond de ce puits, et de celui de votre conscience, remonteraient de terribles cris de douleur, dont aucun extincteur ne saurait éteindre le feu.

Ce n'est pas parce qu'une personne a commis un ou plusieurs crimes que cela autorise les innocents à en commettre un, car alors, les innocents ne le sont plus. Et tout le monde souffre.

Alors, faut-il laisser un Dutroux libre de continuer à agir aussi mal ? Il faut assurément le mettre hors d'état de nuire, dans un lieu d'où il ne puisse sortir, mais qui ne soit pas une bête prison. Car une bête prison ne donne pas de résonance, elle ne fait qu'amplifier les noirceurs, telle qu'elle est conçue actuellement.

Mettez plutôt aux oubliettes les sentiments de vengeance, et cherchez un moyen plus intelligent de ne plus souffrir, et de réparer le plus de souffrances possible.

Marie

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