Aider un dépressif

Il ne faut pas toujours aider un dépressif en allant dans son sens. Si vous essayez à chaque fois de lui remonter le moral, en vérité, vous ne l’aidez pas, cela le conforte dans sa descente aux enfers. Il faut le mettre en face de son propre trou, et lui donner le vertige, de façon à ce qu’il refuse d’y tomber, ou, si c’est trop tard, qu’il en remonte de lui-même. Si vous allez dans le sens de sa dépression, vous descendez avec lui dans le trou. Lui, lorsqu’il touche le fond, en remonte instinctivement, jusqu’à la prochaine rechute. Mais il y a fort à parier que vous restiez plus longtemps que lui dans le trou, et qu’il ne vous aide pas à en remonter. De plus, si vous descendez toujours dans le trou avec lui, il ne ressentira plus l’envie d’en remonter, à la fin, parce qu’il se dira que finalement, il aboutit toujours au fond, quelles que soient les circonstances, quelle que soit l’aide que vous lui apporterez, il se dira qu’il est incurable, et c’est ce cheminement qui fait que certains finissent par mourir dans le trou, pour votre plus grand désespoir. Aider efficacement un dépressif, c’est créer un électrochoc pour qu’il se réveille de la douleur qui l’engourdit, pour le mettre en face du danger et exacerber l’instinct de conservation, et, tout simplement, le bon sens.

Marie

---------

Cela me rappelle un fait parmi tant d’autres. Une de mes consultantes n’allait pas bien du tout, en dépression profonde, et j’avais beau user de toute une batterie d’arguments sensés, elle replongeait, refusait tout espoir. Quand je l’ai vue finir pas se maudire elle-même et maudire la vie, je lui ai dit cette simple phrase : « Vous avez raison, moi aussi je vais me suicider tout de suite. » Cela l’a fait rire, et elle a remonté la pente.

Luc

---------

Question d’A (femme) :

Je voudrais te demander « conseil » sur une situation en rapport avec les affirmations de notre chère Marie. Elle disait en ce qui concerne les dépressifs (toi aussi d'ailleurs, tu me l'as confirmé, et tu en a fais l'expérience avec une de tes patientes, tu disais) qu'il fallait aller dans leur sens pour qu'ils réalisent la situation « à l'endroit dans le miroir ». Bref, je comprends quand tu dis par exemple à ta patiente : « eh bien je vais me tuer aussi » et qu'elle a souri et que ça a marché.

Moi, j'ai une amie depuis trois ans qui vit en Hollande. Cette amie a de gros problèmes dans sa famille et, de ce fait, se taillade les veines et se brûle avec des cigarettes la peau. Elle est très dépressive et a des humeurs versatiles. Je la « tiens en vie » depuis trois ans en essayant de l'écouter le plus possible, de la comprendre et de « lui remonter le moral » en essayant de trouver des solutions à ses problèmes de famille, en l'occurrence : pars de chez toi et vis une vie nouvelle. Bref, je comprends qu'elle vit un enfer même psychologiquement, c'est quelqu'un qui souffre, et cela se traduit par la scarification, l'automutilation et les brûlures.

Que puis-je lui dire qui lui fasse le déclic ? Jusqu'alors j'ai surtout essayé de lui détourner l'attention de ses problèmes en lui faisant découvrir quelques hobbies que j'ai, et en réveillant des passions pour ces hobbies (elle est un peu un clone de moi sans pour autant que je la force !! Elle aime vraiment ce que j'aime, mais je lui précise toujours que c'est son libre-arbitre et qu'en rien je ne la force en rien, et apparemment ça porte ses fruits, elle change mais elle reste « déstabilisée mentalement » et très autodestructrice, en gros, je la fais reculer de la falaise, mais il suffit que je tourne le dos pour qu'elle soit au bord).

Pour en revenir donc à nos moutons, je me vois mal aller dans son sens et lui dire : « bah vas-y, continue de te taillader les veines ! Je vais le faire aussi, je vais même me brûler pour te montrer que tu as raison ! »

Non c'est quelque chose que je ne peux pas faire, je ne souhaite pas courir le risque. Par ailleurs, j'ai réussi une fois par téléphone à lui dire que si elle se suicidait, alors je le ferais aussi pour lui prouver qu'elle détruit tout. Elle m'a vraiment crue et a arrêté temporairement mais une fois de plus, c'était reculer devant la falaise pour mieux sauter par la suite.

Je l'écoute autant que je peux mais je crois qu'elle finira une fois de plus à l'hôpital et qu'un jour elle y restera définitivement. On ne sait pas trop sur quel pied danser avec elle et maintenant, elle démarre l'anorexie (après la boulimie qu'elle a faite).

As-tu un conseil sur les paroles à lui dire pour que ça lui fasse tilt ? Elle frôle souvent la mort ! Marie a-t-elle un éclaircissement ou des conseils sur cette situation délicate ? Il est évident que Marie et toi avez raison car vous avez de l'expérience par rapport à moi, mais je me demande si vos dires sont applicables dans cette affaire, je trouve cela dangereux pour elle et pour moi, car je m'en voudrais de ne pas avoir trouvé les mots adéquats pour la raisonner (et ça fait trois ans que j'essaie sans relâche !!).

Bref, ce mail est donc en réaction à une affirmation de Marie face à une situation que je vis depuis trois ans avec cette amie (elle m'a quand même envoyé des photos avec ses bras ensanglantés et son couteau !!). C'est un appel au secours mais quoi faire ? Quoi dire ? Il n'est pas question de faire des boulettes dans cette affaire. Ca peut être fatal. Elle a déjà le corps mortifié malheureusement et je crains d'être sa seule « famille » mais je suis très loin d'elle, et les gens de sa famille en Hollande n'ont pas l'air de réagir.

Voilà donc la situation telle qu'elle est aujourd'hui, j'en suis là avec elle. Quoi lui dire maintenant ?

C'était pas un mail très joyeux j'en conviens mais c'est quand même un problème récurrent dans notre société, je pense, et il est en direct rapport avec ce que Marie dit et comment l'appliquer. Si ça peut aider d'autres personnes dans ce cas-là alors je serais fière d'avoir soulevé le problème sous tous les angles.

Tiens-moi donc au courant dès que tu as d'éventuelles solutions.

Merci d'avance pour mon amie et pour moi.

Bien à toi

A

---------

Voici la réponse de Marie :

A, ton amie fait du terrorisme. Il est efficace puisqu’il te terrorise, mais pas assez, puisqu’il ne fait pas assez peur à ton amie pour qu’elle arrête de t’« offrir » le fascinant spectacle de sa douleur intentionnelle. Ce n’est pas uniquement un appel au secours, c’est un jeu de violence pervers. Aimes- tu en être la victime, et donc, celle qui fait perdurer la chose ? La provocation fonctionne, elle n’a pas de raison de cesser. Tu es un grand cœur, et tu as envie de soigner les gens, mais aider, ce n’est pas aimer, cela va ensemble, mais ce n’est pas le principal, et il est des gens qui se servent de l’amour qu’ils suscitent pour pomper la substantifique moelle des âmes qui les entourent, et ceci, avec les moyens les plus extrémistes. Cela est-il ta responsabilité ? Assurément non. Chacun écrit son chemin et le vit à sa façon, il ne faut pas que cela soit un une ligature à ta propre vie, une succion de ton énergie, car tu n’es pas responsable. Faire le bien, c’est ce que tu souhaites, et c’est très beau. Tu en es tout à fait capable, je le sais. Mais la vie de cette personne est sa vie, et non la tienne, et tout terrorisme mène à un chantage, celui de ton amie passant par l’exhibitionnisme morbide. Un exhibitionniste a absolument besoin d’un public pour agir, et de préférence d’un public très jeune, facilement impressionnable, et manipulable parce que manquant d’expérience. Veux-tu continuer à être manipulée ? Si tu veux vraiment aider ton amie, dis-lui que tu ne veux plus entrer dans ce jeu-là. Que ce n’est pas en se mutilant et en souffrant qu’elle aura plus de place dans ton cœur, bien au contraire. Dis-lui qu’il est des gens qu’on ne peut pas sauver contre eux-mêmes, que tu as essayé, mais que tu n’y es pas arrivée, et que maintenant, tu ne seras plus touchée par ses cicatrices de guerre contre elle-même, mais seulement et strictement par des actes d’amour pour elle-même. Refuse d’engager plus loin le dialogue, tiens fermement, si tu n’as pas la bonne réponse. Quoi qu’il arrive, si elle décide de partir de ce monde, tu n’en seras pas responsable, car ce n’est pas toi qui tiens le couteau qui mutile, ce n’est pas toi qui te fais du mal, et tu as déjà beaucoup à faire dans ta propre vie pour élever ton esprit, personne ne peut prétendre primer sur cela. Si elle reste avec toi, c’est qu’elle cherchera à capter ton attention d’une manière plus saine, et à ce moment-là, tu pourras répondre à ses attentes, en faisant attention aux rechutes, c’est-à-dire en répétant ton message consistant à refuser d’entrer dans ce jeu si cela recommence. Elle te suivra alors sur un chemin aux cailloux moins pointus, et tu auras fait ce qu’il fallait faire. Mais ce n’est manifestement pas ton rôle de sauver quelqu’un qui ne veut pas se sauver lui-même. Le refus de se sauver soi-même n’est beau que lorsqu’il va vers le sacrifice pour sauver d’autres vies en danger, mais autrement, il ne mérite pas du tout l’intérêt qu’il réclame à corps et à cris. Il faut y répondre par un sourire, en disant : « Je ne descendrai pas au fond de ton puits. Mais quand tu en remonteras, je serai toujours là. »

Marie

Je conclus sur ce thème en te disant que quand mon ami Alain s’est suicidé, (c’est celui par qui la médiumnité a commencé, pour moi, j’en parle dans mon livre J’avais l’intuition, sans le savoir ( en téléchargement gratuit sur ce site, à la page livres), il n’y avait rien à faire pour aller contre. Bien sûr, j’aurais voulu le sauver, et je préférerais lui parler de visu plutôt que dans le ciel, comme maintenant. Je ne savais pas, à ce moment, ce que Marie a dit depuis sur les dépressifs, et si j’avais su, j’aurais voulu lui donner cet électrochoc, dont nous avons tous besoin pour sortir de nos cercles vicieux. Mais je pense qu’il n’y avait rien à faire. Je ne suis pas responsable de la mort d’Alain, personne, à moins de l’avoir sciemment provoqué, n’est responsable du suicide ou de l’autodestruction d’autrui, Serge gainsbourg en est le « vivant » exemple. Coluche disait « les gens qui se suicident, c’est des gens qui s’en veulent à eux-mêmes. Moi, non, je ne m’en veux pas, ça va. ». Il serait peut-être bon de savoir pourquoi ton amie s’en veut, et de savoir pourquoi elle ne s’aime pas, au point de vouloir peut-être en finir. En posant cette question, tu tiendrais peut-être le bout du fil d’Ariane pour dénouer l’intrigue. Mais ce n’est pas à toi de dénouer cela, c’est à ton amie, cela ne servirait à rien, on ne peut pas faire les choses à la place des autres, car le problème se repose ensuite, toujours aussi crucial, et même pire, puisqu’on croyait avoir trouvé une solution, et qu’il faut tout recommencer. Prends le bout du fil d’Ariane, et donne-le à ton amie, pour qu’elle commence à le démêler, et surtout, ne l’y aide pas ! Félicite-la seulement quand tu verras ses progrès.

Luc

Table des messanges