Casser les couples ?

Je parlais avec mon fils, qui entame des études de psychologies, des couples qui ne sont pas bien assortis. Je lui racontais notamment ma surprise lorsque je voyais, dans les journaux quotidiens, des couples improbables, physiquement parlant. C’est-à-dire que ce sont des faits que j’ai pu observer souvent, et non un jugement de ma part : ce que l’on voit en photo, ce sont des hommes avec un physique avenant ou moyen, en costume de marié auprès de femmes qui sont, pardonnez cette observation qui peut paraitre macho, très en dessous, plastiquement parlant, de leur époux. Ce serait macho si je n’en étais pas étonné. Et je ne mets pas sur la balance la beauté physique face à celle, spirituelle, la seconde, comme on l’imagine vu ce que j’écris et transmets, étant bien plus valable à mes yeux que la première. Il est très possible, évidemment, qu’une personne entrant dans les canons de beauté tombe amoureuse d’une autre qui n’y serait pas, parce que tout est affaire de charme. Mais tout de même, ces couples dans le journal continuent à me sembler anachroniques, souvent. Et je disais à mon fils que je ne comprenais pas cela, je me demandais d’où cela venait.

Marie m’a alors donné cette lumière à ce sujet, qui m’a beaucoup parlé, comme toujours :

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Je t’ai parlé du fossé entre les hommes et les femmes

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(Note de Luc : pour résumer, Marie explique que les jeune filles apprennent qu’il faut se méfier des hommes qui ne pensent qu’à ça, et qu’aux jeunes hommes, on ne dit rien, on continue, quand on est mère, a les soigner et les servir comme on faisait avant la libération de la femme, et quand ces deux là se rencontrent, il y a un choc terrible),

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et ce phénomène en est un des résultats. Beaucoup d’hommes, sans l’avouer et même sans se l’avouer, ont peur des femmes, parce qu’ils ne savent pas sur quel pied danser : trop surs d’eux, ils sont catalogués « A fuir » (bien qu’en réalité, ils soient très courus), trop gentils, on s’ennuie avec eux et on en divorce.

Pour Pallier à cette difficulté, pour l’anticiper, même, l’homme a bien souvent, malheureusement, l’idée d’un refuge : se laisser choisir par une femme qui présente moins bien que lui (alors qu’en général, ce sont les femmes qui sont plus jolies que les hommes, tout de même) pour pouvoir trouver là une prise, un marchepied, afin de se donner la possibilité de se hausser au-dessus d’elle et de ne pas être contesté.

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Cette explication m’a fait penser à une personne que je connais, qui lui, n’a pas un physique de rêve, et dont l’épouse n’entre pas non plus dans les canons de la beauté. Marie me dit alors :

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Oui, il se conduit très mal avec elle, il la fouette avec des mots, c’est sa façon de se préserver d’être dominé. Il lui parle comme un père fouettard à une petite fille idiote. Et elle se laisse faire. Alors que si elle était belle, ou juste plus belle que lui, jamais il n’oserait lui parler de cette façon.

Il est évident que l’homme qui se place dans un couple comme celui là, pour cette raison sécuritaire, et la femme qui l’accepte pour l’orgueil d’avoir su conquérir un apollon, sont dans une situation pas fiable du tout, et très peu durable. C’est un des facteurs des augmentations de divorces. Qui font le malheur de tout le monde, y compris des enfants.

Et c’est pourquoi il faudrait, si on était bon psychologue, oser casser les couples de ce genre, non viables, donc, lorsqu’ils viennent consulter à cause du mal-être créé par la situation. Non pas pour s’amuser à augmenter encore les divorces, mais pour qu’en les aidant à comprendre les tenants et les aboutissants et en leur donnant des outils de réflexion pour ne pas reproduire leur erreur, ils puissent construire de vrais couples, autrement, et pour la stabilité et le bien des enfants. Il n’y a rien de pire pour des enfants que de voir les parents donner un mauvais exemple.

Tiens, prends cette fameuse crise de la quarantaine. Pourquoi est-elle masculine ? Les hommes fuient, semble-t-il, leurs femmes, parce qu’elles sont usées. Ils vont vers de petites jeunes. Pourquoi donc ? L’amour dure-t-il vraiment seulement trois ans, comme annoncé dans les magazines ? Tout cela est-il une question d’hormones et de glandes ? Allons donc ! On trouve beaucoup de couples qui s’aiment jusque dans la vieillesse, passionnément ! C’est parce qu’ils se sont trouvés, pas parce qu’ils ont un plus grand capital hormonal ou glandulaire. Donc, les hommes fuient. Mais que fuient-ils ? Des obligations. Des sollicitations quotidiennes, dites ou sous-entendues, comme « Fais-moi des enfants si tu m’aimes, maintenant les hommes font le boulot, alors va t’occuper des enfants, fais ceci, fais cela, ne fais pas ci, pas ça", qui sont des comportements qu’avaient les machos, et qui font hausser les épaules maintenant, quand on imagine les hommes les ayant. Il y a encore des hommes comme ça, mais heureusement, pas si nombreux. Qui disent ou sous-entendent « Tais toi, sois belle, sois mince, arrête de manger ça… » Etc.

Ces deux façons de faire sont ridicules et ne mènent à rien sinon à ce sentiment de joug sur les épaules qu’ont ceux qui les subissent.

Vers 40 ans, l’homme voit ses enfants devenir presque adultes, il se sent libéré ou libérable, même s’il les adore, ça na rien à voir, la soupape de sécurité saute chez beaucoup. Ils ont une irrésistible envie d’aller voir plus jeune, beaucoup plus jeune, quand ils étaient libres comme l’air, sans pression, sans rien. Et puis, ensuite, ils en reviennent, parce que ça ne marche pas. Ce n’est toujours pas ça, ni pour l’un ni pour l’autre.

Dans les deux cas, jeune ou plus âgée, la femme en prend plein la figure, et l’homme, au final, aussi.

Alors qu’il suffirait de savoir faire autrement. De ne pas prolonger les luttes de la société jusque dans son couple. De ne pas former un couple durable avec quelqu’un qui n’est pas fait pour soi et pour qui on n’est pas fait, de savoir le démonter s’il est en place, de savoir reconstruire, mais uniquement du vrai. Du profond. Du pur.

A quoi bon faire durer un couple déjà mort ou qui n’est jamais né dans la vérité profonde ? A quoi bon continuer à souffrir parce qu’on s’est engagé, et mal engagé, c’est un exemple affreux, très répandu et terriblement malfaisant, parce qu’un exemple, c’est fait pour être suivi. Reproduit. Redonné à la nouvelle descendance.

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Je repensai (Note de Luc) alors à cet ami d’une soixantaine d’années, M, qui m’avait raconté comment il était amoureux, depuis ses 15 ans, d’une femme autre que la sienne. Il n’avait jamais dit oui mais il en rêvait, de cette amazone qui disait qu’elle l’attendait. Il m’avait demandé mon avis. Que faire ?

Je lui avais répondu « Vas-y ! Si c’est ton grand amour, ce serait terrible d’avoir gâché ça ! ». Il avait été surpris de ma réaction. Et avait acquiescé. Mais, des années plus tard, il est toujours avec sa femme, et je les sens bien plus soudés, tout deux. Il avait fallu qu’il se dise que tout était possible pour pouvoir se projeter dans cette histoire d’amour ancienne, non réalisée. Et se rendre compte que finalement, non, ce n’était pas la solution. J’ai compris qu’en lui ouvrant cette porte qu’il tenait lui-même fermée depuis si longtemps, je lui avais donné la possibilité de savoir si c’était vraiment cela qu’il voulait. Il pouvait le prendre, il ne l’a pas fait. Et ce n’était pas un sacrifice. C’était en ayant pris la mesure de ce qu'il désirait vraiment. Du coup, son épouse, qu’il n’avait jamais vue comme complète, entièrement satisfaisante pour lui puisque concurrencée par une chimère, était finalement devenue sa vraie compagne. J’avais donc eu raison de « casser son couple ». De l’aider à aller au bout de ce qui le faisait souffrir, pour qu’il sache quoi faire de lui-même.

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Oui, il faudrait dire aux couples mal mariés qu’ils le sont. Le leur faire comprendre, pour le moins. Que risque-t-on ? Les difficultés d’une séparation ? Un gâchis ? Mais quel est le pire gâchis ? Celui des personnes qui souffrent, qui ne veulent pas cesser de souffrir ni régler leur problèmes, et qui transmettent cela à leurs enfants ? Ou celui des personnes qui se séparent, apprennent à reconnaitre mutuellement leurs erreurs, donc, à se quitter en se respectant, et qui se mettent à reconstruire quelque chose de plus solide, d’enfin vrai, de plausible ?

Quel est le meilleur exemple pour les enfants ?

Quel est l’acte qui demande le plus de courage et de force de réalisation ?

A chacun de voir. Mais au ciel, où les apparences ne comptent pas, il n’y a pas d’union gâchée. Pourquoi ne pas essayer sur la terre ?

Marie

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